Leah Linh, artiste plasticienne née en 2000 à Lausanne, se distingue par son approche unique qui mêle récits anciens et questionnements contemporains. Sa nouvelle exposition « Onania – Manifeste sculptural pour une luxure réappropriée » est à voir à la Galerie Humus jusqu’au 11 avril.

A travers divers médiums tels que la peinture, la sculpture et l’installation, Leah Linh, artiste lausannoise de 25 ans autodidacte et au parcours atypique explore les fractures de notre société. Intéressée par la philosophie et la littérature – elle a étudié le latin, le grec, la philosophie et les sciences politiques à l’université -, l’artiste a choisi, comme point de départ pour sa nouvelle exposition, »Onania – Manifeste sculptural pour une luxure réappropriée », un traité moral d’un pasteur lausannois du XVIIIe siècle.

En 1760, Jean-Philippe Dutoit-Membrini rédige « De l’onanisme: ou discours philosophique et moral sur la luxure artificielle et tous les crimes relatifs « , un texte qui condamne la masturbation féminine et qui valorise le contrôle du corps des femmes. L’exposition de Leah Linh interroge l’effacement historique du plaisir féminin dans la religion et la philosophie.

Des sextoys historiques Portrait de l'artiste Leah Linh pris à l'occasion de son exposition "ONANIA – Manifeste sculptural pour une luxure réappropriée " à la galerie HumuS (Lausanne) [Charlotte Aeb] Portrait de l’artiste Leah Linh pris à l’occasion de son exposition « ONANIA – Manifeste sculptural pour une luxure réappropriée  » à la galerie HumuS (Lausanne) [Charlotte Aeb]

L’exposition « Onania » est une contre-lecture audacieuse de ce traité moral. À travers ses sculptures en latex et silicone, Leah Linh joue avec des formes rappelant des sextoys historiques, comme une « main bénissante » ou des « pattes de poulet avec des faux ongles ». « J’ai beaucoup joué avec l’animalité dans ce projet », précise Leah Linh dans l’émission Vertigo du 12 mars.

L’artiste intègre également des éléments plus crus, comme une tête de porc avec un bâillon sexuel, en référence à Holopherne, un personnage issu du livre de Judith, dans l’Ancien Testament. Général de Nabuchodonosor II, Holopherne mène une campagne de conquête brutale, exigeant d’être honoré comme un dieu. Alors qu’il dort, ivre, après un banquet, Judith et une servante le décapitent puis exposent sa tête sur les remparts de la ville faisant fuir l’armée assyrienne. Extrêmement populaire dans l’art, l’histoire d’Holopherne représente un moment violent de triomphe féminin.

Si Leah Linh assume la référence, elle a également voulu sa tête de porc comme un clin d’oeil au mouvement #MeToo. Ses œuvres, à la fois ludiques et provocatrices, sont accompagnées de citations de l’ouvrage du pasteur lausannois. L’artiste fait ainsi résonner ses oeuvres contemporaines avec le passé: « C’est un puits d’inspiration complètement universel et libre. Et c’est ça que j’aime. »

Propos recueillis par Layla Shlonksy

Adaptation web: ld

« Onania – Manifeste sculptural pour une luxure réappropriée », Galerie Humus, Lausanne (VD), jusqu’au 11 avril 2026.