À Marseille, le maire sortant, le socialiste Benoît Payan, arrivé en tête avec 36,7 % des voix, a rejeté, comme promis, la fusion – même « technique » – proposée par l’insoumis Sébastien Delogu. Ce dernier a finalement choisi de se désister, dans l’espoir déclaré de faire barrage au RN. Franck Allisio, candidat du Rassemblement national, au coude-à-coude avec Benoît Payan, rêvait de voir sa rivale du centre et de la droite, Martine Vassal (12,4 %), se retirer à son profit pour battre la gauche. En vain : elle lui a opposé une fin de non-recevoir.
« Accords de la honte »
Le tableau national est tout aussi contrasté. La gauche tentera de gagner sans LFI à Paris, Marseille, Bordeaux et Lille. Mais elle a décidé de conclure des pactes avec La France insoumise à Nantes, Toulouse, Brest, Limoges ou encore Avignon, dans l’espoir de conserver ces mairies. Et ce, malgré les dérapages complotistes voire antisémites de Jean-Luc Mélenchon et sa proximité revendiquée avec le groupuscule ultraviolent responsable de la mort du jeune Quentin Deranque. Malgré, aussi, les déclarations passées des mêmes élus.
À Nantes, la maire PS, Johanna Rolland, illustre cette gymnastique politique. Elle a opté pour une « fusion démocratique » avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, talonnée qu’elle est par la droite, après avoir juré de ne pas le faire. Furieux, le Parti radical de gauche (PRG) a annoncé se retirer de sa liste. Mêmes contorsions à Brest : le socialiste sortant, en difficulté dans sa quête d’un cinquième mandat, a finalement acté une improbable fusion avec La France insoumise, alliance qu’il rejetait encore hier. À Toulouse enfin, le candidat PS a été l’un des premiers à se ranger derrière le député LFI, dans l’espoir de faire tomber le maire sortant divers droite Jean-Luc Moudenc. Ensemble, les deux François – Piquelmal (LFI) et Briançon (PS) – totalisent plus de 52 % des suffrages : de quoi rendre le second tour incertain, au prix d’une nouvelle illustration de la dépendance socialiste envers les Insoumis.
Les Républicains, eux, ont immédiatement dénoncé ces « accords de la honte » passés entre le Parti socialiste et La France insoumise, trop contents de renverser sur l’extrême gauche un stigmate longtemps réservé à l’extrême droite.
Pas (encore ?) d’union des droites
À droite, en revanche, les drôles d’alliances restent finalement rares. Certes à Reims, la candidate du RN et un ancien membre de la majorité municipale LR font désormais cause commune ; et à Draguignan, le candidat divers droite s’est rallié au député RN arrivé en tête. Mais ces rapprochements demeurent l’exception. Et ce, malgré la main tendue dès dimanche soir par le président du RN, Jordan Bardella, « aux listes de droite sincères », lui qui se disait jusque-là officiellement opposé à des alliances avec la droite.
Reste une question, la seule qui compte vraiment à la fin : que pensent les électeurs de ce grand marchandage ? Selon un sondage Ipsos pour France Télévisions, Radio France et Public Sénat/LCP AN, 89 % des personnes proches de LFI se disent favorables à des fusions entre listes Insoumises et de gauche. Mais l’enthousiasme se dégonfle chez les proches des écologistes (51 %) et s’effondre chez les électeurs du PS : 64 % d’entre eux rejettent l’idée de telles fusions. Chacun pourra s’exprimer dans les urnes ce dimanche 22 mars. À moins que le spectacle actuel ne donne à certains l’envie d’aller se promener, plutôt que voter.
Les manœuvres en coulisses pour les municipales agacent: « C’est dégueulasse ce qu’il se passe »