Au fil des ans, toutes sortes de théories ont circulé sur son identité. L’une des plus connues suggérait qu’il pourrait s’agir de Robert Del Naja, le leader du groupe musical Massive Attack. Après un an d’enquête, des journalistes de Reuters affirment dans un dossier publié vendredi, In Search of Banksy, avoir percé l’identité du célèbre graffeur : il s’agirait de Robin Gunningham, un Britannique âgé de 52 ans.

L’anonymat de Banksy au cœur du travail artistique

Reste une question centrale : fallait-il lever le voile sur son identité ? L’anonymat de Banksy n’est pas qu’un simple secret, il fait partie intégrante de son processus artistique. « C’est dommage de passer autant de temps à chercher l’identité d’un artiste qui, depuis le début, se veut anonyme », regrette Denis Meyers. Pour ce street artiste belge, cette démarche journalistique va à l’encontre même du projet artistique de Banksy, et pourrait avoir des conséquences bien réelles. « On le met face à des responsabilités, notamment juridiques, légales et financières. » Sa discrétion est dictée par des raisons de sécurité, rappelle Denis Meyers. « Le risque, c’est qu’il soit désormais plus facilement identifié et interpellé. Ce qu’il fait reste du vandalisme, puisqu’aucune de ses œuvres n’est réalisée avec autorisation. »

Un point de vue que nuance toutefois Eric Van Essche. Pour ce professeur d’histoire de l’art à l’ULB, l’anonymat de Banksy ne relève pas uniquement d’une question de sécurité, mais aussi d’une stratégie de visibilité. « Dans un espace public saturé d’images et de messages, se singulariser est essentiel. Banksy a, d’une certaine manière, instrumentalisé ce mystère pour attirer l’attention sur son travail », analyse-t-il. Une stratégie assumée par l’artiste, qui affirmait : « L’invisibilité est un super pouvoir. »

Son anonymat est devenu une marque de fabrique, mais aussi de valeur. Selon Reuters, le marché secondaire de ses œuvres aurait généré près de 250 millions d’euros depuis 2015. Un succès qui ne retombe pas directement dans les poches de l’artiste. Comme le souligne MyArtbroker, les œuvres détournées au profit de causes caritatives ne manquent pas.

Banksy lui-même reconnaît l’ambiguïté de sa démarche artistique dans une interview accordée au Time Magazine : « Je m’autopersuade que mon art sert à promouvoir une contestation. Mais peut-être que je me sers de la contestation pour promouvoir mon art. » Avant d’ajouter : « Je ne plaide pas coupable d’avoir vendu mon âme. Mais je fais cela depuis une maison bien plus grande qu’auparavant. »

Banksy, la fin d’un mythe ?

Dès lors, que change réellement la révélation de l’identité de Banksy ? Sur le plan artistique, Denis Meyers espère que l’impact restera limité. « Cela ne changera rien, parce que les artistes valorisent avant tout leur travail et leurs messages, pas qui ils sont ou à quoi ils ressemblent. » Mais le mystère maintenant brisé pourrait néanmoins altérer une part de l’intérêt qui entoure l’artiste. « Cela va sans doute retirer une couche d’attention liée à la question : ‘qui est Banksy’ ? », observe Eric Van Essche. Un paradoxe, selon-lui : « On parle beaucoup de la personne, moins de l’œuvre. Peut-être que cette révélation permettra de recentrer l’attention sur son travail. »

Cependant, Mark Stephens, l’avocat de Banksy, n’a pas confirmé les informations publiées par Reuters. Il aurait même demandé aux journalistes de ne pas publier l’enquête, affirmant que l’artiste est déjà « la cible de comportements obsessionnels, menaçants et extrémistes ». Dévoiler son identité pourrait, selon lui, le mettre en danger et nuire à la liberté d’expression de l’artiste.

Banksy, quant à lui n’a à ce stade rien confirmé non plus et s’abstient de tout commentaire depuis la publication de l’enquête. Un silence qui lui permet peut-être de poursuivre son travail en toute tranquillité.