Le spectacle-dialogue a commencé par une plongée dans les images d’enfant de Gérard Jugnot, avec notamment une photo noir et blanc de lui, gamin, dans son aube de communion, les mains jointes. « Est-ce que tu as connu l’abbé Pierre ? », lui a demandé son comparse Thierry Lhermitte avec ironie. Pour ce dernier, aucune photo d’enfant n’a été retrouvée, mais bien celles d’un jeune homme pas très épais, avec les cheveux mi-longs et l’air ravi, qui ont aussi bien fait rire la salle, qui n’attendait que cela : « tu prenais beaucoup de drogue, à cette époque », a commenté Gérard Jugnot.
Ce dernier était, enfant, captivé par les farces et attrapes. Mais lorsque la bande du Splendid s’est composée à partir de quelques bons copains de lycée, avec aussi Michel Blanc et Christian Clavier, vite rejoints par Josiane Balasko, Marie-Anne Chazel et Bruno Moynot, c’est Gérard Jugnot qui a notamment été piégé. « À l’époque, on jouait devant une centaine de personnes », s’est souvenu Thierry Lhermitte. « Gérard devait entrer et s’asseoir sur une chaise surmontée d’un bottin téléphonique… Avec Michel Blanc, on avait soigneusement creusé dans le coussin de la chaise pour y mettre un coussin péteur, puis on avait remis le bottin. Gérard est arrivé, il s’est assis, et toute la salle a cru qu’il s’était vraiment lâché… ». Les deux amis se regardent, ils ont les yeux qui pétillent, ils rient encore des gros malaises qu’ils adoraient s’infliger entre eux, faisant de leurs 50 ans d’amitié une succession de blagues, de vannes, mais aussi d’investissement dans leur travail. Car après ces prémisses, on a vu les photos de la minuscule salle parisienne qu’ils avaient retapée pour proposer leurs premiers spectacles de théâtre, avec beaucoup de motivation mais pas vraiment de talent pour les travaux manuels… Une très belle critique plus tard, suivie d’un dessin de Jean-Marc Reiser publié dans Charlie Hebdo, les lançait vers la voie du succès.




Enfoncés dans leur fauteuil, au Forum de Liège, les deux acteurs ont évoqué leurs plus grands films, dont des extraits ont été diffusés, provoquant chaque fois l’hilarité dans la salle. D’abord, évidemment, « Les bronzés ». Leur pièce qui a inspiré le film s’appelait « Amour, coquillages et crustacés », ils jouaient en maillot de bain été comme hiver, et pour les effets spéciaux, les moyens étaient rudimentaires : par exemple, ils avaient fabriqué un ski nautique sur roulette, avec une corde tirée depuis la cave… Puis il y a eu « Les bronzés font du ski », dont certaines scènes incontournables ont été projetées sur grand écran ce mardi, ou encore « Le dîner de cons » : la scène de slow sur la chanson « Destinée » a été très difficile à tourner, a confié Thierry Lhermitte, tant il riait… « Mais même s’il y avait parfois des fous rires, même si on jouait des clowneries, on le faisait très sérieusement, on s’appliquait », a-t-il ajouté. Et la sauce a pris : « on n’avait pas l’âge des rôles, et ça apportait une certaine fraîcheur », a-t-il ajouté. « Si dans « Le père Noël est une ordure », les acteurs avaient l’âge de ceux qu’ils interprétaient, ça aurait donné tout autre chose ».
Chaque film, chaque scène-culte, a donné lieu pour cette soirée unique à des échanges de souvenirs entre les deux septuagénaires, qui n’ont rien perdu de leur très grande complicité. Et quand est venu le moment d’aborder leur ami Michel Blanc, décédé il y a un an et demi, Gérard Jugnot a parlé la gorge serrée. « C’est le compagnon de toute une vie ! », a-t-il glissé. C’est Michel Blanc, ont confié les deux acteurs, qui avait le mieux résumé ce qu’était la troupe du Splendid : « ce sont les pièces d’un puzzle : aucune pièce ne ressemble à une autre, mais elles s’emboîtent parfaitement », avait-il déclaré. Et ses deux amis d’ajouter : « c’est ça, la définition de l’amitié ».
Drôles, touchants, complices, les deux comparses ont offert à Liège une magnifique leçon d’amitié. Et s’ils devaient donner un conseil à un jeune qui veut se lancer dans une carrière comme la leur ? « Fais au mieux ! », a lancé Thierry Lhermitte. Et Gérard Jugnot d’ajouter : « sur un malentendu, ça peut marcher ».