« L’hôtesse est un personnage qui vient de mon spectacle « Retour d’Algérie », un show un peu autobiographique se déroulant à l’aéroport de Zaventem. Dans « I Will Survive », le personnage a évolué avec son envie d’indépendance. Il revendique le fait d’être seul, de sortir des sentiers battus. Le spectacle critique le patriarcat et évoque la liberté. La chanson « I Will Survive » est intéressante parce qu’elle porte une mémoire collective. Ce tube des années 70 est encore très présent aujourd’hui. »

Et Mamie Georgette ? Le regard d’une « mamie » permet-il de dire des choses qu’on n’oserait pas autrement ?

« Ce spectacle est né pendant le Covid, une période où notre société a, d’une certaine manière, mis les seniors de côté. Ceux-ci ont toujours du mal à se retrouver dans ce monde où tout passe par les smartphones et les ordinateurs. J’ai déjà assisté à des situations assez dramatiques, dans des banques par exemple, où des personnes âgées se retrouvent démunies parce qu’il faut prendre rendez-vous en ligne. Le monde a changé, mais ces transformations peuvent être très violentes pour ceux qui ne maîtrisent pas ces outils. Mamie Georgette va, d’une certaine manière, prendre sa revanche sur la vie. Son mari est décédé, et elle devient une sorte de veuve joyeuse. Non pas qu’elle ne l’aimait pas, mais elle découvre un univers qui a évolué, notamment avec les droits des femmes, qui n’existaient pas lorsqu’elle s’est mariée. Elle touche aussi une assurance-vie et décide d’en profiter : elle voyage, devient impertinente. À travers elle, je parle aussi de son époque et de l’évolution de la place des femmes. Elle dit tout haut ce qu’elle pense ! »

Et, enfin, « Zidani et ta sœur ». Votre spectacle le plus libre ?

« Il parle de ce que j’appelle la « pensée sournoise », c’est-à-dire ces stéréotypes que nous véhiculons parfois inconsciemment : les Noirs dansent bien, nous avons de belles dents blanches, le Flamand est courageux et le Wallon paresseux… Ce sont des idées avec lesquelles on grandit, et contre lesquelles nous devons parfois lutter nous-mêmes. Ce one-woman-show a été créé en 1999 et, malheureusement, certaines thématiques restent toujours d’actualité en Belgique. J’y parle de la famille, de l’identité et des différences culturelles. »

Le regard que vous portez sur votre métier a changé avec les années ?

« Oui, clairement. Quand j’étais plus jeune, nous regardions « Zygomaticorama » et nous allions voir le festival de Rochefort. Il y avait des parrains, des marraines, une transmission. Aujourd’hui, avec internet, il règne parfois une sorte d’amnésie. Certains jeunes ne savent même pas qui est Élie Kakou. Sylvie Joly a presque disparu des mémoires. Raymond Devos revient un peu grâce à certaines émissions, mais beaucoup de jeunes ne connaissent plus forcément ces artistes. »

Une fois le costume rangé, quelle citoyenne belge êtes-vous ? Y a-t-il un sujet de société qui vous touche particulièrement ?

« La pauvreté me préoccupe. J’ai l’impression que certaines décisions politiques, censées améliorer les choses, risquent de les aggraver. J’y vois un manque de compréhension de la réalité du terrain. On pense en chiffres, alors que derrière, il y a des êtres humains. On appauvrit certaines choses, notamment la culture et l’enseignement, qui ne sont pas suffisamment considérés. Les déclarations de Georges-Louis Bouchez, par exemple, ou certaines railleries à l’égard des frères Dardenne et du ministère de la Culture me semblent révélatrices d’un problème. Pour moi, une société équilibrée est une société qui prend soin de sa jeunesse. On devrait accorder une attention particulière à l’enseignement, aux jeunes, et éviter de réduire les projets de société à des statistiques. »

Et si la Zidani citoyenne prenait le micro à la place de l’humoriste, qu’aurait-elle envie de dire aux dirigeants belges aujourd’hui ?

« Je les inviterais à venir à l’école, à passer du temps dans une classe avec un professeur, avec un artiste, pour voir concrètement quelles sont les réalités du terrain. Parce que j’ai l’impression qu’on va droit dans le mur. De plus en plus de gens vivent dans la rue. Et ce n’est pas toujours un problème d’argent. Parfois, c’est lié à la dépression. Du jour au lendemain, certains perdent leur travail, sombrent dans un état dépressif, et tout peut aller très vite. Après trois mois de loyers impayés, vous pouvez vous retrouver à la porte. »

Après Charleroi où elle a fait un carton, Zidani se produira notamment à Mouscron le 3 avril, à Amay le 4, à Liège du 22 au 26, à Wolubilis Bruxelles le 5 mai, à Ottignies le 20 et à Auderghem le 28.