Thierry Neuville estime que l’édition 2026 du Safari Rally est « probablement le rallye le plus difficile jamais vu », alors que les équipages ont dû lutter contre des conditions extrêmes pour simplement survivre au chaos. 

Le pilote Hyundai fait partie d’une liste impressionnante de noms – parmi lesquels Oliver Solberg, Sébastien Ogier, Elfyn Evans et Josh McErlean – contraints à l’abandon après que les conditions ont infligé des dégâts irréparables à leurs voitures.

Les équipages s’attendaient à une édition extrême en Afrique, en raison des fortes pluies tombées avant l’épreuve. D’autres averses ont transformé certaines portions de spéciales en véritables bains de boue, tout en mettant à nu des rochers particulièrement agressifs, prêts à endommager les voitures. Les organisateurs ont été contraints d’annuler deux spéciales en raison de la dégradation des routes, qui rendait impossible l’accès des véhicules médicaux.

Thierry Neuville avait profité des abandons successifs du trio de tête (Solberg, Ogier et Evans) pour remonter en deuxième position. Mais le Belge a dû ménager sa monture à cause de problèmes de surchauffe provoqués par la boue qui obstruait le radiateur de sa Hyundai i20 N.

Une double crevaison suivie d’un arbre de transmission cassé a finalement mis fin à sa journée dans l’ES14. Il estime que le règlement sportif devrait être modifié afin de permettre aux équipes de Rally1 d’apporter davantage d’adaptations spécifiques lors de cette épreuve pour protéger les voitures. Les constructeurs sont actuellement autorisées à effectuer un nombre limité de modifications de renforcement, et à installer des snorkels.

« Ça a été très brutal, probablement le rallye le plus difficile que nous ayons jamais vu. Je ne pense même pas qu’il y a 30 ou 40 ans ils aient connu quelque chose d’aussi dur », a déclaré le champion du monde 2024. « C’est peut-être un peu trop dur pour ces voitures, et elles devraient peut-être être un peu plus adaptées au terrain, mais malheureusement ce n’est pas autorisé. Peut-être qu’à l’avenir, les équipes pourraient adapter davantage la voiture pour ce rallye en particulier. »

 

Le directeur adjoint de l’équipe Toyota, Juha Kankkunen – trois fois victorieux du Safari Rally dans les années 1980 et 1990, lorsque l’épreuve était bien plus longue – s’est dit surpris par le nombre d’abandons.

« Autant de voitures qui abandonnent en même temps, je ne me souviens pas avoir vu ça, surtout dans la même équipe », a-t-il déclaré après avoir vu trois de ses voitures abandonner coup sur coup.

Interrogé sur la difficulté du rallye, le directeur sportif de Hyundai, Andrew Wheatley, a répondu : « La question de savoir si c’est trop dur est très difficile. C’est certainement trop dur pour se battre pour chaque seconde. Je pense que si l’on considère ce rallye comme une pure épreuve de fiabilité, on peut aller au bout, mais c’est extrêmement difficile. Ce n’est pas une épreuve normale. »

Le patron de M-Sport-Ford, Richard Millener, a ajouté : « Les conditions sont clairement à la limite. Ça dépend énormément de la météo, et s’il n’avait pas plu, cela aurait probablement été acceptable. La boue est particulièrement problématique parce qu’elle détruit les voitures. C’est un débat compliqué, car on pourrait dire aux pilotes de ralentir un peu : les Rally2 n’ont pas ce problème et ils sont plus lents. »

« Les voitures peuvent survivre à ce rallye, il faut simplement décider de la manière dont on veut piloter. Personnellement, je n’ai pas de problème avec ça. Le plus gros point négatif pour moi, c’est que nous subissons des dégâts sur les voitures, qui coûtent énormément d’argent, et c’est quelque chose que nous devons prendre en compte chez M-Sport. »

« Le rallye est aussi une question de défi. Il faut aussi se rappeler que les images d’aujourd’hui serviront à montrer à quel point le rallye est incroyable. On ne peut donc pas dire ensuite que l’épreuve était mauvaise parce qu’elle était trop dure, il faut faire attention à ça. »

Les exigences de survie
Adrien Fourmaux est deuxième du général samedi soir.

Adrien Fourmaux est deuxième du général samedi soir.

Photo de: Hyundai

Pour survivre à ces conditions brutales, les équipages et les mécaniciens ont été poussés dans leurs retranchements afin de permettre aux voitures de terminer les spéciales. Les pilotes ont dû faire preuve d’ingéniosité pour dégager la boue des radiateurs après chaque spéciale et maintenir les niveaux d’eau, allant jusqu’à en puiser dans des flaques à proximité.

Hyundai avait trois voitures à réparer lors de l’assistance de la mi-journée et, avec quatre mécaniciens sur chaque voiture, les équipes ont installé de nouvelles boîtes de vitesses, changé les embrayages, modifié les suspensions et réparé les dégâts en seulement 30 minutes de service.

« Cela a été l’une des journées les plus difficiles de ma carrière. C’était très exigeant de devoir constamment travailler sur la voiture pour s’assurer d’être prêts pour la spéciale suivante et éviter que la boue ne bloque tout », a déclaré Adrien Fourmaux, pilote Hyundai, qui a terminé la journée deuxième à 1’25″5 du leader, Takamoto Katsuta.

« Les conditions étaient très piégeuses. Je dois remercier les mécaniciens au service de midi, qui ont fait un travail fantastique. Maintenant, nous devons aller chercher ce podium pour les remercier. »

Toyota prend toutes les précautions pour dimanche
Takamoto Katsuta va-t-il cueillir sa première victoire ?

Takamoto Katsuta va-t-il cueillir sa première victoire ?

Photo de: Toyota Racing

Le travail va se poursuivre ce samedi soir alors que les équipes préparent les quatre dernières spéciales de dimanche. Toyota a jusqu’ici bénéficié d’une fiabilité presque irréprochable au Kenya, remportant toutes les éditions depuis 2021. Toutefois, l’équipe va remplacer les alternateurs sur les voitures restantes de Takamoto Katsuta et Sami Pajari par précaution, après que cette pièce a été à l’origine des abandons d’Oliver Solberg et Sébastien Ogier.

« Je ne sais pas pourquoi cela s’est produit et nous l’analyserons plus tard, car tout était couvert et scellé, tout le travail avait été fait, mais malgré tout, ça peut arriver », a déclaré Juha Kankkunen. « Nous ferons la même chose sur la voiture de Sami et sur celle de Taka, un service normal. Bien sûr, nous changerons l’alternateur pour demain au cas où, mais normalement on peut rouler toute l’année avec le même alternateur sans problème. Nous le ferons quand même. »

Alors que Takamoto Katsuta est en passe de décrocher sa première victoire en WRC, Juha Kankkunen ne pense pas que son pilote ait besoin de conseils particuliers pour conclure.

« Il n’y a rien de spécial à dire. C’est au pilote lui-même de gérer [la pression]. Ce sera normal. Il sait comment piloter la voiture, il est bon, il n’y a rien de particulier à lui dire », a-t-il ajouté.

L’objectif du pilote japonais est clair : « L’équipe travaille dur à chaque rallye et maintenant, je dois leur offrir un résultat. Je veux les rendre fiers. »

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