📍 Vous pensiez chasser Pikachu ? Pokémon Go a secrètement aspiré vos données pour guider des robots livreurs. Un scandale mondial.

Ramus Ramus

Pokémon GO : quand un jeu devient une opération de data mining

L’essentiel en 3 points :

Pokémon Go enregistre votre position jusqu’à 13 fois par minute, utilisant intensivement le GPS de votre téléphone.

30 milliards d’images scannées ont servi à créer un GPS ultra-précis, revendu pour guider des robots industriels.

La branche jeu appartient à un fonds souverain saoudien, posant des questions sur la sécurité de votre vie privée.

Vous étiez fier de votre Dracaufeu niveau 40 ? Dommage qu’en l’attrapant, vous ayez offert les coordonnées GPS de votre salon à un fonds d’investissement.

Vous vous souvenez de l’été 2016 ? On courait tous dans les parcs, le nez collé à notre smartphone, pour attraper un pauvre Roucool virtuel. C’était beau. C’était l’insouciance. Sauf que voilà. Dix ans plus tard, la gueule de bois est rude.

En ce début 2026, la vérité a fini par éclater au grand jour : Pokémon Go n’a jamais été qu’un simple jeu. C’est en fait l’une des opérations de collecte de données géospatiales les plus flippantes de l’histoire du numérique. Et devinez qui a bossé gratuitement pour eux tout ce temps ? Nous.

Votre téléphone, ce mouchard de poche

Si vous pensiez que l’application se contentait de savoir vaguement dans quel quartier vous vous baladiez, asseyez-vous. Le jeu aspire pas moins de 16 types de données distinctes. C’est du même niveau d’intrusion qu’un Call of Duty Mobile. Mais ici, on a droit à un cocktail des plus… toxique : votre GPS en temps réel + votre caméra + votre gyroscope + vos déplacements physiques.

Il y a quelques années, une enquête de Kotaku de 2019 avait déjà mis les pieds dans le plat en épluchant les données RGPD de quelques joueurs. Le résultat donnait des sueurs froides. L’appli enregistrait en moyenne 1,5 coordonnée GPS par minute. Aux heures de pointe ? Ça montait jusqu’à 13 pings à la minute. Pour un seul joueur, ils ont retrouvé plus de 2 300 points de localisation stockés en à peine cinq jours. Votre domicile, votre bureau, vos restos préférés… tout y passe.

Et le truc dingue, c’est que le jeu continuait parfois à vous pister même quand l’appli était fermée. Niantic a osé plaider le « bug Android ». Ben voyons.

Franchement, avec quatre malheureux points GPS horodatés, n’importe quel algorithme peut vous identifier avec 99,98 % de précision. L’anonymat est une vaste blague. Et quand on fouille dans leur politique de confidentialité (mise à jour en mai 2025), c’est open bar. Vos données personnelles sont tranquillement classées comme un « actif de l’entreprise ». Pratique, quand on décide de revendre la boîte.

Du PokéStop au robot livreur de pizzas

On ne va pas se mentir, le modèle économique de Niantic n’a jamais reposé uniquement sur la vente de Pokéballs. Dès 2016, ils ont transformé vos pas en monnaie trébuchante avec les fameux « lieux sponsorisés ». Un McDo ou un Starbucks lâchait entre 15 et 50 centimes chaque fois que le jeu vous amenait physiquement devant leur caisse. Malin.

Mais la vraie douille, ce sont les scans AR introduits en 2020.

Le deal paraissait honnête : « Filme cette statue pendant 20 secondes et on te lâche une super récompense ». Des millions de joueurs l’ont fait. Le résultat ? Une base de données hallucinante de 30 milliards d’images du monde réel. En novembre 2024, le masque tombe. Niantic dévoile son Large Geospatial Model (LGM). Une intelligence artificielle spatiale monstrueuse, entraînée par… vos vidéos. Ce truc peut localiser un appareil au centimètre près.

La boucle s’est bouclée en mars 2026, quand Niantic Spatial a officialisé un partenariat avec Coco Robotics. C’est le MIT qui a découvert le pot aux roses. Ou le pot aux données, plutôt. Les vôtres, les nôtres. Vos scans de parcs publics servent littéralement aujourd’hui à faire naviguer des robots de livraison de pizzas dans les rues de Los Angeles ou d’Helsinki. Comme l’a lâché le boss de Coco avec un cynisme absolu : « Faire courir Pikachu et faire naviguer nos robots, c’est le même problème. » Vous pensiez être un Maître Pokémon ? Vous étiez juste un drone cartographe non rémunéré.

L’ombre de la CIA et les milliards saoudiens

Pour rajouter une petite couche dystopique à tout ça, regardons le casting. En 2025, la division « jeux » de Niantic a été vendue pour 3,5 milliards de dollars à Scopely. Le détail qui tue : racheté en 2023 pour la coquette somme de 5 milliards de dollars, Scopely appartient au fonds souverain d’Arabie Saoudite (PIF). Oui, le même État dont le bilan en matière de droits humains et de cybersurveillance fait frémir n’importe quelle ONG. Sympa l’ambiance.

Et si on gratte l’ADN de Niantic, on tombe sur son boss historique, John Hanke. Avant de vous faire lancer des baies Framby, le gars avait fondé Keyhole… une boîte financée par In-Q-Tel, le fonds d’investissement de la CIA (devenue plus tard Google Earth). Ça ne s’invente pas.

Aujourd’hui, Niantic a gardé la techno spatiale et son trésor de 30 milliards d’images, tandis que les données des joueurs (chez Scopely) continuent d’alimenter la bête en sous-marin. Une usine à gaz où plus personne ne sait vraiment qui contrôle quoi.

Pendant ce temps, en Europe, c’est silence radio. Aucune amende RGPD majeure n’a encore frappé le jeu. Le fameux AI Act européen finira peut-être par mettre son nez là-dedans d’ici l’été 2026, mais on n’y est pas encore. Le mal est fait.

Bref. La prochaine fois que vous croiserez un Ronflex en réalité augmentée, souvenez-vous que quelqu’un, quelque part, utilise vos yeux pour cartographier le monde. Si vous avez le courage (et deux minutes à perdre), envoyez un mail à privacy@nianticlabs.com pour réclamer vos données. Le fichier que vous recevrez risque de vous faire désinstaller l’appli illico.

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