« D’abord y a eu Gisèle, et puis y a eu Sophie, Isa, Khadija et Marie », chante Suzanne. C’est sur ce titre fort que s’ouvre « L’affaire Laura Stern », une minisérie engagée qui interpelle autant qu’elle nous captive. D’abord parce qu’elle touche à un sujet de société extrêmement problématique, malheureusement toujours d’actualité : les violences faites aux femmes.

En France, une femme sur deux a déjà subi une violence sexuelle, une femme sur dix est victime de violences conjugales au cours de sa vie, et huit plaintes sur dix aboutissent à un classement sans suite. Une autre statistique parle d’elle-même : 164 féminicides en 2025, soit plus d’un tous les deux jours. Ce n’est pas « trop », c’est inacceptable. « C’est parce que les chiffres de cette violence quotidienne absolument inouïe ne baissent pas, année après année, qu’il est de la mission du service public d’interroger ces violences et la difficulté qui demeure à inventer des solutions pour s’y opposer », défend France Télévisons. « Et c’est une des possibilités de la fiction que de chercher et oser une manière radicale de poser ces questions. »


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« L’affaire Laura Stern » : une histoire-choc où Valérie Bonneton saisit dans le rôle d’une femme qui fait justice elle-même aux victimes de violences domestiques et féminicides

Pharmacienne et mère de famille, Laura a fondé une association d’aide aux femmes victimes de violences, qu’elle reçoit dans son arrière-boutique, où elle anime des groupes de parole… jusqu’au jour où, impuissante, elle assiste au meurtre d’une membre, tuée à bout portant par son ex dans la rue. Traumatisée, révoltée par l’inaction de la police et rongée par la culpabilité de ne pas avoir su protéger celle qu’elle accompagnait, Laura va alors faire justice elle-même pour éviter d’autres féminicides. « Notre parti pris est d’identifier le téléspectateur à une femme presque ordinaire, une femme touchée par la douleur des autres femmes, et de conserver cette identification jusqu’au moment où elle décide de tuer un homme, puis un autre, puis encore un autre », commentent les auteurs, Frédéric Krivine et Marie Kremer, qui ont opté pour une approche volontairement dérangeante. « Nous ne pouvons pas tuer des hommes pour éviter que des femmes meurent, mais nous espérons que cette série permettra d’aborder ce sujet essentiel avec le plus grand nombre, afin de sensibiliser et de faire connaître ces réalités. »

Inspiré d’histoires vraies

Au-delà de son propos, « L’affaire Laura Stern » frappe aussi par sa justesse et l’intensité d’interprétation de ses acteurs, hommes et femmes, mais surtout femmes. Lesquelles servent des scènes poignantes, glaçantes, plus vraies que nature, toujours filmées avec douceur, pudeur et sans jugement. « J’ai eu envie d’aller chercher des visages, des sentiments, des souffrances qui soient justes », explique le réalisateur Akim Isker, qui a fait le pari (réussi) de mélanger de vrais comédiens à des femmes qui n’avaient jamais joué, qui lui ont livré leurs histoires. « Mon travail, il a surtout été d’écouter », ajoute celui qui, pour donner encore plus de résonance à la voix des victimes, est allé à leur rencontre dans des associations.

« Akim a fait un casting de fou », renchérit Valérie Bonneton, qu’on a plutôt l’habitude de voir dans des comédies, mais qui prouve ici qu’elle n’est pas qu’une rigolote. « Il est allé chercher des femmes qui vivaient ces choses-là, et il n’y a pas de mots, parce qu’on voit bien qu’elles ne jouent pas. On voit bien leurs parcours, la force, la puissance et le courage qu’elles ont. Il n’y a plus de jeu, il n’y a plus rien. » Plus rien que la réalité, qu’il nous incombe à tous de changer.

Pour rappel, le 0800/30030 est le numéro national d’écoute pour les femmes victimes de violences en Belgique.

« L’affaire Laura Stern » (série), mercredi 11 mars, 21h10, France 2