Plus de trente ans de carrière et pourtant, c’est votre première tournée européenne. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de rencontrer le public européen, notamment belge ?
Les raisons sont nombreuses. Pendant longtemps, tout le monde pensait, moi aussi d’ailleurs, que ce que je racontais dans mes chansons était très lié à l’Italie, à la province italienne. Que c’était quelque chose de très local, difficile à exporter.
Mes textes parlent beaucoup des petites villes, de la province… donc on pensait que cela n’aurait pas forcément un écho international. Et puis en Italie tout allait bien pour moi, donc je n’ai jamais vraiment pensé à faire des tournées en Europe.
Mais aujourd’hui vous y avez pensé…
À un certain âge, j’ai envie de vivre de nouvelles émotions sur scène. Et puis je fais partie d’une génération qui se souvient très bien de l’émigration italienne, notamment en Belgique. Pour moi, venir ici est aussi une façon de rencontrer ces Italiens qui ont quitté leur pays il y a vingt ou trente ans et de leur faire sentir un peu « l’air de la maison ».
Ce concert à Bruxelles sera donc votre premier en Belgique. Comment vivez-vous la découverte d’un nouveau public après tant d’années de carrière ? Y a-t-il un peu d’appréhension ?
Oui, beaucoup même ! C’est une aventure totalement nouvelle. Depuis que je suis enfant, l’idée de la Belgique m’a toujours fasciné. C’est un pays multiculturel, multilingue, avec une histoire très particulière. Et aujourd’hui encore, c’est un centre important en Europe, avec les institutions européennes, l’OTAN…
Donc il y a aussi le plaisir de découvrir un pays que j’admire et que je connais finalement assez peu. Je suis déjà passé par la partie flamande, vers Anvers, mais Bruxelles représente pour moi le lieu où tous ces mondes se rencontrent.
Si vous deviez vous présenter au public belge qui vous connaît moins ou pas du tout, que diriez-vous ? Personnellement je dirais : une voix iconique, un artiste générationnel et une carrière très longue. Vous vous reconnaissez dans cette description ?
Oui, je m’y reconnais. Et j’ajouterais peut-être que je raconte la province italienne. Je n’ai pas raconté les grandes places ou les centres des grandes villes, mais plutôt les périphéries, les petites villes-satellites, les quartiers. Et je pense que même dans une grande ville comme Bruxelles, ces réalités existent aussi.
Votre nom reste indissociable du groupe 883, qui a marqué les années 90 en Italie. Est-ce que cela vous dérange que l’on en parle encore aujourd’hui ou est-ce plutôt une fierté ?
Au contraire, j’en suis très heureux. Ce nom et cette période font partie intégrante de ma vie. J’ai eu la chance de raconter beaucoup de choses dans ces chansons, dans la première partie de ma vie. Bien sûr, comme toutes les belles choses, cela finit un jour et il faut évoluer. Mais j’ai toujours une immense affection pour ces chansons, pour cette époque et pour ce nom.
Quand vous regardez dans le rétroviseur, quel regard portez-vous sur ces plus de trente années de carrière ?
C’est… (il réfléchit)… étrange de regarder tout le temps qui est passé. D’autant que, au début, je n’aurais même pas imaginé arriver au lundi suivant la sortie de ma première chanson ! Aujourd’hui je regarde en arrière et je me dis : « C’est vraiment arrivé tout ça ? J’ai vraiment fait toutes ces choses ? » Pour moi, mon parcours est la preuve que dans la vie on ne sait jamais ce qui peut arriver. Je n’ai jamais pensé que la musique deviendrait une carrière. Je pensais que c’était un monde trop difficile. Mais peut-être que le fait d’avoir vécu au jour le jour m’a permis de durer aussi longtemps.
Votre discographie est immense. Comment fait-on pour se réinventer après autant d’années sans perdre son identité ?
C’est à la fois facile et difficile. Aujourd’hui, beaucoup d’artistes travaillent avec des délais très précis dès qu’ils connaissent le succès : il faut sortir un single, puis un autre, sinon l’algorithme vous oublie. À mon âge, on écrit simplement parce qu’on en a envie. On écrit parce qu’on ressent le plaisir du processus. Écrire une chanson doit être comme écrire un article ou un livre : aimer s’asseoir devant le clavier et commencer à écrire, même si on ne sait pas encore ce qui va sortir. Si on aime ce processus, même après trente ou quarante ans, on ressent encore le frisson de créer.
Vos chansons comme « Come mai », « Gli anni » ou « Eccoti » sont devenues de véritables hymnes. Que ressentez-vous lorsque vous les chantez aujourd’hui ?
Chaque fois que je chante une chanson, je me rappelle exactement le moment où je l’ai écrite et les émotions que je ressentais. Chaque concert est donc un voyage dans le temps. Il y a un peu de nostalgie pour les années qui passent, mais en même temps on revit les émotions de la jeunesse. C’est comme regarder un vieil album de photos ou de vieilles cassettes VHS. C’est un voyage dans les souvenirs.
Quelle chanson représente le mieux Max Pezzali ?
Peut-être « Gli anni ». Même si elle date de 1994, mais qu’elle est sortie en 1995, elle représente toujours ce que je ressens aujourd’hui. La nostalgie du temps qui passe m’accompagne depuis toujours. Quand j’avais 25 ans, j’étais déjà nostalgique de mes 15 ans. Et aujourd’hui je ressens la même chose en regardant les années passées.