Jürgen Habermas, l’un des philosophes les plus influents au monde, est décédé à l’âge de 96 ans
Le mal n’est pas l’exclusivité de l’Europe. Le monde succombe aux leaders populistes. Les Nations unies, autre héritage de la Seconde Guerre mondiale, sont impuissantes face au retour des impérialismes. Le président de ce qui était naguère perçu comme un modèle de démocratie s’échine à saper le droit international pour lui substituer la loi du plus fort et monétiser les rapports entre États.
La pensée philosophique comme l’action politique de Jürgen Habermas découlaient tout entières de la rupture de civilisation que furent la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, en particulier.
Vigilant et sans concession, Jürgen Habermas n’a eu aucune complaisance à l’égard du passé nazi de son pays. Cela ne l’a pas empêché de dénoncer, aussi, les risques d’un « fascisme de gauche » pour l’État de droit.
Le philosophe s’inquiétait de la disparition de la « sphère publique », l’Öffentlichkeit, dans laquelle les citoyens débattent sur la base d’une critique rationnelle. Il a constaté que les nouvelles technologies, loin de favoriser la « force du meilleur argument », n’échappent ni aux contrôles, ni aux manipulations, qui anesthésient l’opinion, la rendent passive et la soumettent à des besoins artificiels.
À l’heure des monopoles médiatiques et technologiques, des fake news, d’une guerre vendue aux Américains par des vidéos TikTok conçues avec des intelligences artificielles, la mort de Jürgen Habermas, qu’on a pu qualifier de « philosophe-siècle », ferme définitivement une page de la pensée du XXe siècle.
On peut craindre que les valeurs qu’il défendait – la démocratie délibérative, l’État de droit, le droit international – soient révolues. Ou, au contraire, choisir comme lui de continuer à les défendre, boussoles au milieu de la tourmente.
Habermas, porte-parole de l’après-guerre