L’île de Kharg est une cible idéale pour affaiblir l’Iran : pourquoi les États-Unis et Israël ne l’attaquent-ils pas ?Un dessalement essentiel

Dans la région du Golfe, les usines de dessalement sont cruciales : sur le littoral, on en dénombre plus de 400, de taille et d’importance variables. Ces usines représentent – en fonction des estimations – entre 40 et 60 % de la capacité mondiale de dessalement.

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« Le premier qui ose s’attaquer à l’eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu’on a aujourd’hui. »

Les frappes observées le week-end dernier menacent directement l’approvisionnement en eau potable des pays voisins de l’Iran, qui dépendent largement du procédé de dessalement : à hauteur de 90 % pour le Koweït et le Qatar, 86 % pour Oman, 70 % pour l’Arabie saoudite… Riyad, la capitale saoudienne, est tributaire de l’activité de la seule usine de Jubail, l’une des plus grandes au monde.

Comment l’Iran pourrait frapper les États-Unis sur leur sol ? « Nous restons préparés à toute éventualité »Vers une guerre de l’eau ?

« Le premier qui ose s’attaquer à l’eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu’on a aujourd’hui », prévient Esther Crauser-Delbourg, économiste de l’eau, interrogée par l’AFP.

Isabel Ruck reste cependant prudente quant à la perspective d’un affrontement centré sur l’eau. « Les usines iraniennes le long du Golfe persique produisent de l’eau pour la population mais aussi pour les complexes industriels, et notamment pour le nucléaire. C’est par ce prisme-là qu’il faut analyser la première frappe stratégique américaine ».

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« Les usines iraniennes le long du Golfe persique produisent de l’eau pour la population mais aussi pour les complexes industriels, et notamment pour le nucléaire. »

La chercheuse, qui a récemment publié une analyse à ce propos, voit la ressource hydrique comme un facteur de dissuasion et de coopération, plutôt que comme une arme de guerre.

« Un point de non-retour »

Ces usines abreuvent les métropoles environnantes, tout en irriguant les surfaces agricoles et en alimentant les industries. Dans la région aride du Golfe, il y a peu d’autres options pour stocker l’eau. Ce qui place les pays environnants sous la menace d’une crise hydrique majeure : la mise hors service d’une seule grande usine menacerait l’approvisionnement en eau de plusieurs millions de personnes.

« Lors de la Guerre du Golfe, déjà, l’eau avait été un sujet d’inquiétude. Par le passé, elle a incarné un levier stratégique de sortie de crise, plus qu’un moyen autour duquel les peuples et les nations s’affrontent », continue Isabel Ruck.

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Pour autant, l’imprévisibilité du président américain Donald Trump n’écarte pas la menace d’une escalade guerrière autour des ressources hydriques. « Ce serait vraiment la stratégie du fou et un point de non-retour. Frapper les usines dans cette région implique d’assoiffer la population et de créer des mouvements de migration. Mais on ne sait pas jusqu’où Trump est capable d’aller », glisse la responsable de la recherche et de la coordination scientifique du Carep.

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« Dans cette zone, il y a une vulnérabilité hydrique partagée. Aucun acteur n’a intérêt à ce que ça termine en guerre de l’eau »

Des usines de dessalement aux États-Unis

D’autres facteurs expliquent pourquoi les acteurs du conflit préfèrent éviter une guerre de l’eau. Israël, pionnier de la technologie de dessalement de l’eau, assure 75 % de ses besoins via cinq grandes usines. Et d’ici 2050, Tel-Aviv veut plus que tripler sa production d’eau dessalée.

« Dans cette zone, il y a une vulnérabilité hydrique partagée. Aucun acteur n’a intérêt à ce que ça termine en guerre de l’eau », estime Isabel Ruck. Les États-Unis non plus : « Sur la côte californienne, se trouvent de grosses usines de dessalement. Les Américains n’ont pas intérêt à ce qu’on prenne ce genre d’usines pour cible », ajoute la chercheuse.

« L’issue du conflit entre les Etats-Unis et l’Iran dépendra du renouvellement du stock de munitions »Pas que les frappes

Spectaculaires, les frappes aériennes ne sont pas le seul moyen de contrarier l’activité des antennes de dessalement. Une cyberattaque peut modifier les protocoles chimiques de l’eau, tandis qu’une marée noire dans cette zone condamnerait le pompage – même profond – de celle-ci par les usines.

Voilà qui permet de donner une autre lecture aux frappes iraniennes ayant touché les pétroliers battant pavillon américain Louise P et Pirima entre le 4 et le 8 mars dernier.