Au lendemain de son témoignage dans La DH, Karine Viseur accepte de revenir plus en détail sur ce qu’elle décrit comme une agression par Patrick Bruel. Quinze ans après les faits, l’attachée de presse belge brise le silence et évoque un épisode traumatisant… mais aussi les conséquences très concrètes de sa prise de parole aujourd’hui.
Dans le sillage de l’enquête de Médiapart visant Patrick Bruel, accusé par plusieurs femmes de violences sexuelles, elle livre un récit précis. À l’époque, en 2010, elle accompagne le chanteur et acteur à Bruxelles pour la promotion du film «Les cinq doigts de la main». Une mission classique… qui bascule rapidement. « Au début, c’était déjà très intrusif. Il devait toujours me toucher pour me parler, me prendre par la taille, se rapprocher très fort », raconte-t-elle.
Mais la situation, selon elle, s’aggrave. « Il m’a prise dans ses bras, a voulu m’embrasser. Je disais non, tout en gardant le sourire… tu ne sais pas comment réagir. Il m’a attrapée par les hanches, a essayé d’abaisser mes bas collants, a passé ses mains sous ma robe. »
« Il n’avait aucune retenue »
Karine Viseur décrit une escalade sans limite. « Il n’a aucune retenue, aucune inhibition. Il impose, il réitère. On ne fait pas le poids face à quelqu’un comme ça. » Des comportements qui, selon elle, se déroulent parfois devant témoins… et même devant son mari. « Mon mari était présent sur une partie de la promotion. Il a vu. D’autres acteurs ont essayé de le recadrer, mais ça ne changeait rien. »
Le moment de bascule, elle le situe à la RTBF, lorsqu’ils se retrouvent seuls. « Là, j’ai senti que ça ne montait plus crescendo. J’étais devenue une possession. Il impose, il te fait comprendre qu’il a envie et que tu n’as pas le choix. » Malgré ses refus répétés, elle continue à travailler.
« Je voulais rester professionnelle. J’étais jeune dans le métier. J’essayais de le ramener à l’interview, de le recadrer. Mais il n’y avait aucune limite. » Sur le moment, elle ne met pas de mot sur ce qu’elle vit.
« Tu ne te dis pas «agression sexuelle». Tu essayes juste que ça s’arrête. C’est en rentrant chez moi que je me suis sentie sale. »
Quinze ans de silence
À l’époque, elle dépose plainte. Mais elle finit par abandonner. « Ça coûte cher, c’est long… et on se dit : qui suis-je pour affronter quelqu’un comme ça ? On ne fait pas le poids. »
Un sentiment renforcé par le statut de la star. « C’est Bruel. Il claque des doigts, il a qui il veut. On se dit qu’on ne sera pas crue. »
Si elle parle aujourd’hui, c’est notamment après la publication de l’enquête de Médiapart. « Quand j’ai vu que d’autres femmes parlaient, je me suis dit : il faut que je le fasse. »
Elle affirme d’ailleurs connaître d’autres victimes présumées. « Je sais que d’autres ont vécu la même chose. Si mon témoignage peut libérer la parole, ce sera déjà énorme. »
Cette prise de parole a aussi des conséquences dans sa vie privée. « Mes enfants n’étaient pas au courant. Ils l’ont appris aujourd’hui. Mes parents non plus. » Un poids qu’elle a porté seule pendant des années. « C’est le genre de chose qu’on garde dans un cercle très restreint. Et c’est une erreur. Il faut en parler. »
Une vague de haine
Depuis sa prise de parole, Karine Viseur fait face à de nombreuses réactions, parfois violentes. « En une heure, il y avait déjà plus de 150 commentaires. Pas un seul pour dire que j’étais courageuse. »
À la place, des accusations. « On me dit que je fais ça pour l’argent, que je veux lui nuire. C’est très violent. » Elle insiste pourtant : « Je n’ai plus d’avocat. Je ne demande rien. Je veux juste que ça ne se reproduise plus. » Elle dénonce enfin une forme d’impunité autour de l’artiste. Il a par exemple été confirmé à l’affiche du Bastogne Summer Festival.« Aujourd’hui encore, rien ne bouge. Il est programmé partout. Pour moi, il est intouchable. » Selon elle, certains acteurs du milieu hésitent à prendre position. « Bruel, ça vaut de l’or. Ils ont peur de ne plus jamais l’avoir. »
« En parler, c’est guérir »
Malgré la pression, elle assume sa démarche. « Aujourd’hui, j’ai les épaules. Il ne me démolira plus. » Et elle conclut avec un message clair : « En parler, c’est guérir. Et si ça peut aider d’autres femmes à oser parler, alors ça vaut la peine. »


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