Il a témoigné d’un « combat souvent long et solitaire qui se poursuit encore aujourd’hui ». D’après Edmond Pinczowski, la reconnaissance et la justice financière pour les victimes font toujours défaut. « Nous ne demandons pas de la pitié, mais des responsabilités. Que ce moment marque le début d’un engagement renouvelé, d’une écoute et d’actions. L’État et la société ne montrent pas seulement leur force dans les moments de crise, mais aussi dans l’attention qu’ils continuent à porter aux personnes touchées. »
Le couple royal a ensuite rendu hommage à la plaque commémorative des victimes dans le hall central des départs de l’aéroport national. Il y a déposé une couronne de fleurs en musique, avant la lecture des noms des victimes et une minute de silence.
Béatrice de Lavalette a également livré un témoignage lors de la commémoration. Elle a perdu ses deux jambes dans les attentats. Aujourd’hui encore, son quotidien reste lourd. Mais son « incapacité à abandonner » ne l’a « pas conduite uniquement vers des endroits sombres ». « Aujourd’hui, je me tiens aussi ici avec fierté comme athlète paralympique, comme amie, comme fille et comme survivante. »
Métro Maelbeek
La deuxième cérémonie de commémoration de la journée s’est déroulée dimanche matin à la station de métro Maelbeek, dix ans après l’attentat qui y avait fait 16 morts. En présence du roi Philippe, de la reine Mathilde, du Premier ministre Bart De Wever, de victimes, de proches, de représentants politiques, de la justice, de la police, de la Stib, l’hommage s’est tenu dans une station exiguë et plongée dans le recueillement.
Les noms de toutes les victimes ont été cités avant qu’une minute de silence ne soit observée à 09h11, l’heure à laquelle la bombe avait explosé dans une rame quittant la station vers le centre-ville.
Plusieurs témoignages empreints de douleur, de colère mais aussi d’espoir ont marqué la cérémonie. Larissa Scelfo, veuve d’Yves Cibuabua Ciyombo, mort à 27 ans, a participé pour la première fois aux commémorations avec leurs deux filles âgées aujourd’hui de 13 et 14 ans. Elle a rendu hommage à « l’homme avec un grand H » qu’était son mari, décrivant un père « poule », un mari « formidable », un homme né au Congo, venu étudier en Belgique, optimiste et ambitieux. Elle a rappelé qu’il se rendait ce jour-là à son travail dans une banque, où il était intérimaire malgré son master. Mais son intervention a aussi pris un ton très accusateur.
Elle a dénoncé un État qui, selon elle, n’a pas mis en place les moyens nécessaires pour protéger les victimes, ainsi qu’un « manque d’organisation » et surtout un « manque d’humanité » dans la prise en charge des proches après les attentats. Elle a évoqué le traumatisme d’avoir appris la mort de son mari trois jours plus tard sur une liste affichée à une porte, ainsi que des scènes vécues à l’hôpital militaire. « Depuis le 22 mars 2016, je suis en survie », a-t-elle lancé, sous les applaudissements d’une assistance visiblement touchée par cette colère.
Leur fille Tiana Cibuabua Ciyombo, âgée de trois ans au moment des faits, a ensuite pris la parole avec émotion. Elle a expliqué n’avoir « aucun souvenir » direct de son père, qu’elle ne connaît qu’à travers « les histoires ou les photos ». Elle a décrit « ce manque constant » vécu depuis dix ans, l’absence quotidienne d’un père « pas là pour me réveiller », ou encore le moment des cadeaux de fête des pères, qu’elle devait remettre à sa mère ou à une marraine. « Perdre un père, c’est horrible dans toute situation, mais dans un attentat et en n’ayant aucun souvenir de lui, ne devrait pas exister », a-t-elle déclaré.
Atar, Abdeslam, Abrini: un procès pour l’histoire
Pierre Bastin, père d’une victime – Aline Bastin -, a quant à lui livré une allocution plus solennelle, centrée sur la mémoire et les valeurs visées par les attentats. Citant Albert Camus et « cet été invincible » que les proches cherchent depuis dix ans, il a estimé que se souvenir ne consistait pas uniquement à regarder le passé, mais aussi à confirmer « ce que nous voulons continuer à rester ». Selon lui, les attentats du 22 mars n’ont pas seulement visé une ville ou un pays, mais aussi « la liberté, la dignité et la solidarité ». Il a appelé à faire du 22 mars « un rendez-vous de conscience » et une « promesse renouvelée de courage et d’humanité ».
Au nom de la Stib, le CEO Brieuc de Meeûs a salué la solidarité déployée le 22 mars 2016 par les secours, le personnel et les citoyens. Revenant sur cette matinée, il a évoqué une station devenue « une scène de guerre » à 09h11, mais aussi les chauffeurs de bus transformés en secouristes, les équipes de sécurité accourues en renfort, les médecins mobilisés sans relâche et les pompiers « plongeant littéralement dans l’horreur ». Il a également rappelé la chaîne humaine formée ce jour-là autour de Maelbeek, symbole selon lui du lien qui unit les Bruxellois face à l’horreur. « Face à la violence, nous avons choisi la vie », a-t-il déclaré, rappelant aussi les mots « Never surrender », apposés à la réouverture de la station et qu’il juge encore plus puissants dix ans plus tard.
La cérémonie, ponctuée aussi par l’interprétation du morceau « Attentat » par le rappeur M2RY en hommage à sa belle-sœur Sabrina, s’est achevée dans un climat de recueillement.
Mémorial des victimes des attentats de Bruxelles