Votre histoire commence par une enfance marquée par la violence. Vous racontez que votre père ne savait pas vous aimer. Comment un enfant vit-il cela ?

« C’est quelque chose d’horrible. Un enfant ne peut pas se défendre. Et, le pire, c’est qu’à un moment, j’ai fini par croire que c’était normal. Ça a commencé quand j’avais six ans. Je me suis dit : ‘Je dois être tellement décevante et inutile.’ Comme un résidu, c’est resté en moi. Aujourd’hui encore, j’ai comme un radar : s’il m’arrive malheur ou si quelqu’un me blesse, c’est immédiatement la même douleur qui revient. »

Avec le temps, avez-vous pensé à lui pardonner ?

« Est-ce que lui, il m’a demandé pardon ? Non. Alors, pourquoi devrais-je le faire ? »

Au début du livre, quelqu’un vous dit : « Toi, tu ne connais rien à l’amour ». Que lui répondez-vous aujourd’hui ?

« Je ne rentrerais pas dans ce débat. Parce que, finalement, est-ce que cette personne connaît vraiment quelque chose à l’amour ? Moi, je suis très satisfaite d’avoir écrit ce livre. Évidemment, je ne connais pas tout de l’amour. Mais, aujourd’hui, je comprends mon chemin. Et, surtout, je sais reconnaître l’amour qu’il me faut. Je ne me perds plus dans l’amour. »

Vous évoquez votre relation toxique. La petite fille qui se cachait pour éviter les coups s’est remise à se cacher, cette fois face au conflit dans l’amour…

« C’est exactement ça. C’était une sorte de défense. On cherche d’abord la faute chez soi : qu’est-ce que j’ai mal fait ? On se dit qu’on ne va rien dire pour ne pas l’énerver, on observe s’il est de bonne humeur… C’est exactement la même chose que je faisais avec mon père quand j’étais petite. Et, petit à petit, on disparaît. On cesse d’exister. Sauf que, là, je n’avais plus six ans. À un moment, je me suis dit : comment est-ce possible que je refasse la même chose qu’avec mon père ? Et, là, j’ai compris que ce n’était pas normal. J’ai dit stop. »

Devenir maman à 46 ans, ça a changé votre vision de l’amour ?

« Ça balaie tout. C’est un tsunami. C’est le seul moment dans la vie à partir duquel on peut tout recommencer. Ça a complètement changé ma vision de la vie et de moi-même. Pour la première fois, je me suis dit qu’il fallait que je m’occupe de moi. Que je sois une bonne mère pour ma fille parce que c’est ma responsabilité. Je ne voulais plus traîner mes blessures : elle ne le mérite pas. Et ça a radicalement changé ma vie. »

Est-ce que vous lui avez parlé de votre passé ?

« Non mais je pense qu’elle a entendu à la télé l’histoire avec mon père. Elle sait juste qu’il n’était pas très gentil. Elle est encore trop petite pour comprendre. »

Vous comptez lui en parler un jour ?

« J’ai dédié ce livre à ma fille. Peut-être que je ne serai plus là quand elle sera adulte et qu’elle pourra le lire. Comme mon précédent livre, c’est un peu comme si je l’écrivais pour elle. Comme ça, peut-être qu’elle pourra éviter certaines erreurs… même si, au fond, chacun fait son propre chemin. Mais, au moins, elle connaîtra ma vérité. »

Avant, je pensais que les gens ne m’aimeraient que si j’étais parfaite.

Aujourd’hui, êtes-vous heureuse ?

« Je suis heureuse, oui. Parce que je suis une personne entière. Je n’ai plus peur. Et je me respecte. »

C’est quelque chose que vous ne faisiez pas avant ?

« Avant, je pensais que se préoccuper de soi, prendre soin de soi avec douceur, était un geste très égoïste. Ce qui est faux, évidemment. En réalité, je me suis maltraitée moi-même. J’étais très dure avec moi-même parce que je pensais que les gens ne m’aimeraient que si j’étais parfaite. Alors, je m’en demandais beaucoup trop. »

L’image que vous renvoyiez à l’époque, le physique parfait, la réussite, c’était une façade ?

« Non, ça n’a rien à voir. Je voulais simplement trop bien faire. Dans ma vie, j’ai fait des choses pour lesquelles je n’étais pas formée. C’était assez frustrant. Quand je suis arrivée dans le mannequinat, je ne savais rien. Comme pour la télévision, je ne parlais pas la langue. Les tournages étaient compliqués… À chaque fois, je me suis sentie un peu mal ‘équipée’. Il y avait une forme de frustration et une vraie peur de mal faire. La peur de l’échec aussi. J’avais toujours cette sensation de devoir faire mieux. »

Adriana Karembeu – Son coup de foudre pour Marc Lavoine date de plus de vingt ans : « Ça ne m’a jamais quittée »

Vous évoquez votre histoire d’amour, qui aurait pu commencer il y a 27 ans. Est-ce que vous n’avez pas de regrets de ne pas avoir franchi le pas, de ne pas être allée lui parler ?

« C’est juste hallucinant. (Rires) Déjà, je n’étais pas libre. Lui non plus. Et, par respect, je n’aurais jamais osé à l’époque lui parler ! Ce n’était pas possible. On ne s’est même pas dit bonjour. On s’est croisés deux ou trois fois sur des plateaux télé, retrouvés assis à la même table… Et, en fait, on ne s’est même pas calculés. (Rires) J’étais vraiment trop timide. »

Dans votre livre, on comprend bien qui est cet homme, Marc Lavoine. Vous racontez même : « Ce mec est fait pour moi. » Est-ce que vous croyez au destin ?

« Je ne sais pas. Je ne peux pas l’expliquer. C’est une question que je me pose souvent. Je pense qu’on se crée notre propre destin. Je ne crois pas que ce soit un hasard… Mais, en même temps, je ne sais pas ce qui m’a pris. Ce n’était pas calculé. Pas du tout. Je ne savais même pas que cette question allait m’être posée, celle de ma chanson préférée. (Lors de l’émission 50′ Inside en 2024 : NdlR) Pourquoi j’ai dit ça ? Au secours… (Rires) Je me suis vraiment surprise moi-même. Mais qu’est-ce que j’ai bien fait ! On n’en revient toujours pas. »

Vous dites « Je ne rame plus seule. Mais il n’est ni devant, ni derrière : il est à mes côtés. » C’est ça, aujourd’hui, l’amour qui résume votre vie ?

« C’est ça. Tout est facile. Ça glisse, ça baigne ! Je ne fais pas d’efforts, je ne cherche rien, je ne cours après rien. Je ne suis pas en demande. Rien ne me fait peur. Je me sens à l’aise. J’ai ma place dans cet amour. J’existe, je ne disparais pas. Et c’est peut-être aussi pour ça que cette personne m’aime. Mais est-ce qu’il faut vraiment se poser la question : pourquoi l’autre nous aime ? Je me posais beaucoup cette question avant. »

Vous lui avez demandé pourquoi il vous aimait ?

« Oui. Il m’a répondu : ‘Je t’aime parce que je t’aime. Et voilà tout.' »

Vous parlez aussi très librement de la sexualité des femmes après 50 ans. Vous écrivez même : « Dans la tombe, personne ne va me faire jouir. » C’était important pour vous d’aborder ce sujet ?

« Quand j’étais plus jeune, je pensais que les femmes de plus de 50 ans, qui disaient que c’était génial, que tout était mieux, racontaient un peu n’importe quoi. Mais, en réalité, c’est vraiment une autre vie qui commence. Avec la maturité, on connaît mieux son corps. Ce n’est plus celui qu’on avait à 20, 30 ou 40 ans ; il vieillit, évidemment. Mais beaucoup de femmes se sentent plus à l’aise. Plus libres. C’est parce qu’elles savent ce qu’elles veulent ! Et quand on a cette forme de lâcher-prise, on vit la sexualité beaucoup plus pleinement. Il n’y a plus rien de gênant, finalement. Il y a une vraie liberté qui apparaît. »

Libérée, épanouie… au point même de changer de look. Une nouvelle coupe de cheveux qui a beaucoup fait parler…

« Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ! (Rires) J’ai juste coupé mes cheveux ! »

C’était quelque chose que vous rêviez de faire depuis longtemps ?

« Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ! (Rires) J’ai juste coupé mes cheveux ! Et non.. Ce n’était pas prévu. La première fois, c’était l’année dernière, juste avant de monter les marches à Cannes. Dix minutes avant. J’étais presque prête. Mon coiffeur essayait de me faire un chignon et ça ne me plaisait pas. Et je lui ai dit : ‘Tu sais quoi ? Coupe tout.’ J’ai quand même appelé mon chéri pour lui demander, parce que les hommes, on ne sait jamais… (Rires) Et il m’a dit : ‘Vas-y.' »

Vous auriez osé faire ça il y a quelques années ?

« Jamais ! Et, là, c’est génial parce qu’avec les cheveux courts, on peut s’amuser : changer de couleur, tester des choses. Qu’est-ce que ça fait du bien… Je revis, vraiment. »

Donc, pas question de revenir aux cheveux longs ?

« Pas tout de suite en tout cas. Je n’en ai absolument aucune envie. Et peut-être même que dans ce geste, avec le recul, il y a aussi une forme de liberté. Que ça plaise ou non, je m’en fiche. Moi, ça me plaît. Mais ce n’était pas prémédité. Ce n’était pas une rébellion. »