Dans son bureau, à l’hôpital de Mulhouse, cet après-midi de début mars, le Dr  Mathieu Oberlin souffle un peu. À peine. Épidémie de grippe , grève des médecins libéraux , tournée des services de l’hôpital, rencontres avec les partenaires extérieurs (pompiers, ambulanciers, médecins généralistes)… Les premières semaines depuis son arrivée à la tête du plus important service d’urgence du département (près de 60 000 passages par an), en début d’année, ont été « denses », reconnaît-il. « Je m’y attendais, c’est normal. J’avais passé une bonne partie des mois de novembre et décembre à échanger avec le Dr Marc Noizet (auquel il succède). Donc, quand je suis arrivé, je connaissais un peu le service. Mais, inévitablement, il y a une acculturation nécessaire. »

C’est qu’entre le Groupe hospitalier de Sélestat-Obernai (470 lits et places et 1 244 agents dont 163 médecins) d’où il arrive et le Groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace (2 591 lits et places et 6 179 agents dont 689 médecins) tout change, sur la forme. « On est ici dans un établissement qui a la taille d’un CHU, il y a beaucoup plus de services, de personnes, d’interactions. » Sur le fond, l’enjeu et la mission sont les mêmes : « Comment on offre aux patients, quelle que soit leur localisation sur le territoire, les mêmes chances de prise en charge ? », expose-t-il.

« Coconstruire »

La question est fondamentale dans ce service à la croisée des chemins entre la médecine de ville et les autres services de l’hôpital. « Un service d’urgences ne peut pas être comparé à un service “normal”. Aux urgences, il ne sera jamais possible de fonctionner seul, en autonomie. Cela nécessite, en matière de management, d’aller tout le temps vers les gens pour coconstruire avec les professionnels à l’extérieur de l’hôpital et avec ceux à l’intérieur. »





Dans un box du service des urgences, à l’hôpital de Mulhouse.   Photo Antonin Utz

Dans un box du service des urgences, à l’hôpital de Mulhouse.   Photo Antonin Utz

Lorsque le Dr Noizet a approché le Dr Oberlin, à l’automne dernier, pour l’informer de son départ pour Mayotte et lui suggérer de prendre sa suite, l’urgentiste, âgé de 48 ans, a d’abord dit non. « Parce que j’étais très bien à Sélestat », dit-il. Et puis l’idée a fait son chemin. « Je connais très bien le Dr Noizet, on a travaillé ensemble au sein d’Est-Rescue, l’observatoire régional des urgences. Humainement, c’est quelqu’un que j’apprécie. C’est aussi quelqu’un que je sais être honnête sur tous les aspects. Et je suis extrêmement admiratif de son travail. Il a su capitaliser sur les difficultés, il en a fait un ressort pour que la situation s’améliore. »

Un service d’urgences ne peut pas être comparé à un service “normal”. Aux urgences, il ne sera jamais possible de fonctionner seul, en autonomie. Cela nécessite, en matière de management, d’aller tout le temps vers les gens pour coconstruire avec les professionnels à l’extérieur de l’hôpital et avec ceux à l’intérieur.

Dr Mathieu Oberlin, chef des urgences du GHRMSA

Dix jours après leur premier échange téléphonique, la perspective « d’un challenge hyper-intéressant à relever » l’a finalement emporté. « Parce que je savais aussi que j’arrivais dans un environnement favorable. Il n’y a pas d’opposition systématique entre la direction et les services, et il y a une dynamique d’équipe qui a montré qu’elle savait faire face à des situations extrêmement compliquées. »

Venu en renfort dans le service en 2019

L’urgentiste pense à ce printemps 2020, où l’hôpital a basculé dans la pire crise sanitaire de son histoire. Il pense aussi à cette année 2019, durant laquelle le service des urgences de Mulhouse a fait face à une vague de démissions chez les médecins. Le Dr Oberlin, alors en poste à Strasbourg, était plusieurs fois venu prêter main-forte à Mulhouse. « Parce que les internes (les médecins en formation) se retrouvaient seuls, et je crois beaucoup à l’accompagnement des jeunes générations. On n’a pas le droit de les décevoir, ils ne peuvent pas être désespérés à 30 ans. Les “anciens”, on a une responsabilité, c’est de leur proposer des perspectives d’avenir autre que le bagne, quoi. »





Mathieu Oberlin (2e  à droite) avec une partie des équipes du service des urgences de l’hôpital de Mulhouse.   Photo Antonin Utz

Mathieu Oberlin (2e  à droite) avec une partie des équipes du service des urgences de l’hôpital de Mulhouse.   Photo Antonin Utz

De cette époque, il se souvient « de l’engagement des équipes soignantes – infirmiers, aides-soignants, agents d’accueil… – qui tenaient à bout de bras le service. Certains jours, il y avait près d’une trentaine de patients en attente d’hospitalisation, cela représente un double service, et le flux des arrivées n’arrêtait pas. Alors, les équipes râlaient. Il fallait que ça sorte, mais en même temps personne n’aurait jamais lâché, il y avait vraiment un grand sens de la mission de service public. »

L’histoire du territoire, une histoire de solidarités

Sept ans plus tard, ses premières semaines à la tête du service mulhousien dans lequel il arrive avec « beaucoup d’humilité », dit-il, lui ont appris que « cette grande solidarité existe toujours ». Elle est propre, dit-il, à la spécialité d’urgentiste, à cette médecine de l’instantané, de la brutalité, de la mort accidentelle, non prévue. Elle est propre, aussi, au territoire, estime-t-il encore. « Le sud Alsace est un territoire en difficulté en termes d’attractivité médicale, qui a un taux de mortalité précoce parmi les plus importants de France, où il est difficile d’accéder aux soins. Toutes ces choses qu’on connaît font qu’il y a une tradition d’entraide à l’hôpital et de l’ensemble de la communauté professionnelle de santé sur tout le territoire. »





Vue du futur bâtiment baptisé Oxygène, qui abritera notamment le nouveau service des urgences de l’hôpital de Mulhouse.   Photo fournie par Chabanne Architecte

Vue du futur bâtiment baptisé Oxygène, qui abritera notamment le nouveau service des urgences de l’hôpital de Mulhouse.   Photo fournie par Chabanne Architecte

C’est sur cette solidarité que le Dr Oberlin entend s’appuyer pour poursuivre le travail entamé par son prédécesseur. « Les bases ont été posées, il faut désormais transformer l’essai », dit celui qui est aussi fan de rugby. Dans son bureau, un mur est recouvert de post-it roses. « C’est la contribution des équipes au futur projet de service », indique-t-il. « C’est symbolique, mais je trouve que c’est important que, quand les gens entrent, ils voient qu’il y a un projet collectif, un service qui vit. »

Répondre aux enjeux du quotidien et anticiper l’avenir

Que racontent ces post-it ? « Que la priorité, pour les équipes, c’est la qualité de prise en charge et la qualité de vie au travail. Les deux sont liées. » Autre objectif pour le nouveau chef de service : anticiper l’avenir. « En 2028, on exercera dans un nouveau bâtiment. Un déménagement, c’est une épreuve. Inévitablement, on ne pourra pas calquer nos organisations et nos façons de faire actuelles. Les prochaines semaines doivent donc aussi servir à nous interroger sur nos pratiques. »

Le projet de service que portera le Dr Oberlin est encore en cours de construction, mais il a déjà un nom : « Second souffle ».



Le docteur Mathieu Oberlin, le 19 février 2026, à Mulhouse.  Photo Antonin Utz

Mathieu Oberlin – Bio express

▶  Décembre 1977 : naissance à Reims.

▶  2007 : thèse à la faculté de médecine de Toulouse et premier poste d’urgentiste au Centre hospitalier à Cahors (Lot), où il est adjoint au chef de service.

▶  2019-2021 : en poste aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), où il exerce comme urgentiste, puis au sein d’un service de médecine polyvalente dédié aux patients des urgences et enfin dans un service de soins de suite et de réadaptation.

▶  2022 : intègre les urgences du Groupe hospitalier Sélestat-Obernai (GHSO) où il devient chef de service.

▶  5 janvier 2026 : nommé chef des urgences du Groupe hospitalier de la région de Mulhouse et sud Alsace (GHRMSA) et du Samu 68.