La BCE sonne l’alerte mais maintient ses taux : « La guerre au Moyen-Orient a considérablement accentué l’incertitude »

De son côté, la BCE a comme prévu maintenu inchangé son principal taux directeur d’emprunt à 2%, mais elle révise à la hausse sa prévision d’inflation (+2,6%, contre 1,9%) et à la baisse sa prévision de croissance (+0,9%).

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« Les marchés sont mus par la peur »

« L’hypothèse d’un resserrement monétaire (par la BCE) est désormais envisagée », estime Madison Faller, stratégiste en investissement mondial de J.P. Morgan Private Bank.

« Pour autant, les investisseurs auraient tort de calquer la situation actuelle sur celle de 2022. L’environnement macroéconomique est plus solide, la croissance a évolué au-dessus de son potentiel, l’inflation s’est nettement modérée », ajoute-t-il, en référence à la guerre en Ukraine.

L’or, étonnamment, chute aussi

De leur côté, les métaux précieux dévissent: l’or perdait 5% et l’argent 11% jeudi. « Les investisseurs clôturent leurs positions sur l’or et l’argent afin de répondre aux appels de marge sur les actions », décrypte pour l’AFP Ricardo Evangelista, d’ActivTrades.

En clair, certains investisseurs doivent trouver du cash rapidement et vendent leurs positions en argent ou en or, qui sont pourtant réputées pour être des valeurs refuges.

Du côté des métaux industriels, l’aluminium perdait 8%, sa plus forte baisse en séance depuis 2018, d’après Bloomberg, tombant jusqu’à 3.115 dollars la tonne.

« La baisse des métaux s’explique par le renforcement général du dollar » – devise dans laquelle ils sont négociés -, et « plus particulièrement pour les métaux industriels, par le ralentissement des perspectives de croissance mondiale », résume Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote, interrogée par l’AFP.

Pas d’espoir d’une fin de guerre rapide

Finis les espoirs d’un sortie de crise rapide. Les marchés estiment désormais que le conflit sera résolu « d’ici plusieurs mois » plutôt que « d’ici plusieurs semaines », a déclaré le directeur des gestions d’Amundi, Vincent Mortier, sur Bloomberg TV.

« Les inquiétudes concernant la guerre s’intensifient » à Wall Street

Les financiers redoutent de plus désormais une crise d’approvisionnement en énergie et non plus une crise d’acheminement avec le blocage du détroit d’Ormuz.

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« L’escalade géopolitique a franchi un nouveau cap (…). C’est un basculement vers une guerre énergétique totale. »

A 13H15 GMT, le baril de Brent, référence mondiale du brut, s’échangeait à 113,23 dollars (+5,45%). Son équivalent américain du WTI valait 97,84 dollars (+1,58%).

Le gaz grimpait de 18,74%: le mégawattheure coûtait 64,9 euros pour les contrats à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne en matière de gaz naturel.

« L’escalade géopolitique a franchi un nouveau cap », note l’analyste John Plassard, responsable de la stratégie d’investissement de Cité Gestion Private Bank, qui parle d' »un basculement vers une guerre énergétique totale ».

L’immobilier face au choc de la guerre au Moyen-Orient

« Les marchés des actions sont actuellement mus par la peur, les attaques contre les installations de GNL (gaz naturel liquéfié) au Qatar et le fait que la Fed ne soit pas pressée de venir au secours des marchés », juge Neil Wilson, analyste de Saxomarkets.

Un statu quo et des taux à 10 ans qui grimpent

La Banque d’Angleterre (BoE) a quant à elle laissé, ce jeudi, son taux directeur inchangé à 3,75%, dans le sillage de la Fed la veille.

Le directeur de la Fed, Jerome Powell, avait prévenu que « les répercussions des événements au Moyen-Orient sur l’économie américaine (étaient) incertaines (…). A court terme, la hausse des prix de l’énergie fera grimper l’inflation globale », a-t-il averti.

Sur le marché de la dette, les taux d’intérêt des États repartaient à la hausse jeudi: 2,97% pour le rendement à dix ans des emprunts de l’Allemagne contre 2,94% à la clôture la veille. Son équivalent français a atteint 3,64%, contre 3,60%. En Belgique, le taux à 10 ans est passé de 3,47% à 3,53%.

Le rendement américain à 10 ans passait à 4,29% contre 4,27%.