On le sait : certains troubles psychologiques peuvent laisser des traces sur notre organisme et avoir des conséquences non négligeables sur notre santé.

Les recherches menées sur le sujet montrent que la détresse psychologique peut par exemple contribuer au vieillissement biologique de l’organisme par le biais de modifications épigénétiques (transmissibles, sans être inscrites dans notre ADN) ou encore de changements dans l’expression des gènes. Mais toutes les émotions « négatives » ont-elles le même effet ?

« Nous savons grâce à des recherches antérieures que l’anxiété, la dépression et la santé mentale en général sont associées à un certain nombre de conséquences sur la santé physique, mais jusqu’à présent, les chercheurs ne s’étaient pas intéressés à la question de savoir s’il existait une corrélation entre le fait de s’inquiéter du vieillissement et le processus de vieillissement lui-même », explique Mariana Rodrigues, doctorante à la New York University School of Global Public Health.

Les femmes sous pression sociale

Elle et son équipe se sont intéressées aux femmes qui s’inquiètent des effets sur leur santé du temps qui passe. Celles-ci sont en effet davantage soumises que les hommes à des normes culturelles relatives à la jeunesse et la beauté. Elles sont aussi plus concernées par la baisse de leur fertilité. « Les femmes d’âge mûr peuvent également assumer plusieurs rôles, notamment celui de s’occuper de leurs parents vieillissants. En voyant les membres âgés de leur famille vieillir et tomber malades, elles peuvent s’inquiéter de savoir si la même chose leur arrivera », poursuit Mariana Rodrigues.

But des scientifiques : mieux comprendre la relation entre l’anxiété liée au vieillissement et le vieillissement lui-même. Pour cela, ils ont analysé les données de 726 femmes ayant participé à l’étude Midlife in the United States (Midus), une cohorte de 7 000 femmes suivies depuis 1995.

Mesurer l’impact épigénétique de l’anxiété

Les participantes ont été interrogées sur leur niveau d’inquiétude quant à :

la perte de leur attractivité avec l’âge ;l’augmentation des problèmes de santé ;le fait d’être trop âgées pour avoir des enfants.

En parallèle, les chercheurs ont prélevé chez elles des échantillons sanguins afin de mesurer le vieillissement au travers de deux « horloges épigénétiques » :

DunedinPACE, qui capture le rythme du vieillissement biologique ;GrimAge2, qui estime les dommages biologiques cumulés.

Publiés dans la revue Psychoneuroendocrinology, les résultats indiquent qu’une plus grande anxiété face au vieillissement est associée à un vieillissement épigénétique accéléré, tel que mesuré par l’horloge épigénétique DunedinPACE. Ces changements biologiques pourraient potentiellement contribuer au déclin physique et à une vulnérabilité accrue aux maladies liées au vieillissement, expliquent les chercheurs.


Les résultats indiquent clairement qu’une plus grande inquiétude au sujet du déclin de la santé est associée à un vieillissement épigénétique accéléré. © Sutagon, Adobe Stock

Les préoccupations liées au déclin de la santé ont l’influence la plus forte

L’inquiétude liée au déclin de la santé était la plus fortement associée au vieillissement épigénétique, tandis que l’anxiété liée à la perte d’attractivité et de fertilité n’était pas significativement associée au vieillissement épigénétique.

Comment expliquer ce résultat ? Pour les chercheurs, les préoccupations liées à la santé sont plus courantes et persistantes dans le temps, tandis que les inquiétudes liées à la beauté et à la santé reproductive peuvent s’estomper avec l’âge.

« Notre recherche identifie l’anxiété liée au vieillissement comme un déterminant psychologique mesurable et modifiable qui semble façonner la biologie du vieillissement », a déclaré Adolfo Cuevas, professeur associé en sciences sociales et comportementales à la NYU School of Global Public Health et auteur principal de l’étude.

Des résultats en attente de confirmation

Les chercheurs soulignent également que l’étude, qui fournit une image instantanée à un moment T, ne peut exclure que d’autres facteurs puissent influencer ces changements biologiques.

Les comportements néfastes pour la santé souvent utilisés pour faire face à l’anxiété (alcool, tabac…) pourraient par exemple expliquer le lien entre l’anxiété liée au vieillissement et le vieillissement accéléré. En effet, lorsque les chercheurs ont ajusté leurs analyses pour contrôler ces comportements néfastes, l’association entre l’anxiété liée au vieillissement et le vieillissement épigénétique a diminué et n’était plus significative.

D’autres études seront donc nécessaires pour clarifier comment ce type d’anxiété influence le vieillissement au fil du temps.

Quoi qu’il en soit, cette étude est une invitation à questionner la manière dont la société aborde les défis du vieillissement à travers les normes, les facteurs structurels et les relations interpersonnelles.