« Plus personne ne marcherait après 21 heures »
Une soirée annoncée comme festive et arrosée, ainsi que la décrivit l’avocat Nicolas Estienne, spécialiste de la défense de dommages corporels en général et, en particulier, de celle de Noame. Il avait appris de la bouche d’un étudiant proche de la victime que, ce jour-là, « plus personne ne marcherait après 21 heures ».
Bref, une vingtaine d’étudiants s’étaient donné rendez-vous chez Adèle, comitards, bleus, parrains et marraines de ces derniers.
Lorsque les policiers arrivèrent sur les lieux, ils actèrent que « tout le monde était ivre ». Noame, elle, avait fait une chute de plusieurs mètres. Les dépositions furent unanimes, la jeune fille avait tenu des propos incohérents, elle titubait, elle avait vomi et, pour lui faire prendre l’air et reprendre ses esprits, « on » décida de la faire accompagner sur ce qui fut appelé successivement de « balcon », « terrasse » ou « plate-forme », sans barrière ni garde-fou. L’avocat leur préféra le mot « toit ».
La chute après quelques pas dans le noir
Toujours est-il que la jeune fille, confiée selon les comitards à des bleus, éprouva soudain le besoin d’uriner en demandant à ses amis de ne pas la regarder. Elle a chuté après quelques pas dans le noir.
Elle fut amenée aux urgences de la clinique Saint-Pierre, pronostic vital engagé. Les médecins décidèrent d’ouvrir la boîte crânienne en raison d’une hémorragie cérébrale doublée d’une fracture cervicale et d’une autre au thorax. Elle fut admise en service neurologique durant près d’un mois avant d’être transférée au Centre Willam Lennox où elle resta jusqu’en juillet 2022. Une nouvelle intervention chirurgicale fut nécessaire car de l’eau s’était infiltrée dans le cerveau. Elle retrouva enfin son domicile avec une séquelle lourde qui nécessita une logopédie intensive jusqu’en 2024. Aujourd’hui encore, elle éprouve des difficultés de langage, souffre de troubles cognitifs, d’anxiété, de périodes d’instabilité et de découragement.
Fort d’un arrêt de la cour d’appel de Liège qui date de 2018 et qui établit la responsabilité d’une décision collective, l’avocat Estienne, qui parla d’une « beuverie » organisée par les prévenus, considéra qu’ils avaient fait preuve d’une totale irresponsabilité en confiant cette jeune fille à la surveillance de « bleus bitus ».
La substitute du procureur du Roi Shelley Henrotte requit des peines de travail contre trois des prévenus qu’elle considère comme seuls responsables de cet accident tragique. Lundi prochain, plaidoiries des avocats des prévenus et des compagnies d’assurance