« C’est une partition qu’on ne m’avait jamais proposée, et c’était génial de revisiter la blonde hitchcockienne puisque j’adore Sueurs froides, à cause de son côté trouble, intriguant, et de la performance de Kim Novak, nous explique-t-elle au téléphone. J’ai eu la sensation de faire un pas de côté, de ne pas être au premier degré comme dans les films d’auteur, plus sérieux. Apporter ce décalage au niveau du jeu, c’était génial. Rémi a cherché à casser les codes, avec des références cinéphiliques mais aussi beaucoup d’humour, une inversion des personnages : c’est une déclaration d’amour très sincère au cinéma qui se transforme en cour de récréation pleine d’autodérision. »
Hitchcock, le maître du suspense…
Hitchcock n’est pas seulement référencé dans le film en tant que maître du suspense, mais aussi en tant que cinéaste du couple…
Quand on se penche sur son œuvre, on constate que son obsession, c’est le couple. Et surtout les femmes : dans ses films, elles sont très intrigantes, inquiétantes, mystérieuses, tueuses, menteuses. Il y a une peur profonde, une angoisse liée aux femmes dans les films d’Hitchcock. Alors que dans Le crime du 3e étage, mon personnage mène la danse. Elle brise complètement les clichés.

« Le crime du 3e étage » de Rémi Besançon, avec Laetitia Casta, Gilles Lellouche et Guillaume Galienne. ©Athena
Vous jouez aussi avec votre propre image en donnant des leçons de cinéma, non ?
J’ai toujours mis de l’ironie, même si c’était subtil, dans tout ce que j’ai fait, je ne me suis jamais vraiment prise au sérieux. Pour Gilles Lellouche, la référence à Jean-Paul Belmondo dans Le Magnifique était claire. C’était une source d’inspiration directe. Pour Colette, de mon côté, j’ai beaucoup pensé à Annie Hall, parce que c’est un personnage plein d’énergie, de folie, d’envie, de désirs, de vie.
Comme elle, vous aimez regarder les autres depuis votre fenêtre ?
Je trouve les gens plus intéressants que moi-même. J’ai donc tendance à aimer savoir ce qu’ils vivent, ce qu’ils traversent, leurs failles, l’état dans lequel ils sont. C’est toujours très intéressant de savoir intimement là où ils se trouvent et quand ça se produit, je me dis que je n’ai pas perdu ma journée : j’ai vraiment rencontré cette personne, pas juste de manière superficielle. J’apprends aussi à mes enfants à vivre les choses plutôt qu’à passer trop de temps sur les réseaux sociaux. »

Depuis sa fenêtre, Colette Courreau (Laetitia Casta), grande spécialiste d’Hitchcock, est persuadée d’avoir vu son voisin tuer sa femme. Comme dans « Fenêtre sur cour ». ©SND
Et est-ce que vous montrez des classiques d’Hitchcock à vos enfants ?
Oui, ce sont des films à voir. Quand on est cinéphile, on commence par là, c’est le A de l’alphabet. Vous savez, un bon film, c’est un bon film, en noir et blanc ou pas. Par exemple mon fils, je lui ai montré M le maudit, ça l’a marqué. Il est tout jeune, mais il a imité le personnage. Il y a des films qui sont extraordinaires à montrer aux enfants très jeunes. Ce qu’on se met dans la tête, c’est hyperimportant et si on leur met les bonnes choses dans la tête, les bons ingrédients, les enfants suivent.
C’est déjà votre 31e long métrage depuis 1999, en plus des pièces de théâtre et des téléfilms. Vous n’arrêtez jamais ?
Dans mon esprit, il y a toujours ce sentiment que les autres en font beaucoup plus que moi. J’ai l’impression de tourner peu, d’être fainéante. Chaque fois que je me lance dans un projet, je me demande si je serai à la hauteur de ce qu’on me demande. Il y a toujours un trac important, et c’est un tel engagement pour moi que je ne suis pas du genre à faire 10 000 films par an…
Est-ce que vous êtes toujours en train d’écrire votre scénario ?
Oui, tout à fait. Ce n’est qu’une première version. C’est long l’écriture, on n’est jamais vraiment content. C’est compliqué, mais pour l’instant c’est en cours.
Vous avez tourné le film Dix pour cent avec un casting de dingue. Qu’est-ce que ça fait de se retrouver à l’affiche avec Georges Clooney et Eva Longoria ?
Nous n’avons hélas pas tourné ensemble. Eva, je la connais, je l’ai croisée sur des plateaux, on a pas mal bossé ensemble, donc je ne la vois pas comme Eva Longoria mais comme cette personne avec qui j’ai partagé des moments. Georges Clooney, je n’ai pas eu la chance de le croiser malheureusement. Dans mes jours de présence, il n’était pas là, j’étais dégoûtée. J’ai joué avec Vincent Macaigne. Il est très doué, plus que doué même, il est impressionnant.
De quel rôle rêvez-vous maintenant ?
En fait, je ne suis plus vraiment là-dedans. Ce dont je rêvais, c’était d’être actrice, pas d’un rôle. Cela paraissait tellement impossible par rapport à là d’où je viens. Je rêvais de cinéma tout court.
Quel est le MacGuffin qui vous fait avancer dans votre carrière ?
Houla… Le MacGuffin c’est quelque chose qu’on voit, qui est réel, mais qui ne sert à rien, à part déclencher l’histoire. Donc qu’est-ce que ça pourrait être ? Pourquoi pas tenir le rôle d’une caméra ? J’aime bien observer.
Cela se voit à l’écran dans Le crime du 3e étage.