Prêt à l’emploi
« Le débat parlementaire est strictement régulé (temps de parole, ordre des interventions). Cette rigidité pousse paradoxalement les élus à concevoir des interventions « prêtes à l’emploi » pour les réseaux sociaux, créant parfois un sentiment de déconnexion par rapport à la discussion en cours. »
Pour autant, celui qui est également coordinateur au laboratoire de la communication politique Protagoras apporte une nuance. « De tout temps, les parlements ont été des enceintes de théâtralisation. L’objectif a toujours été de communiquer sa position au public ou aux médias présents. Ce qui change aujourd’hui, ce n’est pas l’intention, mais la nature de la médiatisation et les outils utilisés. »
Le spécialiste y voit une convergence technique : les interventions en séance sont naturellement courtes, ce qui correspond parfaitement aux standards de consommation des plateformes numériques. N’importe quel assistant peut filmer, monter et diffuser une séquence quasi instantanément. La mise en scène de la confrontation directe – un député face à un ministre – crée un contenu conflictuel et visuel très efficace pour générer de l’engagement en ligne.
Risque démocratique
« Le risque est de rompre le dialogue démocratique », analyse Baptiste Buidin. « En ne publiant qu’un extrait isolé sans la réponse de l’adversaire ou du ministre, on transforme un débat d’intérêt général en un outil de communication purement partisan. On s’adresse à son propre camp en effaçant la contradiction, ce qui renforce les « bulles d’écho » algorithmiques. »
Le spécialiste de la communication politique craint que ce formatage n’ait, à terme, une influence sur les modalités mêmes du débat démocratique.