Une étude d’envergure affirme que les partenaires ont tendance à se ressembler sur le plan de la santé mentale. Vrai, faux, ou à nuancer? FastCheck a décrypté ce phénomène et il semblerait que la réalité clinique soit plus complexe que la théorie.
Ton couple est-il ton miroir psy ? / FastCheck / 3 min. / mardi à 14:41
Qui se ressemble s’assemble, même en santé mentale? C’est la conclusion d’une étude d’envergure publiée en 2025 dans une prestigieuse revue scientifique. En analysant les données de près de 15 millions de personnes, formant plus de 6 millions de couples à Taïwan, au Danemark et en Suède, les scientifiques ont mis en évidence un phénomène appelé appariement assortatif: les personnes ayant un diagnostic pour l’une des neuf conditions psychiques étudiées ont une probabilité significativement plus élevée de choisir un partenaire présentant également une condition psychique.
Ces neuf conditions sont la schizophrénie, les troubles bipolaires, la dépression, l’anxiété, le TDAH, l’autisme, les TOC, les addictions et l’anorexie. Ce résultat, qui confirme des observations antérieures, suggère un consensus scientifique sur cette tendance universelle.
La réalité clinique est plus complexe qu’une étude
Pourtant, la Dre Katharina Auberjonois, médecin adjointe en charge de la consultation psychothérapeutique pour familles et couples des HUG, invite à la prudence. « La carte n’est pas le territoire, c’est-à-dire la réalité clinique est naturellement plus complexe qu’une étude, aussi scientifique soit-elle, » explique-t-elle. Dans sa pratique, elle observe une grande diversité: « Il y a autant de couples qui confirment les résultats de l’étude (…) que des couples qui fonctionnent d’une manière contraire (par exemple les personnes souffrant d’un trouble de l’attention avec hyperactivité choisissant un partenaire calme). »
Elle souligne également un point crucial: « Pour bien analyser les résultats de l’étude, il aurait été intéressant de savoir si les diagnostics avaient été posés avant ou après la création du couple ».
Pourquoi cette ressemblance? Les hypothèses des scientifiques
L’étude avance plusieurs hypothèses pour expliquer cet appariement: la convergence – les couples se ressemblent en partageant le même environnement, l’homogamie sociale – les choix sont limités par le milieu social, et l’appariement préférentiel – l’attraction naturelle pour ceux qui nous ressemblent. Comme le dit Chun Chieh Fan, l’un des auteurs de l’étude, dans le magazine Nature: « Peut-être qu’ils se comprennent mieux en raison d’une souffrance partagée, et donc ils s’attirent ». La Dre Auberjonois ajoute que le choix du partenaire est aussi « déterminé par le vécu dans les familles d’origine. »
« Dans notre quotidien clinique, nous rencontrons aussi des couples contraires, avec un appariement dissimilaire. C’est le cas lorsque l’on est attiré par quelqu’un de différent de soi, souvent dans une tentative de combler un manque », précise la spécialiste.
Enjeux pour les familles
L’un des enjeux majeurs de cette étude concerne la transmission aux enfants. Avoir deux parents avec le même trouble psychiatrique peut plus que doubler le risque pour l’enfant de le développer. Cependant, la Dre Auberjonois rappelle que « la détermination génétique n’est pas l’unique cause des maladies psychiques. » Elle souligne que « les thérapies de familles peuvent s’avérer très bénéfiques » pour soutenir les enfants.