Son assassinat, dénoncé par Moscou puis par Pékin, et ceux du commandant de la milice Basidj Gholamreza Soleimani, mardi, et du ministre du Renseignement Esmaïl Khatib, la nuit suivante, peuvent sembler porter un nouveau coup dur au régime des mollahs : tous trois étaient responsables de l’organisation de la répression dans le pays. Toutefois, par leur remplacement dans les heures suivant leur décès, Téhéran tente d’affirmer le système perdure, au grand dam des États-Unis et d’Israël dont l’offensive vise à couper les « têtes de l’hydre », telle qu’est souvent décrit le régime des mollahs.

Alors qu’Israël élimine deux dirigeants du régime des mollahs, le bilan civil s’alourdit en IranUn remplaçant immédiat

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi s’est d’ailleurs dit étonné que les pays agresseurs n’aient toujours pas compris que leurs bombardements et assassinats n’étaient pas en mesure d’affecter « la structure politique solide » de son pays. « La présence ou l’absence d’un seul individu n’affecte pas la structure », a garanti le diplomate en chef de l’Iran, lors d’un entretien accordé au réseau qatarien Al Jazeera. « Bien sûr, les individus ont une influence et chaque personne joue son rôle. Certains mieux, d’autres moins bien ». Mais la force du système iranien réside, selon lui, dans sa capacité à « fournir immédiatement un remplaçant ».

Il est donc envisageable qu’avec le temps les responsables nouvellement nommés soient plus inexpérimentés, voire disposent de moins de qualités ou d’atouts, et qu’ils prennent des décisions qui affecteront en définitive la structure politique du pays. C’est probablement la stratégie que poursuivent Israël et l’Administration Trump : la dégradation progressive des structures de décision de la République islamique. À cet effet, et fort de ses derniers assassinats extrajudiciaires, Israël a donné carte blanche à son armée pour éliminer chaque responsable iranien qu’elle aurait dans sa ligne de mire, sans nécessité d’obtenir une autorisation complémentaire.

Comment le conflit en Iran a mis la Chine dans une situation délicate par rapport à Trump sur deux dossiers sensiblesUne liste de tâches

Dans une séquence filmée publiée sur le réseau X, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou fait découvrir à l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee, qu’il recevait mardi, un carton qu’il présente comme une « liste de tâches » à mener à bien. Sur celle-ci figurent, selon le dirigeant israélien, les noms des responsables iraniens à « éliminer ». Aucun timing n’est mentionné mais quelle sera l’opinion des Israéliens sur cette politique d’exécutions – outre sa nature même – dans la mesure où plus elle dure, plus Israël restera exposé aux tirs iraniens ?

Les Gardiens de la révolution ont ainsi tiré mardi un missile balistique à sous-munitions qui, en éclatant en l’air, a libéré de nombreux fragments explosifs, plus difficiles à éliminer par le bouclier anti-missiles. L’engin a tué deux personnes à Ramat Gan, dans la banlieue de Tel-Aviv, portant à au moins quatorze le nombre d’Israéliens tués depuis le début de la guerre contre l’Iran.

Au détour de cette conversation de couloir, Benjamin Netanyahou se dit fier qu’Israël puisse combattre l’Iran « épaule contre épaule avec les États-Unis ». Un élément qui s’ajoute au dossier tendant à prouver que les États-Unis se sont laissés entraîner dans cette guerre contre l’Iran par Israël.

Il apparaît ainsi, à la faveur des raisons invoquées par le directeur de la lutte antiterroriste américaine Joe Kent pour justifier sa démission mardi, que l’Iran ne constituait pas une « menace imminente » pour les États-Unis et que ceux-ci ont agi « sous la pression » de l’État hébreu. Dans son échange avec l’ambassadeur américain, Benjamin Netanyahou pointe d’ailleurs un argument pouvant étayer cette thèse : ces « cinglés » de dirigeants iraniens, dit-il, fabriquent « des armes nucléaires et les moyens de les envoyer sur chaque ville américaine après avoir éradiqué Israël ».

Une proposition étonnante pour rouvrir le détroit d’Ormuz ? « C’est dans l’intérêt iranien mais cela ne va pas plaire à Trump »

En outre, la cheffe des services de renseignement américains, Tulsi Gabbard, a confirmé mercredi devant une commission du Congrès que l’Iran n’avait entrepris aucun effort pour tenter de rétablir ses capacités d’enrichissement après la guerre de douze jours entre l’Iran et Israël -appuyé par les États-Unis en juin dernier.

Abbas Araghchi a souligné, à cet égard, que la doctrine iranienne, opposée par principe aux armes nucléaires, n’était probablement pas amenée à changer. Tout en précisant que le nouveau guide suprême, Mojataba Khamenei devait encore s’exprimer sur cette position.