Que faisaient-ils dans ce village bombardé de la banlieue de Kiev ? Reuters explique qu’ils se déplaçaient en ambulance mais surtout, qu’ils étaient munis de pochoirs en carton qu’ils ont ensuite collés sur le mur intérieur d’un appartement qui sera plus tard rasé par les Russes. Ensemble, ils ont ensuite pris leurs bombes de peintures et ont commencé leur œuvre. L’une des nombreuses attribuées à Banksy en Ukraine après l’invasion russe.

Intrigué par l’apparition de ces morceaux de street-art, Reuters s’est rendu sur place. En interrogeant des habitants, les journalistes découvrent qu’un célèbre musicien britannique aurait été vu à Kiev à cette époque. Un musicien dont le nom revient souvent dans les enquêtes sur l’identité de Banksy, Robert Del Naja, membre fondateur du groupe Massive Attack, qui comme le mystérieux graffeur est originaire de Bristol. Au fil des ans, les fans et observateurs ont constaté que les œuvres de Banksy apparaissaient souvent à l’endroit où le groupe de musique donnait des concerts…

Mais Robert Del Naja, qui n’a jamais caché son amitié avec l’artiste, est-il le véritable Banksy ? Selon Reuters, il s’agirait en fait plutôt d’un collectif, un autre homme encore plus mystérieux se cachant de tout le monde.

Un deuxième homme mystérieux

En 2000, selon les archives policières de New York, un homme aurait été arrêté suite à un acte de vandalisme sur un panneau publicitaire. Il signe des aveux de son nom : Robin Gunningham. « Lors de son arrestation en 2000, Banksy n’était pas dans le collimateur de la police de New York, explique Steve Mona, lieutenant aujourd’hui à la retraite, qui dirigeait alors la brigade anti-vandales de 75 membres. La police ignorait totalement avoir appréhendé Banksy, car l’artiste avait commencé à utiliser très récemment le style et le pseudonyme qui allaient le rendre célèbre », écrit Reuters.

Dès 2008, le Mail on Sunday avait affirmé que Bansky était Robin Gunningham. Suite à ces révélations, un fait étrange se serait alors produit : Robin Gunningham a disparu des registres publics britanniques. Il ne se déplace plus sous ce nom, n’a plus aucune activité connue ni ne montre de traces auprès de l’administration.

En réalité, il aurait changé de nom et se ferait désormais appeler David Jones, un nom extrêmement commun en Angleterre. Steve Lazarides, ancien manager et galeriste de Banksy, a accepté de parler à Reuters. L’homme qui a publié un livre sur Banksy en 2019, affirme : « Robin Gunningham n’existe plus. Le nom que vous mentionnez, je l’ai tué il y a des années. Vous ne le retrouverez jamais. » Mais l’enquête de Reuters suggère qu’un David Jones aurait bel et bien voyagé avec Robert Del Naja en Ukraine au moment où les fresques sont apparues alors que l’homme a par ailleurs la même date de naissance que Robin Gunningham.

L’avocat de Banksy contre la publication de l’article

Interrogé, l’avocat de l’artiste, Mark Stephens, a répondu à Reuters, affirmant que « que Banksy conteste l’exactitude de nombreux détails contenus dans votre enquête ». Sans confirmer ni infirmer l’identité de Banksy, Stephens a exhorté Reuters à ne pas publier cet article, affirmant que cela violerait la vie privée de l’artiste, nuirait à son travail artistique et le mettrait en danger. « Travailler anonymement ou sous pseudonyme sert des intérêts sociétaux essentiels », a-t-il écrit. « Cela protège la liberté d’expression en permettant aux créateurs de dénoncer les abus de pouvoir sans crainte de représailles, de censure ou de persécution – notamment lorsqu’ils abordent des sujets sensibles comme la politique, la religion ou la justice sociale. »

Banksy dévoile une nouvelle œuvre choc à Londres

Reuters, de son côté, assure avoir « pris en compte les revendications de Banksy concernant le respect de sa vie privée, ainsi que le souhait de nombre de ses fans de le voir rester anonyme. » « Nous avons néanmoins conclu que le public a un intérêt profond à comprendre l’identité et le parcours d’une figure dont l’influence sur la culture, le marché de l’art et le discours politique international est profonde et durable », peut-on lire.