Troisième volet du triptyque en costumes de TF1, cette nouvelle intrigue place ses quatre héroïnes au centre d’une énigme policière à la Hercule Poirot, sur fond de Riviera et pour des millions d’ouvriers, de premiers congés payés.

Pour son deuxième jour de festival, Séries Mania s’est mis samedi au diapason du printemps et de son ciel bleu azur qui a rempli les terrasses et les rues pavées de la ville de badauds. Certains plus élégants que d’autres pour participer au concours de costumes s’est tenu autour de la projection du film épilogue tiré de la série culte Peaky Blinders, l’homme immortel.

TF1 a prolongé cette ambiance rétro le soir venu, avec l’avant-première de sa série événement du printemps, Été 36. En attendant le quatuor d’actrices, des danseurs, habillés style années 30, swinguaient comme si leur vie en dépendait sur la scène du Théâtre du Nord sous l’œil d’un DJ à la programmation très jazz. De quoi divertir une salle comble et impatiente.


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Transfuges de classe

Julie de Bona, Sofia Essaïdi, Nolwenn Leroy et Constance Gay portent ce troisième volet de la trilogie féminine en costumes créée par la productrice désormais incontournable du paysage sériel français, Iris Bucher. Au Bazar de la Charité  (2019), qui évoquait la place de la femme dans la société française à la fin du XIXe avec en toile de fond l’incendie meurtrier du Bazar de la Charité, à Paris, en 1897, suivi des Combattantes  (2022), centré sur le destin de quatre femmes durant les premiers mois de la Première Guerre mondiale, Été 36 complète avec brio la grande fresque historique de la Une.

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Présenté en compétition française à Séries Mania 2026, ce nouveau récit continue son exploration de la condition féminine au travers d’une intrigue ancrée en août 1936. Les accords Matignon, signés après des mois de grève et d’occupation d’usines qui ont paralysé l’ensemble du pays, ouvrent la voie à la rédaction des Conventions collectives et octroient 2 semaines de congés payés à tous les salariés français ayant travaillé une année entière au moins.

La France prolétarienne est en liesse. Des centaines de milliers d’ouvriers dont la plupart n’ont jamais quitté le quartier qui les a vus naître prennent la route vers la campagne, et plus encore vers la mer, villégiature privilégiée d’une classe bourgeoise qui voit arriver ces hordes de gens bruyants et heureux comme une entrave insupportable à leur quiétude et à leur sécurité.

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Été 36 ouvre sur une Promenade des Anglais bondée. On chante, on danse, on se tape sur l’épaule, on découvre cette Méditerranée de carte postale dont on a tant rêvé, les galets de la plage, les ruelles étroites, les pensions de famille. Dans ce maelström, quatre femmes de milieux différents vont se croiser autour du meurtre d’un procureur dans sa suite du palace niçois, Le Riviera. La bourgeoise Blanche (Julie de Bona), fille d’un capitaine d’industrie, sa sœur Eugénie (Sofia Essaïdi), mise au ban pour avoir épousé un ouvrier, la gouvernante de l’établissement, Giulia (Nolwenn Leroy), et Léonie (Constance Gay), toute juste reçue au concours d’auxiliaire de police, pourraient toutes lui avoir tranché la gorge.

La suite dira ce qu’il en est. Iris Bucher assume le parti pris du «whodunit», façon Agatha Christie. Un huis clos dont les deux premiers épisodes (sur six) offrent le spectacle d’un monde nouveau mais divisé, d’une époque légère et pourtant déjà assombrie par la montée du nazisme et d’une lutte des classes traversée par autant de récits d’émancipation féminines. L’opulence des intérieurs du palace et des costumes frappent d’emblée l’œil.


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Les rebondissements et les fausses pistes, qui émergent, sont bien menés. De quoi pardonner certains tics de mise en scène – comme cette manie de zoomer sur les personnages – et une vision des prolétaires et des bourgeois bourrée de clichés. Telle Miou-Miou, matriarche horrifiée à l’idée que sa petite-fille se compromette avec un titi parisien. Une touche d’humour pimente le tout. Comme tous les commissaires, François-Xavier Demaison n’est pas l’enquêteur le plus acéré de la maison. Mais il pourra compter sur la sagacité intrépide et facétieuse de Léonie : Constance Gay est la révélation de la saga, qui a reçu un tonnerre d’applaudissements.