« Certains ne vivent que via des collaborations. Moi, je cherche plutôt à travailler avec des chefs qui ont un ancrage dans un restaurant ».

« Je suis la seule à faire ce métier en Belgique », sourit-elle. À Paris, par contre ces agences de chefs se multiplient comme des petits pains. Là on parle aussi de « top chefs » qui se sont fait connaître par la télévision et ne possèdent parfois même pas d’établissements. Ils ne vivent que via des collaborations. Moi, je cherche plutôt à travailler avec des chefs qui ont un ancrage dans un restaurant ».

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La diplômée de l’Ephec, qui a commencé sa carrière aux côtés de son père dans la production de films (« j’y ai appris l’importance des droits à l’image et la gestion des contrats »), a un réseau favori : Instagram. « Il faut savoir qu’aujourd’hui une personne sur deux cherche un restaurant sur Instagram avant Google. Être bien référencé sur ce réseau social est fondamental pour n’importe quel établissement ».

« J’ai conseillé au restaurant de les inviter »

Lucie crée des contenus, des photos, des vidéos pour alimenter au quotidien les comptes Instagram de différents restaurants et hôtels. On est loin de la simple photo de plats partagée sur les réseaux.  » On fait aussi de l’audit, crée des stratégies de communication ». L’agence, qui compte quatre personnes conseille aussi les restaurants en cas de « bad buzz », ou même de mauvais commentaires sur le Net.

« On a eu le cas d’un couple qui s’était plaint parce qu’il fêtait son anniversaire de mariage dans un restaurant et avait été un peu nié par les serveurs. Ils s’étaient plaints sur les réseaux. J’ai conseillé au restaurant de s’excuser et de les inviter à un lunch la semaine d’après. Ils n’ont pas pu venir, mais ils étaient très touchés par la démarche et l’ont largement fait savoir sur Internet ! »

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Lucie l’a compris : nous sommes dans un monde très visuel, y compris dans les restaurants. « Les gens aiment voir, mais aussi prendre des photos de tout, même s’ils partagent peut-être moins qu’avant sur les réseaux sociaux. »

« Arrondir les fins de mois des chefs »

Autre réalité ? Les chefs auraient de plus en plus besoin financièrement de ces partenariats avec des marques.

« Tout l’horeca souffre en Belgique. Même pour les restaurants les mieux remplis, c’est très compliqué de sortir des bénéfices. Mes clients se rendent compte qu’ils peuvent « arrondir leur fin de mois » en monétisant leur image. Les marques sont aussi très demandeuses ».

Lucie a ainsi encadré le contrat du chef italien Ugo Federico avec le constructeur automobile Lancia, elle a géré aussi les contenus et les plannings des publications pour celui entre Yves Mattagne et Neuhaus. « On n’accepte pas tout. Il faut que la marque corresponde à l’image du restaurateur. On ne va pas mettre des chefs étoilés sur n’importe quel évènement. »

« Selon moi, les gens auront davantage envie d’aller dans un restaurant s’ils se projettent, s’ils découvrent l’histoire de son chef ».

En s’approchant de ces cuisiniers de talent, Lucie a découvert un nouveau monde. « Les chefs ne sont pas toujours faciles à contacter, sourit-elle. Ce sont des personnalités qui peuvent impressionner, qui sont très occupés. Mais ils sont très facilement rentrés dans le jeu pour poser sur une photo ou faire un petit tournage dans le studio avec la cuisine que j’ai créée pour l’occasion ».

La jeune femme essaie que ces chefs se livrent le plus possible sur leurs réseaux. « Mais ils doivent se sentir à l’aise, il n’y a jamais d’obligation. Selon moi, les gens auront davantage envie d’aller dans un restaurant s’ils se projettent, s’ils découvrent l’histoire de son chef, pourquoi il aime faire tel plat, etc… Plus on personnalise, plus on arrive à toucher les gens. Cela a un impact tout à fait différent que de juste publier le menu de la semaine ».

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Ce nouveau mode de communication fruste parfois certains chefs. « L’un d’entre d’eux m’a une fois dit : « J’ai publié une photo de mon travail et je n’ai eu que quelques réactions, tandis qu’une photo avec ma fille et c’est la folie ! »

La jeune communicante gère à la fois les comptes privés et les comptes des restaurants des chefs. « J’essaie de publier tous les deux jours, en mettant pas mal de vidéos, de petites interviews. Louis Verstrepen (Da Mimmo) avait un compte sur lequel il ne faisait que des photos de plats. J’ai fait une série d’interviews où il expliquait son parcours, pourquoi il aimait la cuisine italienne, etc…. Il s’est complètement ouvert. Récemment, ils m’a même envoyé des photos d’un de ses voyages en Italie et de ses découvertes culinaires sur place pour les publier sur son compte ! »