Pour le député wallon Olivier de Wasseige (Les Engagés), « vu les enjeux de sécurité et de souveraineté technologique », il est plus que temps pour la Région d’organiser sa propre filière industrielle de lutte contre les drones. « La Flandre ne nous attend pas », note-t-il.

Ça s’est calmé, dans le ciel belge…Tout est déjà là

« Pourtant, tout est déjà là », selon le député Engagés. Les technologies, les compétences… Mais ça manque de vision commune, de structure et de coordination, indique Olivier de Wasseige. C’est le sens de la proposition de résolution qu’il vient de présenter en commission Économie du Parlement wallon.

Les Engages Olivier de Wasseige pictured during a plenary session of the Walloon Parliament in Namur, Wednesday 12 November 2025. BELGA PHOTO BRUNO FAHYLes Engages Olivier de Wasseige pictured during a plenary session of the Walloon Parliament in Namur, Wednesday 12 November 2025. BELGA PHOTO BRUNO FAHYOlivier de Wasseige, député wallon Les Engagés (majorité). BELGA PHOTO BRUNO FAHY ©Belgaimage

Il demande au gouvernement de structurer « un véritable écosystème wallon et surtout des chaînes de valeur dans le domaine des technologies liées aux drones et à leur neutralisation. »

On parle non seulement économie et industrie, mais aussi « emploi, formation, recherche, innovation, énergie », etc.

« En 5 ans, un autre monde »

Et on la financerait comment, cette filière ? Avec des fonds wallons publics et privés. Il y a aussi des moyens à aller chercher au fédéral. Notamment cette ligne budgétaire de 1,1 milliard pour la défense belge dédiée à la lutte contre les drones, étalée sur 12 ans. Et puis, les fonds Feder européens.

guillement

Il y a 5 ans, quand on parlait des drones, on se demandait comment on allait réglementer ces appareils pour éviter le voyeurisme dans la piscine du voisin

Le partenaire de majorité, le MR, a accepté de cosigner la proposition de résolution. « Il y a 5 ans, quand on parlait des drones, on se demandait comment on allait réglementer ces appareils pour éviter le voyeurisme dans la piscine du voisin. On en est malheureusement bien loin, puisque nous parlons d’armes, soupire Jean-Paul Wahl (MR). En 5 ans, nous sommes passés dans un autre monde.  »

« Est-ce réaliste ? »

Même au PS (opposition), on soutient le concept de filière anti-drones. « Nous allons soutenir cette proposition, confirme Eddy Fontaine. Elle est pertinente sur le plan économique, elle est équilibrée et elle répond à une urgence en matière de sécurité publique », salue le député socialiste.

Les trois groupes, Engagés, MR et PS, considèrent qu’il y a lieu d’accélérer le mouvement. « Il faut mettre les bouchées doubles et aller au plus vite, au plus droit, au plus direct », résume Eddy Fontaine.

Ecolo Freddy Mockel pictured during a plenary session of the Walloon Parliament in Namur, Wednesday 25 February 2026. BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNEEcolo Freddy Mockel pictured during a plenary session of the Walloon Parliament in Namur, Wednesday 25 February 2026. BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNEFreddy Mockel, député wallon Ecolo (opposition). BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE ©Belgaimage

Par contre chez Écolo (opposition), si Freddy Mockel rejoint les autres députés sur la nécessité de s’emparer du phénomène drones, « il ne faut pas confondre urgence et précipitation ». On parle d’armes, tout de même, souligne-t-il.

Et on ne sait finalement pas grand-chose de ces drones qui ont survolé la Belgique, dit-il. On manque aussi d’infos sur les sites critiques concernés en Wallonie, sur le potentiel de marché, sur l’intérêt même de fédérer à tout prix « des secteurs si différents ». « Est-ce réaliste et souhaitable de viser un système complet made in Wallonia, plutôt que des coopérations avec des pays limitrophes ? »

« Un discours alarmiste »

Au PTB, Julien Liradelfo veut bien l’admettre : des drones qui s’attardent au-dessus d’aéroports ou d’autres sites sensibles, « cela peut représenter un danger réel ».

guillement

Si on parle de petits drones civils, j’ai lu des études qui disaient que, avec un bon fusil de chasse, on pouvait les abattre.

Mais il faut savoir de quoi on parle, prévient-il. « Si on parle de petits drones civils, j’ai lu des études qui disaient que, avec un bon fusil de chasse, on pouvait les abattre. Mais si on parle d’engins comme les drones Reaper, on est plus dans le militaire, avec les missiles sol-air. Ce n’est pas du tout la même proposition. »

Ce qui le dérange, c’est le « discours alarmiste » utilisé pour aboutir en fin de compte à une « militarisation de notre économie ». Avec, de surcroît, un potentiel de création d’emplois pas si fou, juge l’élu PTB.

La cybersécurité du ciel

« On ne militarise rien du tout, rétorquera Olivier de Wasseige. On veut protéger des infrastructures civiles critiques. Les systèmes anti-drones sont comparables à la cybersécurité dans le domaine informatique ou aux dispositifs anti-intrusion. Ne pas agir serait irresponsable vis-à-vis des citoyens. »

guillement

Le gouvernement ne reste pas les bras croisés…

Quant au ministre de l’Économie Pierre-Yves Jeholet, il rappelle essentiellement que « le gouvernement ne reste pas les bras croisés ». Entre autres initiatives, une task force « défense » mise en place en août 2025 a déjà tenu une série de réunions et on y parle aussi drones et lutte anti-drones.

« Voyons comment, entre grandes, moyennes et petites entreprises, avec les universités, les centres de recherche et de compétence wallons, on peut intégrer les chaînes de valeur internationales et européennes. C’est aussi cela, le but poursuivi.  »

Compromis sur des auditions : ce sera après le vote

En parallèle à sa proposition de résolution, Olivier de Wasseige réclame des auditions pour « alimenter le travail du Parlement ». Il souhaite notamment entendre le général Van Strythem, le Monsieur Drone de la Défense.

Le ministre Jeholet a eu l’occasion de l’inviter à rencontrer une série d’entreprises wallonnes spécialisées en drones et anti-drones. Il recommande, au passage : « Très instructif… »

Mais sur la question des auditions, même le MR, partenaire de majorité et cosignataire du texte, chipote. « Je ne suis pas persuadé que nous sortirons de ces auditions plus intelligents qu’à leur entame », fait savoir Jean-Paul Wahl. Et le socialiste Eddy Fontaine est d’accord : « On n’a pas d’opposition de principe mais ça va allonger le processus… « 

Au final, des auditions seront bien organisées le 7 avril… après l’adoption de la proposition de résolution (qui devra être amendée entre-temps) dans une dizaine de jours en plénière.