Les clichés de l’union de Jeff Bezos et Lauren Sanchez, les noces de Paris Hilton ou Sofia Richie ? C’est lui. Incontournable, German Larkin est le témoin privilégié des ultrariches.

Lorsqu’on appelle German Larkin via Zoom, le photographe s’apprête à prendre un avion direction Los Angeles pour couvrir les coulisses de la cérémonie des Golden Globes, après avoir passé des vacances à Saint-Barth, entouré de beautiful people. Ensuite ? Il a rendez-vous dans un palace d’une capitale de la jet-set, afin d’immortaliser le mariage d’un couple de personnalités de premier plan – mais secret professionnel oblige, il n’en dira pas plus. En quelques années, les noces les plus fastueuses des VIP sont devenues sa signature. Et la réputation du photographe repose sur cet extraordinaire lien de confiance qu’il a réussi à tisser avec les élites people, industrielles ou aristocratiques de notre époque.

L’iconique cliché du mariage de Jeff Bezos et Lauren Sanchez, qui a fait le tour du monde cet été ? C’est lui. «Paris» (Hilton), «Nicola et Brooklyn» (Peltz-Beckham), «Sofia» (Richie) : German Larkin les appelle toutes et tous par leur prénom. En dix ans, le photographe de 45 ans d’origine ukrainienne, basé à Milan, a réussi à se rendre indispensable auprès des célébrités, des puissants ou des ultrariches pour immortaliser leurs unions. Ses clichés, entre spontanéité contrôlée et glamour old school, sont sa carte de visite. Ses tarifs ? Ils démarrent à 30 000 dollars et grimpent à mesure de l’exclusivité et de la somptuosité de la noce. Rencontre avec la coqueluche du gotha mondial.


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Madame Figaro. – Vous dites que vous vous êtes lancé dans la photographie de mariage un peu par hasard. racontez-nous…

German Larkin. – Je travaillais pour la presse en tant que photographe de soirées, et en 2017, une amie qui aimait mes images m’a proposé de photographier son mariage à Versailles. Je n’avais jamais fait ça, mais comment refuser ? À l’époque, j’utilisais un appareil tout simple, un petit Leica. J’étais très intimidé. Depuis, je n’ai plus arrêté. L’univers de la photo de mariage peut sembler un peu ringard : ce sont les mêmes images de rituels, les fleurs, le gâteau, la première danse… Mais je veux justement montrer qu’on peut tout voir avec un œil neuf.

Paris Hilton avec Kim Kardashian.
German Larkin

Quelles sont vos influences en matière de photographie ?

Mon héros absolu est Mario Testino, qui est évidemment connu comme photographe de mode, mais qui a aussi immortalisé le mariage de certaines de ses amies célèbres, comme Kate Moss, Liz Hurley, Sienna Miller, Salma Hayek… Son ouvrage I Love You est l’un de mes livres de chevet. Il a révolutionné le genre en traitant la photo de mariage comme une véritable image de mode.

J’essaie toujours de conserver une part de naturel, je ne fais pas dans l’image ultraretouchée.

German Larkin

Comment vous glissez-vous dans un moment aussi chorégraphié ?


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Ce qui m’intéresse, c’est de montrer la mariée, de révéler sa personnalité, d’en faire une véritable gravure de mode, une fashion star. Mes clientes ne sont pas des mannequins, elles ne savent pas forcément poser, mais j’essaie de les faire rire, de les surprendre – il faut pas mal de psychologie. Je garde toujours un œil sur la robe, qui doit aussi être parfaite. J’essaie toujours de conserver une part de naturel, je ne fais pas dans l’image ultraretouchée – même si certains clients me le demandent, comme Paris Hilton, car c’est son style. Dans certains cas, je ne suis là que pour immortaliser la mariée : récemment, une cliente m’a demandé de la photographier lors des essayages de ses trois splendides robes haute couture… Un vrai fashion festival. Sans son mari !

Le photographe German Larkin.
German Larkin

Concrètement, comment travaillez-vous ?

J’ai une petite équipe de six personnes, dont un assistant qui est sur place avec moi lors des événements. Le reste de la team est au bureau ; ils reçoivent en temps réel les images de la journée ou de la soirée, font le tri parmi les centaines de clichés, supervisent la retouche… Ils me font ensuite une sélection resserrée que j’édite, avant la dernière validation. Le matin suivant, mes clientes reçoivent ainsi une toute petite sélection d’images, quelques dizaines, les meilleures, prêtes à être publiées sur Instagram façon wedding card.

les réseaux sont un nouveau rouage…

Les réseaux sociaux ont tout changé. C’est d’ailleurs via Instagram que le prince Abdul Mateen, le fils du sultan de Brunei, m’a contacté pour me demander d’être son photographe de mariage. Je poste certaines des images réalisées quand les clients m’y autorisent. Ils ont bien sûr la primeur : tous les mariages que je couvre font l’objet de strictes clauses de confidentialité.


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Vous avez réalisé les photos du «mariage du siècle» entre Jeff Bezos et Lauren Sanchez à Venise, en 2025. comment s’est passée votre rencontre ?

J’ai fait la connaissance de Jeff et Lauren après le Met Gala, au printemps 2024, puis on s’est recroisés à la fête d’anniversaire de Katy Perry… Je savais que le mariage se précisait, alors j’ai demandé à Lauren s’ils avaient déjà choisi un photographe. Elle m’a dit qu’ils réfléchissaient. Et puis un jour, ils m’ont appelé ! Je ne savais évidemment rien avant la date fatidique ; la pression était énorme. Mais Jeff et Lauren avaient une idée très précise de ce qu’ils voulaient : une seule image. L’image que j’ai faite, c’est donc celle de leur couple. Car ce qu’il était important de montrer, c’est leur union, ce qu’ils sont désormais : une entité, un power couple.

Nicola Peltz et Brooklyn Beckham.
German Larkin

Le mariage, c’est aussi un jeu social, une démonstration de pouvoir, non ?

Tout à fait. C’est l’occasion de montrer au monde entier qui vous êtes, quel est votre cercle intime, votre réseau… Pour moi, le mariage raconte aussi le changement de statut qui s’opère chez la mariée au moment où elle dit «oui». En devenant «Madame Bezos», Lauren Sanchez a changé de dimension. Et quand Nicola Peltz s’est mariée avec Brooklyn, elle est passée en une nuit de « Nicola », fille d’un milliardaire, à «Madame Beckham» – avec tout ce que cela induit en termes d’image. Mon travail consiste à documenter, de la plus belle façon qui soit, cette transition.

Ce qui m’intéresse, c’est aussi de montrer une forme de fragilité qui peut parfois se dégager, et ce malgré l’hypercontrôle.

German Larkin

Vous êtes diplômé en sociologie, cela vous permet-il de faire un pas de côté et d’agir comme un observateur des us et coutumes des «riches et célèbres» ?

Les célébrités, c’est un peu comme une nouvelle grande famille royale – enfin, certains d’entre eux ! Quand j’ai commencé ce métier, je voulais montrer au travers de mon objectif ce qui se passe en coulisses. Ce métier me donne accès à des strates très fermées de la société, m’ouvre les portes d’univers qui cultivent le secret et l’entre-soi. Je me vois comme un insider. Mon travail peut avoir un aspect «reportage», un peu à la manière d’un journaliste, même si je n’essaie évidemment pas d’être objectif. Ce qui m’intéresse, c’est aussi de montrer une forme de fragilité qui peut parfois se dégager, et ce malgré l’hypercontrôle. Même dans un mariage très millimétré, il y a une place pour l’inattendu. Et le glamour peut arriver à n’importe quel moment… Parfois, c’est quand la mariée sort des toilettes que je réussis à faire «la» photo, à capter un moment naturel. Maintenant que les gens me connaissent, on perd un peu en spontanéité… Mais j’ai un truc : je demande à mon assistant de prendre les photos, et tandis que les invités sont occupés, je shoote discrètement…

2026, une année chargée en perspective ?

En moyenne, je couvre dix mariages par an. Dua Lipa, Taylor Swift, Ronaldo ou Sabrina Carpenter devraient se marier en 2026. Mon carnet de bal est bien rempli, mais chuuuut !