« Nous pourrions tout à fait soutenir ces États frugaux. […] On préférerait que le budget de l’Union européenne n’augmente pas, ou, en tout cas, le moins possible, résume une source nationaliste flamande. Les nouvelles priorités européennes – sécurité, compétitivité, industrie – seraient mieux financées par un rééquilibrage budgétaire, et non par une augmentation du budget. »
Dans sa proposition de Cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034, la Commission européenne plaide pour porter ce budget septennal à 2 000 milliards d’euros. Il passerait ainsi de 1,13 % du revenu national brut (RNB) de l’Union à 1,26 %.
Une part de 0,11 % du RNB serait toutefois consacrée au remboursement du plan de relance post-Covid NextGenerationEU, dont les États membres ont bénéficié. En isolant ce poste, le nouveau CFP représenterait 1,15 % du RNB européen.
Les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-sept devraient discuter une première fois de ce sujet, ce jeudi soir, au sommet européen.
La Commission propose un budget de rupture pour la période 2028-2034Plus de 50 % d’augmentation
La contribution (dite RNB) de la Belgique au CFP est d’environ 5 milliards d’euros en 2026 (+ 30 % par rapport à 2025), selon la Cour des comptes. Le nouveau CFP augmenterait cette contribution de plus de 50 %, selon des projections circulant dans le giron fédéral.
Le problème, c’est que les temps budgétaires sont durs. « Cela pose la question de la hauteur de la contribution belge au budget européen – sans toutefois aller jusqu’à baisser notre contribution », glisse un ministre wallon. « Les trajectoires budgétaires en Belgique nécessitent des efforts de redressement. En parallèle, des besoins européens nouveaux se font jour : défense, intelligence artificielle, innovation… », reconnaît-il. Mais « les discussions au niveau belge ne vont pas vers une augmentation de la contribution belge ».
Autant la N-VA défend la frugalité par conviction, autant les autres partis au pouvoir – MR, Engagés, CD&V et Vooruit dans une moindre mesure – se rallient à une forme de frugalité par nécessité budgétaire.
Le fédéral a décidé de réclamer aux Régions et Communautés une participation de 500 millions d’euros par an pour la contribution de la Belgique au budget européen.
« La situation budgétaire belge n’est pas rose, a déclaré Bart De Wever, mardi matin, à la Chambre des représentants. C’est pourquoi nous ne souhaitons pas une augmentation importante de notre contribution et je pense que c’est le cas de nombreux États membres. »
Ce message a été relayé mardi par Maxime Prévot (Engagés) à la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union, où, nous revient-il, il a affirmé que la Belgique n’accepterait jamais une augmentation de sa contribution de l’ordre de 50 à 60 %. « Est-ce que cela nous classe parmi les frugaux ? », s’interroge une source belge.
Les oreilles d’Ursula von der Leyen sifflent au Parlement européen, après ses propos controversés sur le droit internationalPas d’unité dans la maison Belgique
Derrière cet apparent consensus belge, de nombreuses divergences apparaissent au sein de la maison Belgique – réunissant le Fédéral, les Régions et Communautés. Si l’enveloppe européenne ne bouge pas (ou à peine) et que l’on augmente les budgets dédiés à certaines politiques, cela se fera nécessairement aux dépens d’autres.
Aussi, le MR, le CD&V et Les Engagés veulent-ils maintenir les moyens de la Politique agricole commune (PAC). Vooruit, ceux de la santé. La N-VA entend renforcer les politiques migratoires. Tandis que la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles s’inquiètent du sort réservé aux politiques de cohésion – pour la jeunesse, la recherche et le développement territorial, entre autres.
Enfin, lors de son dernier conclave budgétaire, en novembre, le gouvernement fédéral a décidé de réclamer aux Régions et Communautés une participation globale de 500 millions d’euros par an à partir de 2028 pour la contribution RNB de la Belgique. Pour le moment, cette contribution est assumée intégralement par le Fédéral, alors que ce sont les entités fédérées qui bénéficient des politiques agricoles et de cohésion, lesquelles pèsent lourd dans le budget européen.
« Dans le respect de la loi spéciale de financement, cette contribution ne pourra être activée que sur base volontaire par les entités », fait valoir le cabinet du ministre-Président wallon, Adrien Dolimont (MR). « La discussion promet d’être épique », sourit déjà une source fédérale.