Rockmans, qui comparaissait sous bracelet électronique, aurait pu être arrêté séance tenante. L’avocat général s’y est refusé : « J’ose croire que vous assumerez votre responsabilité et que vous vous présenterez à la prison. »

Deux exécutions

Pendant une semaine et demie, la cour a disséqué deux véritables exécutions. Deux jeunes hommes abattus de sang-froid par Michaël Wittemberg : Yassine Faid à Ninove en mars 2020 et Laurent Rebin à Chièvres en juin 2020.

Derrière ces crimes, le portrait d’un homme rongé par la cocaïne, vivant dans la paranoïa et obsédé par son image de caïd. Wittemberg, ancien petit délinquant, avait connu une longue accalmie avant de replonger. Depuis une agression subie en juillet 2019, il s’enferme dans une spirale violente. Il consomme du matin au soir, reçoit ses clients chez lui, arme posée sur la table pour asseoir son autorité dans le milieu toxicomane athois. Il impose la peur et l’omerta.

Appelterre : un crime dans la ruelle

Le 20 mars 2020, Yassine Faid, 22 ans, impliqué dans le trafic de stupéfiants, commet, aux yeux de Wittemberg, l’erreur fatale : se présenter chez lui à Ath. Pour ce profil à la personnalité antisociale marquée, impulsif, égocentrique et incapable de remise en question, l’affront est insupportable.

Il décide de l’abattre. Un faux rendez-vous pour un deal de cocaïne est fixé dans une ruelle sombre d’Appelterre, près d’une chapelle blanche. Wittemberg embarque Nicolas Rockmans, lui faisant miroiter le braquage d’un dealer.

Quand Yassine arrive, le piège se referme. Wittemberg sort son arme et tire. La balle traverse l’abdomen de la victime. Rockmans, resté en retrait, prend la fuite.

Wittemberg reconnu coupable d’assassinat et de meurtre, Rockmans condamné pour coups ayant entraîné la mort

Les jurés estimeront qu’il s’est dissocié d’un crime qu’il aurait dû empêcher. Il est reconnu coupable de coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Ironie tragique : il n’a pas tiré, n’a porté aucun coup, mais a accepté les conséquences d’un vol violent qui a mal tourné.

Les enquêteurs mettront des mois à remonter la piste, allant jusqu’à incarcérer deux innocents. Rockmans se tait. Il ne dénonce pas Wittemberg. Ce dernier cultive son image de chef, renforçant sa réputation à coups de menaces et de démonstrations armées.

Chièvres : tuer pour voler

Le 31 mai 2020, Laurent Rebin, toxicomane fragile, marqué par un passé de harcèlement scolaire et le suicide de son père, consomme chez Wittemberg. Sous cocaïne, il parle trop. Il révèle qu’il cache cinq kilos de cannabis chez lui et cherche à s’en débarrasser.

Wittemberg flaire l’aubaine. Fidèle à son fonctionnement prédateur, il décide de s’emparer de la marchandise sans payer. Il conduit Laurent Rebin dans un chemin isolé à Chièvres et lui tire une balle dans la nuque. La scène se déroule sous les yeux de ses propres enfants et d’un autre jeune.

Il récupère le portefeuille et les clés de sa victime, se rend à son domicile, emporte la valise de cannabis et en profite pour voler d’autres objets de valeur.

Pour le parquet de Mons-Tournai, comme pour les jurés, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un vol avec violences, assorti de circonstances aggravantes majeures : le meurtre a été commis pour faciliter le vol.

Le lendemain, dans un mélange glaçant de vanité et d’inconscience toxique, Wittemberg se vante du crime. Il est arrêté le 10 juin 2020 et n’a plus quitté la prison depuis.

Récidive et sursis bafoué

Nicolas Rockmans sera arrêté un an plus tard, le 26 mai 2021. Il n’a jamais dénoncé Wittemberg pour le crime de Ninove : un tiers l’a fait à sa place. Multirécidiviste, déjà lourdement connu de la justice, il était en sursis probatoire au moment des faits.

Deux trajectoires marquées par la drogue, la marginalité et un mépris profond des règles sociales. La cour d’assises a estimé que la société devait être protégée durablement de l’un, sévèrement sanctionner l’autre.