Pour obtenir la nationalité belge, il va bientôt falloir payer beaucoup plus cher qu’avant

Après le lycée, le jeune Pierre, à qui l’on a vanté la qualité des études en Belgique, s’inscrit en dentisterie à l’Université de Liège. S’il n’a jamais mis les pieds chez nous, il a vu « Bienvenue chez les Ch’tis ». De sorte que le plat pays, pour lui, c’est le « Nooooooord » cher à Galabru. Là où « il fait un froid polaire, les températures descendent en hiver à – 10, – 20 voire – 40, et plafonnent, en été, à 0 voire 0,1 degré ».

D’emblée, Liège lui plaît. Il y retrouve un bon copain, aujourd’hui kiné à Bordeaux. Quand il termine son master en sciences dentaires, en 2018, un événement a bouleversé sa vie. Il a rencontré Catherine, une Liégeoise lancée, elle, dans des études de droit. Le coup de foudre !

Le Français vit une situation digne de Kafka !Le Français vit une situation digne de Kafka !Le Français vit une situation digne de Kafka ! ©DRComment garder un beau sourire? Les conseils des dentistes« Parler français »

C’est décidé, le couple choisit de s’installer dans la cité Ardente. Ils ont aujourd’hui 32 et 34 ans et sont les parents d’une ravissante petite Zoé de 4 ans, et bientôt d’un petit garçon. En septembre 2023, le projet d’acquérir la nationalité belge s’imposait à Pierre comme une évidence. « C’est l’année où nous nous marions. Catherine est belge comme d’ailleurs aussi Zoé qui vient de naître. Il était naturel que je demande à obtenir la nationalité ». Simple formalité, pensait-il. Lourde erreur !

En réalité, il aurait pu choisir la facilité et demander la naturalisation parce que son épouse et leur fille sont belges. Mais à Liège, l’officier de l’état civil conseillait de passer par la voie de l’intégration sociale et économique. L’idée plaisait. Pour Pierre, c’était une manière élégante de montrer sa contribution à la société et d’éviter qu’on pense qu’il aurait épousé une Belge « pour les papiers. « Il s’engageait dans la procédure du chemin d’intégration qui requiert de connaître la langue française à un niveau suffisant.

Faire sa photo d’identité à la commune, une concurrence aux photographes ? « Ces photos représentent 80 % de mon chiffre d’affaires »

A priori, pas de problème pour qui, comme lui, pratique depuis tout le temps la langue de Molière. C’est là qu’il se trompait.

« Car le système belge, explique-t-il, ne permet pas de cumuler les critères. Une fois engagé dans la procédure, il n’était plus question de faire machine arrière. C’est une porte à la fois. Et si vous poussez la mauvaise, même avec un dossier solide, on vous claque au nez, sans dialogue, sans demande de compléments ni appel possible. C’est oui ou non. »

Et ce fut non ! D’abord, la procédure n’a pas été rapide. Le 6 juin 2025 enfin, un mail du service nationalités de la ville de Liège lui apprenait que sa demande d’acquisition de la nationalité belge était déclarée irrecevable et par voie de conséquence, rejetée.

348 millions

Ici, c’est subtil. Le refus n’est pas motivé par le fait qu’il ne parlerait pas le français à un degré suffisant. Non : la demande de naturalisation est rejetée parce que Pierre n’a pas apporté la preuve formelle, par des documents acceptables, qu’il parle la langue. Il manquait un papier.

Pierre Le Barrillec leur a rappelé qu’il a suivi six années d’études dans une université, l’ULg, qui exige, pour s’y inscrire, de pratiquer couramment le français. Pour convaincre, il expliquait qu’avec des parents provenant de Quimper et d’Avignon, il a baigné dans la culture française, et parle tout simplement la langue comme 348 millions de francophones.

Ce qu’ils pouvaient d’ailleurs bien constater, n’est-ce pas, aux guichets. Rien à faire dans cette procédure jalonnée d’obstacles comme seules les institutions de l’État savent en dresser : il fallait un document.

À cet effet, Pierre avait joint une copie de son diplôme de dentiste généraliste délivré par l’université liégeoise. Là-dessus, ils ont estimé que la copie ne suffit pas. Il fallait l’original. Or lors d’une autre procédure pour laquelle Pierre avait dû fournir trois extraits d’acte de naissance, il s’est passé qu’un employé les égare.

Après la mésaventure, il n’allait pas risquer de perdre l’original d’un diplôme indispensable pour exercer. Il avait donc fourni une copie. La copie n’a pas suffi. Et sa demande de naturalisation était refusée.

Le Français a ouvert son cabinet à Crisnée qui se trouve à 2 km de la région flamande, ce qui l’amène à recevoir indifféremment des patients francophones et néerlandophones. Il paie ses impôts en Belgique, est marié à une Belge, père d’une petite fille belge et bientôt d’un petit garçon qui sera belge.

« J’ai tout ce qu’on peut raisonnablement attendre d’un citoyen engagé, intégré, contributeur. J’ai toute la légitimité pour être naturalisé. Mais non : il a manqué, dans le dossier, l’original d’un diplôme que j’ai préféré ne pas confier à l’administration par crainte de ne plus jamais le revoir. »

Et comment douter qu’il parle français quand c’est évident comme la terre est ronde ? À l’écouter, son accent a même déjà pris les belles intonations chantantes de la Cité Ardente.