Si les maisons belges des années 1960 connaissent un regain d’intérêt depuis quelques années, rares sont les bâtisses à ne pas avoir été démolies ou transformées de manière irréversible. Lorsque le studio Decancq Vercruysse Architects est approché pour rénover un bungalow situé près de Gand, dans les bois, ses fondateurs Emiel Vercruysse et Hannes Decancq savent immédiatement qu’ils souhaitent l’ancrer dans son époque tout en sublimant son caractère moderniste.

« Lorsqu’on entame une rénovation, il est essentiel de se demander quels éléments conserver ou laisser de côté, explique Emiel Vercruysse. Nous abordons une maison existante comme un support à questionner et à retravailler, où les éléments anciens et nouveaux peuvent coexister. » Le véritable défi consistait à comprendre quelles interventions pourraient en révéler tout le potentiel. Le plan a ainsi été repensé pour s’adapter aux usages contemporains. La maison accueille désormais trois chambres ainsi qu’une suite parentale indépendante. Autre transformation majeure : la cuisine, autrefois séparée, s’ouvre désormais largement sur les espaces de vie afin de former une continuité avec la salle à manger et le salon. Une nouvelle fenêtre a également été percée afin de capter davantage de lumière naturelle et d’ouvrir les vues sur la forêt environnante. Pour Emiel Vercruysse, la rénovation est aussi l’occasion de questionner les valeurs portées par l’architecture d’origine. « Nous réfléchissons souvent à réfléchir à la manière dont les maisons ont été conçues dans le passé, et pour quelles raisons. En parallèle, elle nous oblige aussi à nous demander pourquoi nos modes de vie ont évolué — et si ces changements sont nécessairement pour le mieux. »

Si la cuisine, la salle à manger et le salon forment désormais un espace ouvert, différents dispositifs viennent subtilement structurer les volumes. Une nouvelle cheminée, associée à un sol alternant carreaux de pierre carrés et tapis encastrés, crée des transitions subtiles entre les zones. Les murs de briques blanchies dialoguent avec de longs panneaux et rangements intégrés en placage d’afromosia, qui réchauffent l’ensemble par leur tonalité boisée. Le mobilier prolonge cet équilibre entre héritage et esprit contemporain, avec des pièces de Charles et Ray Eames, un fauteuil Togo de Ligne Roset ou une lampe signée Charlotte Perriand. Dans les salles de bains, des vasques en acier inoxydable et en bois dessinées sur mesure dialoguent avec de petits carreaux rappelant les formats des sixties.

À l’extérieur, quelques ajustements ont été pensés pour affiner la géométrie du bungalow dans le paysage. L’entrée est déplacée de l’autre côté de la maison, créant un jardin plus intime et une arrivée sous un grand arbre centenaire. La cheminée est désormais coiffée d’un chapeau horizontal et les fenêtres recomposées selon une trame typique des années 1960 — de quoi révéler toute la pertinence de cette architecture moderniste.