L’hygiène de vie des futurs pères peut affecter la santé de leurs nourrissons. C’est ce que met en lumière une étude internationale publiée dans la revue The Lancet le 16 mars.
Lorsqu’un couple essaie d’avoir un enfant, la responsabilité de la santé prénatale des parents pèse généralement sur les femmes. Avant même de tomber enceinte, il leur est conseillé de cesser de fumer et de boire, d’adopter une alimentation équilibrée et d’améliorer leur environnement. Mais l’hygiène de vie des futurs pères a également un impact crucial sur la santé des nourrissons. C’est ce qu’a voulu mettre en lumière une étude, menée par l’Université de Southampton et plusieurs partenaires internationaux, publiée dans le journal The Lancet le 16 mars.
«Les recherches sur l’influence des pères sur la grossesse et la parentalité ont été jusqu’à présent négligées», dénonce l’équipe de chercheurs dans un communiqué. Pour corriger le tir, les scientifiques ont réalisé une revue transdisciplinaire de travaux provenant de sciences biologiques, comportementales et sociales ayant étudié le rôle des hommes dans le déroulement de la grossesse et la santé des nouveau-nés. Ils en ont tiré plusieurs conclusions.
Âge, poids et consommation de substances
Premier constat : la santé des pères, notamment leur poids, leur âge et leur consommation de substances (alcool, drogues, tabac) peut «avoir des effets biologiques directs sur le développement du nourrisson», affirme le Dr Danielle Schoenaker, chercheuse en épidémiologie à l’université de Southampton et coauteure de l’étude, dans le communiqué. Dans certains cas, ces facteurs auraient même un impact supérieur à ceux de la mère.
En juillet 2021, des recherches menées en Chine auprès de 529.090 couples ont par exemple associé toute consommation d’alcool par le père avant la conception avec un risque 35% plus élevé de malformation congénitale. Une autre étude de cohorte chinoise publiée début 2022 a montré que l’obésité ou le surpoids d’un homme pouvait amplifier «le risque de complications durant la grossesse, comme le diabète gestationnel ou l’hypertension», impactant la mère et l’enfant. Et quant à l’âge du futur papa ? Une étude scandinave de 2018 a par exemple montré que les hommes de plus de 45 ans étaient associés à un plus grand risque d’autisme chez leurs nourrissons.
Antécédents du père
«Nos résultats montrent que les expériences vécues par un homme au début de sa vie, notamment le stress, la santé physique et mentale, l’environnement et l’éducation, influencent sa santé pendant ses années de reproduction», explique le Dr Danielle Schoenaker. À titre d’exemple, de nombreuses études montrent les effets de la santé prépubertaire paternelle sur le développement des enfants. Dans une étude de cohorte suédoise de 2018 portant sur 11.561 hommes, la suralimentation paternelle entre 9 et 12 ans était associée à un risque accru de mortalité par diabète chez leurs fils.
Santé mentale et comportements
Les facteurs sociologiques jouent également un rôle, puisque les comportements des pères peuvent dégrader le déroulement de la grossesse et le développement de ses futurs descendants, mettent en garde les scientifiques. Par exemple, une future mère qui perçoit son compagnon comme engagé est moins à risque de dépression post-partum, lit-on dans leur rapport. Les chercheurs citent par ailleurs une autre méta-analyse australienne publiée en 2023, qui montrait une augmentation de 42 % du risque de dépression chez les enfants exposés à une dépression paternelle.
«Cette étude souligne la nécessité d’une approche plus inclusive des soins prénataux, reconnaissant le rôle crucial des pères dans la préparation à la parentalité et la santé des enfants», concluent les auteurs dans le communiqué. Et cela commence par sensibiliser les hommes sur l’impact de leur hygiène de vie sur la grossesse et le développement de leurs bébés.