À Paris, suite au retrait de Sarah Knafo et le maintien de Sophia Chikirou, qui voyez-vous émerger entre Rachida Dati et Emmanuel Grégoire ?

Les cartes sont rebattues. c’est un peu serré quand même. Lors du premier tour, il y a eu une dynamique pour Grégoire, même si ça peut s’inverser quand même. Ce n’est pas établi, mais on peut avoir une surprise à Paris, c’est assez clair.

Comment explique-t-on que dans une ville comme Marseille, le RN fasse des scores aussi importants ?

Les extrêmes se servent les uns les autres. L’extrémisation de la vie politique favorise le RN, c’est évident. On ne peut pas dire que LFI ait un programme rassurant pour une partie de la population. Les gens sont très inquiets.

Qui est ce maire qui vient de réaliser un score stalinien et que Bouchez rêverait de voir comme « Président de la République »?

Le retrait de LFI à Marseille peut-il permettre au maire sortant, Benoît Payan (Union gauche) de l’emporter face à Franck Allisio (RN) ?

De toute façon, même sans LFI, il allait l’emporter. Je pense qu’Allisio va beaucoup capitaliser là-dessus pendant cinq ans et il sera un adversaire absolument redoutable lors de la prochaine élection.

A Nice, on assiste à la percée de l’Union des Droites d’Eric Ciotti. L’extrême droite devient-elle une vrai force dans les grandes villes de France ?

Oui, clairement, même s’il subsiste une sorte de blocage. Je pensais que sur Toulon, ce serait plus facile pour le RN… La violence de LFI a contribué à normaliser encore le RN. C’est la violence, les excès, les diatribes antisémites, l’espèce d’appel au soulèvement permanent, le discours révolutionnaire… Tout ça, vraiment, jette beaucoup d’électeurs vers le RN. Peut-être presque intentionnellement, puisque cela devient beaucoup plus facile, par après, pour LFI, d’expliquer qu’ils sont antifascistes.

Certaines listes du PS se sont alliées à LFI. Est-ce une stratégie risquée pour le PS, qui pourrait se retourner contre lui ?

Ce n’est pas sûr parce que c’est une stratégie depuis le début. La nature de LFI était perceptible dès 2024, ça ne les a pas empêchés de faire des alliances. C’est un parti qui va être divisé sur cette question, on le voit bien, parce qu’il y a beaucoup de voix qui s’élèvent en opposition. Je pense notamment à Delafosse, maire de Montpellier, qui a été élu très facilement contre LFI. Mais aussi Stéphane Le Fol, au Mans, qui a fait un très beau score au premier tour. Au PS, beaucoup de gens n’ont pas forcément des valeurs, ils s’en fichent.

Tout savoir sur les élections municipales

Vous pourriez comprendre que des listes se regroupent pour faire barrage à l’extrême-droite ?

C’est très étrange, quand on voit les propos des uns et des autres, de faire des alliances contre l’extrême-droite et pas contre l’extrême-gauche. Du point de vue du Parti socialiste, je ne comprends pas la logique. Le Parti socialiste est aujourd’hui sous influence de LFI.

Olivier Faure a mis de côté une candidate qui s’est alliée à une des listes d’Horizons, sans faire de même pour les listes qui se sont alliées à LFI. Comment expliquer cela ?

C’est exactement la preuve qu’il est prêt à tout pour avoir un morceau de la galette. On est vraiment dans l’électoralisme pur et simple. C’est très difficile, je trouve, pour ce parti, aujourd’hui, de faire la morale sur l’extrême-droite quand lui-même piétine ses principes en s’alliant avec l’extrême-gauche. Il y a quelque chose qui cloche. Ça, beaucoup de jeunes Français de gauche le pensent.

On voit qu’il y a une gêne. C’est une politique à courte vue. Le PS a jeté ses valeurs par-dessus bord. Il est en train de devenir un peu ce qu’est le Parti socialiste en Belgique : une sorte de zombie de la gauche. Avec, en fait, une extrême-gauche qui, elle, a la stratégie, a les hommes qu’il faut. C’est un parti soumis, quoi. Vous avez la France Insoumise et la France soumise à gauche. LFI est un parti qui invente, qui crée des trucs, qui crée des polémiques. C’est un parti qui fait de la politique. Le Parti socialiste est en train de devenir une sorte de parasite de LFI.

Municipales en France: un maire dérape verbalement face à son rival devant un bureau de vote, la séquence a été filmée

La droite républicaine peut-elle s’estimer heureuse de ses résultats ?

Vu de loin, non. Pas du tout. Vu de près, pas mal, parce qu’en fait, elle tient bien dans les villes moyennes et petites. Elle a réussi à garder ses places fortes. Je pense simplement qu’elle souffre beaucoup de la confusion qui s’est faite depuis 2024 avec ce qu’on appelle « les macronistes », en participant au « bloc central ». Elle le paye au niveau national. Elle le paye dans les grandes villes. Mais si on regarde les chiffres de près, à ce moment-là, on peut ergoter et dire que ce n’est pas très bon pour LFI globalement… Mais LFI va bien se servir au deuxième tour. Et je ne pense pas que LR fera de même. Jusqu’à nouvel ordre, c’est encore le premier parti en nombre d’adhérents. Et je pense qu’en nombre d’élus, ça sera pareil aussi. Simplement, ce qui va lui manquer, ce sont des grandes victoires.

Paris pourrait-il changer la donne ?

Oui, c’est vrai qu’il peut y avoir une surprise à Paris aujourd’hui. Je ne suis pas sûr… J’ai trop l’habitude des retournements, notamment dans les municipales, entre les deux tours. Restons prudents. Avec toutes les configurations, il peut se passer quelque chose.