C’est un joli investissement. Un pari aussi pour cette entreprise aux 2 400 collaborateurs. Thuasne a annoncé injecter 4 millions d’euros dans ses usines de Saint-Etienne pour développer une solution de compression dynamique digitalisée. Un dispositif qui devrait faire évoluer la prise en charge des malades touchés par un lymphœdème après certains traitements contre le cancer.

Après avoir vu sa vie chamboulée, environ une femme sur cinq qui a subi un curage axillaire, doit à nouveau s’engager dans un combat : celui contre le lymphœdème. Une pathologie invalidante qui se manifeste, notamment, par une augmentation du volume de ses bras en raison d’une altération du système lymphatique. Cette complication fait aussi partie du quotidien de patients atteints de cancers gynécologiques ou de la prostate qui présentent alors de « grosses jambes ».

« Le patient aura la vie la plus normale possible »

Ce dispositif digital, c’est l’espoir d’une meilleure vie pour beaucoup de monde : plus de 250 millions de personnes connaissent cette complication après leur traitement post-cancer.

« Beaucoup d’entre eux fréquentent des cliniques, hôpitaux ou centres spécialisés pour suivre des séances de pressothérapie », décrit Élizabeth Ducottet, présidente du groupe. « Là, avec cette solution, le patient pourra emporter son traitement avec lui, le faire la nuit, travailler, faire du sport, le glisser sous un pantalon, un sweat-shirt. Il aura la vie la plus normale possible. »

Une réduction des coûts de santé pour l’Assurance Maladie

Simple d’usage, cet appareil se rechargera avec une clé USB avec 12 heures d’autonomie comme pour un téléphone portable. « On redonne une simplicité de vie au patient », synthétise Élizabeth Ducottet, qui fait également valoir que le dispositif, truffé de capteurs, d’interfaces numériques, d’algorithmes, permettra une personnalisation plus fine des protocoles de soins. « Le médecin pourra préconiser un programme thérapeutique selon le profil du patient. L’objectif est de l’adapter en temps réel en fonction de ses besoins physiologiques. »

À ces impacts sur la qualité de vie s’ajoute une réduction des coûts de santé pour l’Assurance Maladie. « Ces centres de traitements sont en nombre insuffisant, aujourd’hui, face aux cas de cancers qui explosent » précise Élizabeth Ducottet. « Beaucoup de patients sont loin de ces structures. Ils pourront désormais suivre leur traitement à domicile sans avoir recours à un taxi médicalisé ou une ambulance pour s’y rendre. »

Un soutien de la région Rhône-Alpes et de l’État

Dans ce projet soutenu par l’État, la Région et Bpifrance, dans le cadre du programme I-Démo régionalisé, d’autres acteurs se sont vus confier une place : le laboratoire EVS, Électronique du Mazet, fabricant de systèmes électroniques et de dispositifs médicaux et l’Université Jean Monnet Saint-Étienne qui apportera, avec ses laboratoires LIBM et IRMIS, une expertise scientifique en biomécanique et physiologie.

Si des prototypes vont commencer à être présentés à des patients, dans le cadre d’études cliniques menées avec la collaboration d’hôpitaux français et belges, ces solutions ne seront pas mises au service de patients demain. Ils devront encore attendre, si tout se passe bien, deux ans avant d’en bénéficier, en raison des nombreuses réglementations et contrôles auxquels devra se soumettre le dispositif.