Au cœur de l’Homme de Vitruve, un détail trouble les calculs depuis des siècles: les mesures collent mal au célèbre Nombre d’Or. Rory Mac Sweeney, chercheur, relit le dessin à la lumière des proportions réelles et des notes manuscrites de Léonard, et bouscule les certitudes. Sa piste, publiée en 2025 dans le Journal of Mathematics and the Arts, s’appuie sur une lecture plus spatiale de la géométrie de l’œuvre. Et si Léonard, passionné d’anatomie et de structures, avait pensé ces proportions en volumes plutôt qu’en simple surface?
Un dessin au cœur des mystères depuis 500 ans
L’Homme de Vitruve, ce célèbre dessin de Léonard de Vinci réalisé à la fin du 15e siècle, fascine toujours autant. Icône culturelle, il est associé à l’harmonie et à la perfection des proportions humaines. Ce n’est pas la première fois que son fondement mathématique fait débat. D’ailleurs, la force du dessin tient aussi au génie de Léonard, capable de mêler art, science et géométrie. On croyait connaître ses secrets, une nouvelle hypothèse vient bousculer les certitudes.
Quand le Nombre d’Or n’est plus la clé
Rory Mac Sweeney, un chercheur indépendant, a publié en 2025 une étude qui remet en cause la lecture classique. Jusqu’ici, l’ouvrage était largement lié au Nombre d’Or 1,618, censé incarner l’harmonie idéale. Mais selon lui, Léonard aurait utilisé une autre référence: le ratio tétraédrique, évalué à 1,633. En analysant les dimensions précises du dessin, il constate des écarts incompatibles avec 1,618. Léonard de Vinci aurait-il volontairement appliqué des principes plus complexes ?
C’est quoi ce ratio tétraédrique ?
Ce ratio, moins connu, renvoie à l’organisation naturelle de structures en 3D. Imaginez des balles de tennis empilées au plus serré, elles forment une petite pyramide à base triangulaire. On retrouve ce principe dans les cristaux de silicium, les diamants ou la géométrie des molécules d’eau. Selon Mac Sweeney, Léonard l’aurait intuitivement perçu bien avant sa formalisation, du coup il aurait adapté son tracé pour refléter des structures que l’on observe dans le monde vivant comme dans le minéral.
Les indices laissés par Léonard
Les annotations manuscrites de Léonard renforcent l’hypothèse. Il y précise qu’en écartant les jambes et en levant les bras, « l’espace entre les jambes forme un triangle équilatéral ». En recoupant ces instructions, Mac Sweeney obtient un rapport entre l’écartement des pieds et la hauteur du nombril compris entre 1,64 et 1,65, plus proche de 1,633 que de 1,618. Pour le coup, Léonard ne se limite pas à la géométrie plane, il explore déjà une logique tridimensionnelle, cohérente avec sa vision de la nature et de l’anatomie.
Un impact qui va au-delà du dessin
L’étude fait un parallèle avec le triangle de Bonwill, utilisé en biomécanique, un triangle équilatéral de 10 cm reliant les deux articulations de la mâchoire au point médian des incisives. Selon Mac Sweeney, Léonard avait saisi que le corps humain s’organise selon des structures proches de celles de la matière cristalline. En tout cas, cette lecture redonne de l’épaisseur à l’icône, et rappelle une évidence qui fait du bien: chez Léonard, l’art et la science ne jouaient pas à la courte paille, ils avançaient ensemble.
Sources : Rory Mac Sweeney’s study on the Vitruvian Man (Journal of Mathematics and the Arts, 2025) Triangle of Bonwill (William Bonwill, 1864)