A Lausanne, Photo Elysée présente jusqu’au 1er novembre une centaine d’images de la grande voyageuse suisse dans l’exposition « Ella Maillart, récits photographiques ». L’écrivaine et photographe genevoise a réalisé quatre voyages en Asie centrale dans les années 1930.

Si Photo Elysée a décidé d’exposer les photos d’Ella Maillart (1903-1997) issues de ses voyages dans les années 1930, ce n’est pas un hasard. Après une adolescence et un début dans l’âge adulte consacrés au sport et à la voile, Ella Maillart débute ses grands voyages dans ces années-là.

Une décennie de grands voyages

Dans les années 1930, Ella Maillart exerce plusieurs emplois, mais n’y trouve aucune satisfaction. Elle entreprend un premier voyage à Moscou et rentre en traversant le Caucase. Deux ans plus tard, l’écrivaine et photographe parcourt le Turkestan russe et découvre pour la première fois, depuis les sommets qu’elle gravit, les paysages de Chine. En 1934, elle part comme journaliste en Mandchourie. Dans cette région au nord-est de la Chine, elle découvre le Mandchoukouo, un état fantoche mis en place et contrôlé par le Japon.

Un an après, la Genevoise entame un périple de six mille kilomètres de Pékin à Srinagar au côté de l’écrivain et lieutenant britannique Peter Fleming. Suivront d’autres voyages en Inde, en Afghanistan, en Iran et en Turquie pour y faire des reportages.

>> A écouter, l’interview de Fanny Brülhart à propos de l’exposition consacrée à Ella Maillart : L’invitée du 12h30 – Fanny Brülhart présente une exposition de Photo Elysée sur les traces d’Ella Maillart / L’invité du 12h30 / 8 min. / le 4 mars 2026

Sans oublier le fameux voyage, en 1939, en compagnie de l’écrivaine et photographe suisse Annemarie Schwarzenbach. « Il faut s’imaginer ces deux femmes seules, qui partent en voiture à bord d’une Ford depuis Genève et qui traversent toute l’Europe jusqu’à Kaboul, en Afghanistan », souligne Fanny Brülhart, conservatrice et responsable du département des collections à Photo Elysée, dans le 12h30 du 4 mars.

Un regard sur les femmes La nouvelle voie ferroviaire entre Nanyo et Ninguta, à l'ouest de Vladivostok, 1934, Corée Japonaise. [Succession Ella Maillart et Photo Elysée] La nouvelle voie ferroviaire entre Nanyo et Ninguta, à l’ouest de Vladivostok, 1934, Corée Japonaise. [Succession Ella Maillart et Photo Elysée]

L’exposition « Ella Maillart, récits photographiques » s’articule en trois chapitres sur la mémoire: mémoire du monde (sur les pays et leur situation géopolitique), mémoire personnelle (un chapitre plus intime sur Ella Maillart) et enfin préserver la mémoire (sur la transmission). 

Dans la partie mémoire personnelle, le public découvre le besoin viscéral d’Ella Maillart de voyager. Pour l’écrivaine, il s’agit à la fois d’une envie de découvertes, d’une quête de solitude, de sens et d’identité. Dans cette section, on trouve notamment une série de portraits de femmes. Des conductrices, des fabricantes de ski, des tisseuses de laine.

« On voit qu’elle porte un regard tout à fait singulier sur les femmes. C’est un sujet qui l’intéresse particulièrement vu le nombre de portraits qu’on retrouve, explique Fanny Brülhart. Et puis, on voit que le regard qu’elle porte sur ces femmes veut témoigner de leur activité, que ce soit dans le cadre du travail, dans le cadre familial ou social ».

Propos recueillis par Pauline Rappaz

Adaptation web: Sarah Clément

« Ella Maillart, récits photographiques », Photo Elysée, Lausanne, du 6 mars au 1er novembre 2026.