Réforme des pensions : l’heure de vérité

Pour le gouvernement, le choix du curseur n’est pas fortuit. Le seuil de 2 000 euros correspond quasiment à la pension moyenne versée en 2025 (1 998 euros), soit très proche de la pension médiane. « Environ la moitié des pensions ne seront pas concernées par cette mesure », a martelé le ministre en Commission, y voyant une « correction sociale intentionnelle » visant à protéger les plus modestes tout en assainissant les finances publiques. L’enjeu financier est de taille : le gain pour l’État est estimé à 500 millions d’euros d’ici 2029.

Situations plus floues

Cependant, derrière la clarté de ces chiffres se cachent des situations complexes qui ont nourri des débats houleux en commission la semaine dernière. Plusieurs pierres d’achoppement ont été soulevées par l’opposition. L’une des critiques les plus vives concerne les pensions au « taux ménage ». Le plafond de 2 000 euros s’applique en effet de manière uniforme, y compris aux pensions au « taux ménage ». Or, cette pension est destinée à faire vivre deux personnes. Pour un couple dépendant de ce seul revenu, le seuil de 2 000 euros paraît soudainement beaucoup plus bas que pour un isolé, créant ce que certains qualifient d’injustice flagrante au regard du coût de la vie.

Ce n’est pas tout. Comme pour les salariés (au-dessus de 4000 euros), la perte d’indexation est structurelle. Le Conseil d’État avait d’ailleurs fustigé ce point, soulignant que ce mécanisme entraînait une perte permanente de pouvoir d’achat. Le saut d’index partiel n’est en effet jamais récupéré. L’écart se creuse donc à chaque nouvelle fluctuation des prix. C’est d’autant plus problématique que le coût des maisons de repos, en moyenne de 2100 euros par mois actuellement, lui, ne sera pas plafonné à l’avenir. Surtout si la crise énergétique qui se fait jour devient plus costaude, comme en 2022-2023.

Pensions : l’Arizona promet de réduire l’écart entre les hommes et les femmesSimplicité versus complexité

Face à ces critiques, Jan Jambon a opposé une fin de non-recevoir pragmatique. Pour le ministre, le gouvernement a opté pour un régime « simple, juridiquement défendable et opérationnellement réalisable ». Il a notamment confirmé qu’il n’y aurait pas de cumul des revenus pour le calcul du plafond : l’indexation sera appliquée séparément aux revenus professionnels (plafonnés à 4 000 euros) et aux pensions (2 000 euros). Un retraité qui exerce un flexi-job verra donc ses deux sources de revenus indexées selon leurs plafonds respectifs, sans qu’ils ne s’additionnent pour franchir la barre fatidique.

Le ministre justifie également l’écart de traitement entre travailleurs (plafond à 4 000 euros) et retraités (2 000 euros) par la nature même des revenus. S’appuyant sur un avis du Conseil d’État, il rappelle que les travailleurs paient des cotisations sociales sur leur salaire, alors que les pensionnés perçoivent un revenu de remplacement financé par la collectivité. Deux catégories « juridiquement et économiquement différentes » qui autoriseraient, selon lui, une différenciation de traitement sans violer la Constitution.

Au total, ce sont près de 1,2 million de pensionnés qui pourraient être touchés par ce frein à l’indexation. Si le gouvernement voit dans cette réforme un outil indispensable à la maîtrise des dépenses de sécurité sociale, les opposants y voient le début d’un détricotage du modèle social belge. Le débat, loin d’être clos, promet de rebondir en session plénière du Parlement…