À chaque printemps, une même inquiétude revient au jardin : le
frelon asiatique reprend son activité autour des
ruches, des vergers et des terrasses. Introduit accidentellement en
France au début des années 2000, cet hyménoptère invasif s’est
répandu dans presque tout l’Hexagone et s’attaque massivement aux
abeilles domestiques et aux insectes
pollinisateurs.

Face à lui, de plus en plus de jardiniers misent sur un allié
inattendu : la mésange. Ce petit oiseau familier,
bleu ou charbonnier, raffole des larves et des petits insectes au
printemps, y compris celles des frelons quand l’occasion se
présente. Son aide reste limitée, mais bien utilisée elle peut
peser dans la balance. Tout se joue dès le mois de mars.

Frelon asiatique et jardin : pourquoi mars change tout

À la fin de l’hiver, les reines de frelon asiatique sortent de
leur torpeur pour chercher un endroit où fonder un nouveau nid. Si
rien ne les dérange, la colonie grossit très vite et peut consommer
jusqu’à 11 kg d’insectes par an, en grande partie des
pollinisateurs. Quand on attend les beaux jours pour réagir, la
population est déjà trop nombreuse et l’intervention humaine
devient compliquée, voire dangereuse.

Les scientifiques rappellent qu’il ne sera pas possible
d’éradiquer totalement le frelon asiatique : sa capacité de
reproduction et l’absence de grand prédateur spécialisé rendent la
tâche impossible. Quelques oiseaux comme le guêpier d’Europe ou la
bondrée apivore en mangent, tout comme la poule noire de Janzé,
mais leur présence reste ponctuelle ou locale. Le vrai atout du
jardinier, c’est un insectivore présent presque toute l’année : la
mésange.

Mésanges : de vraies auxiliaires du jardin face au frelon
asiatique

La mésange bleue, la mésange charbonnière ou la mésange noire
nourrissent leurs petits surtout avec des insectes. Une mésange
peut assurer 500 à 900 nourrissages par jour en période de
reproduction et avaler plusieurs milliers de chenilles et larves en
quelques semaines. Quand un nid de frelons se trouve à proximité,
les larves de frelon asiatique entrent dans ce menu, au même titre
que d’autres proies, ce qui contribue à limiter le nombre de
nouvelles reines.

La mésange charbonnière aime d’ailleurs nicher près des gîtes de
frelons. Elle consomme surtout les larves et les adultes morts dans
les nids abandonnés en début d’hiver, ce qui réduit une partie du
potentiel de reproduction de la colonie. Les spécialistes
soulignent toutefois que cette prédation reste opportuniste et ne
suffit pas à contrôler l’espèce : aucun oiseau, aucune mouche
parasitoïde ni plante carnivore ne peut, seul, réguler durablement
le frelon asiatique. Les mésanges apportent une pression diffuse,
précieuse pour l’équilibre global du jardin.

Comment attirer les mésanges pour mieux protéger son
jardin

Pour profiter de ce coup de pouce naturel, tout commence par des
nichoirs. En mars, la compétition pour les cavités
est forte entre oiseaux. Un nichoir en bois fermé, avec un trou
d’entrée de 2,6 à 3,2 cm (en pratique 2,5 à 3 cm suffisent pour les
mésanges), posé à 2 à 5 mètres de hauteur, à l’abri des vents
dominants et des chats, offre une place de choix. Installé avant la
mi-mars, il a toutes les chances d’être occupé pour la saison.

Ensuite, il s’agit de rendre le jardin accueillant. Quelques
gestes simples font la différence :

proposer en fin d’hiver des graines de tournesol, noix et
graisse végétale, puis arrêter le nourrissage à la fin mars pour
les laisser passer aux insectes ;
planter des arbustes locaux comme sureau, aubépine ou noisetier
et garder des zones un peu sauvages, riches en insectes et
matériaux de nidification ;
installer une coupelle ou un petit bassin d’eau peu profond,
nettoyé et rempli régulièrement ;
bannir totalement les pesticides, qui empoisonnent insectes et
oiseaux insectivores ;
respecter les mésanges, espèces protégées : ne pas ouvrir les
nichoirs occupés, ne pas déplacer les nids.

Les mésanges limiteront alors une partie des larves de frelons
tout en contrôlant chenilles, pucerons et autres ravageurs. En
parallèle, tout nid de frelon asiatique repéré au jardin doit être
signalé et confié à un professionnel pour destruction, la mésange
venant soutenir ce travail sans jamais le remplacer.

EN BREF

Introduit en France au début des années 2000, le frelon
asiatique menace abeilles domestiques et insectes pollinisateurs,
avec un pic d’enjeu dès la sortie d’hibernation des reines au
printemps.
Très insectivores en mars, mésanges bleues et
charbonnières consomment des milliers de larves et petits insectes,
y compris celles des frelons, lorsque nichoirs, nourriture
hivernale et végétation locale leur offrent un refuge
adapté.
En combinant nichoirs bien placés, jardin sans
pesticides, point d’eau et recours à des professionnels pour les
nids de frelons, il devient possible de réduire une partie de la
pression tout en rendant le jardin plus vivant.