DISPARITION – Nez rouge et caractère bien trempé, ce professeur d’art dramatique réputé pour son flair a formé des grands noms de la comédie au Royaume-Uni et en France.

Un clown est mort. L’école française qu’il a fondée à Étampes a annoncé la disparition, le 9 février, de Philippe Gaulier. Un influent pédagogue et professeur de jeu dont la notoriété se révélait plus grande au Royaume-Uni qu’en France. Un vilain mot, sans doute, pour celui qui résumait en une formule lapidaire son rapport à la postérité : « Ma mère serait heureuse, mais elle est morte. Alors, je m’en fiche. »

Passé par le Théâtre national populaire de Gérard Philipe et Alain Cuny, Philippe Gaulier a étudié puis enseigné aux côtés de Jacques Lecoq (1921 – 1999). Le maître de l’art du mouvement, qui a fait école à partir de 1956. Son cadet fourbit ses convictions pendant une décennie. L’acteur doit retrouver son âme d’enfant, habiter l’instant présent et ne pas oublier le public. Le ridicule ne tue pas, estime-t-il encore, il est même l’allié des comiques. Gaulier avait tenté dans sa jeunesse de jouer la tragédie mais, racontait-il, le public se mettait à rire.

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Le clown fonde sa propre école en 1980. Invité ensuite par l’Arts Council England pour un séjour d’un an, le metteur en scène reste une décennie de l’autre côté de la Manche. À Cricklewood, grise banlieue près de Londres, il reçoit la comédienne Helena Bonham Carter, à la carrière déjà lancée. Chaque année, environ deux cents candidats défilent. Une longue liste d’élèves qui compteraient Roberto Benigni, Emma Thomson ou Rachel Weisz, selon The Guardian .

Gaulier enseignait que le comique doit être en phase avec sa propre absurdité, rapporte le quotidien anglais. Sacha Baron Cohen ne l’a pas oublié. Le futur interprète de Borat a reçu les leçons du professeur d’art dramatique pendant un an environ. « Si je ne l’avais pas rencontré, je ferais probablement quelque chose de très raisonnable. Au lieu de cela, j’ai choisi la comédie. Uniquement parce qu’il croyait en moi, m’a poussé à me dépasser et m’a transmis des techniques qui me mettent encore dans le pétrin aujourd’hui », déclare-t-il au Guardian.

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Des techniques et des volées de bois vert. L’enseignement de Gaulier doit une part de sa notoriété à ses commentaires sévères mais non dénués d’imagination. « Une fois qu’on a surmonté les invectives, quelque chose en soi se fissure et on peut enfin commencer », assure l’humoriste américain Phil Burgers. « Je dis aux étudiants qu’ils ont le droit d’être mauvais. C’est bon d’être mauvais. Dans cette école, vous avez le droit d’être mauvais », se justifiait l’intéressé dans l’hebdomadaire britannique The Stage.

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« Si vous voulez être à l’aise, vous devriez être pharmacien », répétait aussi ce personnage à la barbe hirsute, dont la mauvaise humeur se révélait peut-être être une forme extrême de coquetterie. De retour en France, il a installé durablement son école à Étampes (91), en 2012. Pas d’audition à l’entrée et des profils artistiques très divers parmi les élèves, pour beaucoup étrangers. Aux impétrants, Gaulier imposait le port du nez rouge. Pour voir « qui ils étaient enfants ».