Le projet était en branle depuis plusieurs mois déjà, alors que la décision avait été prise de laisser tomber le modèle coopératif sous lequel la chaîne opérait depuis 2019.
Les difficultés financières du média, fondé en 1972, et l’incapacité à obtenir du financement gouvernemental à cause d’une licence de radio privée ont été les principales raisons pour lesquelles les employés désiraient un changement de formule.
Un nouveau joueur
En avril dernier, CJAN annonçait la nomination de Jonathan Cyrenne au poste de directeur général par intérim afin de procéder à la transition entre la coopérative et la nouvelle entreprise créée dans le but d’acquérir ses actifs: Résonance Média Inc.
«C’est toujours des processus qui sont quand même assez longs, dans le fond, ce genre de transaction», explique celui qui œuvre depuis une quinzaine d’années dans le milieu des médias, surtout en Mauricie. Il est également directeur général des stations de radio communautaire Country Pop 92,9 de Shawinigan (CFUT) et 103,1 de Louiseville (CHHO).

«C’était une coopérative de travailleurs, puis il y en a qui voulaient partir pour d’autres défis, d’autres à la retraite et compagnie. Donc, il y avait des besoins de main-d’œuvre et puis, de mon côté, j’avais été catégorique que j’étais acheteur de la station», indique M. Cyrenne.
«Cette volonté-là d’être le patron et puis d’avoir les deux mains sur le volant, ça a toujours été en moi», signale celui qui se décrit comme un «passionné de radio» et qui cherchait aussi une façon d’investir.
Selon les documents du CRTC, Résonance Média aurait déboursé 258 453 $ dans cette transaction, soit un prix d’achat de 187 262 $ pour la chaîne et 71 191 $ en valeur de baux pris en charge sur cinq ans.
«Il y a des investissements plus prudents, qui sont d’acheter des immeubles locatifs et on est sûr de garder une valeur. Dans tout ce qui est médias, vous le savez, on est dans un domaine en pleine transformation. C’est intéressant de pouvoir dire “le risque, c’est moi qui le prends”. Point final.»
— Jonathan Cyrenne, propriétaire de Résonance Média Inc.
Avec l’arrivée de la nouvelle entreprise, qu’est-ce qui pourrait changer à CJAN? «C’est sûr qu’il va y avoir un repositionnement de la station, probablement vers la fin de l’été. Ce sont des choses qui sont normales», mentionne-t-il.
Un renouveau de l’image de marque de CJAN devrait également être au menu, puis Résonance Média aurait déjà des plans pour l’acquisition ou l’ouverture d’une seconde station. «Ça va se confirmer dans les prochains jours publiquement», assure-t-il sans donner plus de détails.

Un ancrage local fort
«À Val-des-Sources, ce qui m’a frappé, c’est à quel point les gens sont attachés à leur radio, il y a un sentiment d’appartenance qui est très fort», souligne l’entrepreneur. «Les gens savent que la station est là, ils la consomment, ils l’écoutent. L’information locale a toujours une place très importante et continuera d’en avoir une, ça, c’est certain.»
S’il n’entend pas procéder à des suppressions de postes du côté de Val-des-Sources, Jonathan Cyrenne vise également une forme de mutualisation des ressources avec d’autres stations, que ce soient celles qu’il dirige en Mauricie, ou encore celles qui pourraient être acquises par Résonance Média dans le futur.
«C’est vraiment ça qui est important dans cette transaction-là, c’est le maintien des emplois à Val-des-Sources. La radio, on fait ça dans les collectivités pour parler aux gens de la place, bien il faut être en place aussi pour parler aux gens de la place.»
— Jonathan Cyrenne, propriétaire de Résonance Média Inc.
«Dans le cas de CJAN, un des problèmes, c’est le financement. D’être 100 % locale, indépendante, de ne pas compter sur d’autres ressources, c’est parfois difficile. Travailler avec d’autres stations, c’est quelque chose qu’on n’aura pas le choix de faire non plus», poursuit-il.
«Si vous regardez le portrait radiophonique dans les dernières années, il y en a beaucoup qui ont fait de la convergence et de la mutualisation. C’est pour ça qu’il y a des projets d’acquisition aussi d’autres stations, pour pouvoir partager des ressources, puis pour être en mesure d’avoir une performance plus grande.»

À l’heure où les grosses entreprises technologiques accaparent une partie de plus en plus démesurée du marché publicitaire, est-ce prudent de faire l’achat d’une station de radio locale?
«Une question qu’il faut qu’on se pose comme industrie médiatique, c’est qu’est-ce qu’on a fait pour s’adapter? Et en termes de ventes publicitaires, je vais parler pour l’ensemble de l’industrie, est-ce que les techniques de vente ont vraiment changé au fil du temps? Est-ce que les clients sont au courant du nombre d’impressions qu’ils reçoivent lors d’une campagne radio, par exemple?», s’interroge-t-il.
«Aujourd’hui, il y a des outils qui nous permettent de le faire, puis on se rend compte que la radio est moins chère que Facebook au coût par mille impressions, mais, dans la perception des gens, la perception du milieu des affaires, Facebook va toujours être le moins cher, alors que c’est complètement faux.»
De plus, en plaçant leurs utilisateurs dans des chambres d’écho et en les segmentant constamment, ces géants seraient en train de perdre cet aspect universel, cet aspect qui rejoint tout le monde, croit-il.
«Il y a un retour du balancier vers les médias traditionnels, je pense. Encore faut-il maintenir des programmations et des contenus intéressants. Je suis certain que l’écosystème médiatique québécois va être en mesure de le faire.