L’histoire débute en 1983, lorsque le président français François Mitterrand lance un concours international pour un projet démesuré: l’édification de la Grande Arche de la Défense, destinée à s’inscrire dans l’axe historique du Louvre et de l’Arc de Triomphe.
À la surprise générale, ce défi colossal est confié à un parfait inconnu, l’architecte danois Otto von Spreckelsen (Claes Bang).
Du jour au lendemain, cet homme de 53 ans quitte son poste de professeur à Copenhague pour débarquer à Paris.
Il y découvrira rapidement que les visions créatives les plus nobles se heurtent inévitablement à la rigidité de la bureaucratie et aux calculs politiques.
Initialement, le film adopte une approche semblable au documentaire, privilégiant la chronique historique rigoureuse.
La structure demeure linéaire, suivant scrupuleusement l’ordre chronologique des événements sans trop s’écarter des faits, malgré quelques libertés bien entendu.
Très axée sur les détails techniques au détriment du ressenti, cette première moitié de film manque parfois de souffle et d’émotion, le tout étant marqué par plusieurs longueurs.
À vrai dire, si le récit avait conservé ce rythme tout du long, le résultat aurait pu s’avérer franchement décevant.
Par chance, la seconde partie propose une progression bien plus captivante.
Ce virage s’opère principalement à travers le personnage d’Otto, incarné par un Claes Bang magistral.

Sa performance est digne de mention.
Il parvient à illustrer la métamorphose de cet architecte d’abord timide en un créateur inflexible, refusant tout compromis susceptible de dénaturer l’œuvre de sa vie.
C’est ici que le film révèle la véritable force de sa thématique.
Alors qu’on redoute un exposé terne, le long-métrage se transforme en illustration concrète de la manière dont les structures technocratiques françaises ont malmené le projet du Danois.
Ce dernier apparaît cruellement démuni face aux forces politiques qui se dressent contre lui, et ce, malgré des appuis de taille.
En première ligne, on retrouve le président Mitterrand, campé par un Michel Fau particulièrement convaincant.
Il parvient à montrer toute la dualité de cet homme d’État, qu’on décrivait comme à la fois visionnaire et tacticien.
À ses côtés également, on retrouve Swann Arlaud, dans le rôle de l’architecte Paul Andreu, qui joue un rôle clé dans la prise de conscience d’Otto.
Voix du réalisme et du pragmatisme, il tente tant bien que mal de raisonner son confrère sur les réalités du terrain français.
À cette distribution de grande qualité s’ajoute Xavier Dolan, dans la peau d’un conseiller du président.
Si son immense talent de comédien n’est plus à prouver, il surprend ici en délaissant ses rôles habituels, souvent exubérants et nerveux, pour un personnage avec beaucoup plus de retenue.
Il interprète avec justesse le tiraillement d’un homme déchiré entre sa volonté de soutenir Spreckelsen et les exigences de la machine politique à laquelle il appartient.
Il offre aussi quelques moments comiques.

Toutes ces relations entre les personnages sont magnifiées par des dialogues très puissants.
Visuellement, le réalisateur accentue également la vulnérabilité des protagonistes face à l’ampleur d’un chantier qui semble trop lourd à porter.
Le choix des plans larges montre le caractère gigantesque du chantier, rendant les personnages minuscules face au futur bâtiment.
Malgré une structure narrative un peu rigide et un récit qui tombe parfois trop dans la technique, L’inconnu de la Grande Arche sauve la mise grâce à une évolution dramatique d’une grande intelligence.
C’est un portrait puissant sur l’idéalisme d’un homme étouffé par la lourdeur d’un système.
L’inconnu de la Grande Arche est présenté au cinéma.
Au génériqueCote: 7,5/10Titre: L’inconnu de la Grande ArcheGenre: DrameRéalisation: Stéphane DemoustierDistribution: Claes Bang, Xavier Dolan, Swann Arlaud Durée: 1 h 47