L’antisémitisme existe, je l’ai rencontré…« Glissement vers la droite »

Selon Caroline Sägesser, chercheuse au Crisp (Centre de recherche et d’information socio-politiques), la tendance est toutefois claire. « Même en l’absence de statistiques, l’observation des élus, des candidats et des discours permet d’observer un glissement de la communauté vers la droite. Alors que le PS a été longtemps le parti plébiscité au sein de la communauté, aujourd’hui, la majorité de ses membres paraît plus proche du MR. »

La chercheuse identifie deux explications : « D’une part, l’ascension sociale d’une partie importante de la communauté juive. Ainsi, les Juifs ont quitté les quartiers populaires d’Anderlecht et de Schaerbeek, et sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux à habiter Uccle ou Waterloo. D’autre part, plus récemment, les positionnements des partis de gauche par rapport à l’État d’Israël leur ont aliéné une partie importante de la communauté juive. Et cela, que celle-ci soutienne la politique israélienne ou qu’elle estime simplement que la condamnation de cette dernière est excessive, voire qu’elle s’accompagne de la mobilisation d’antiennes antisémites. »

« Les positionnements des partis de gauche par rapport à l’État d’Israël leur ont aliéné une partie importante de la communauté juive. »

Un mouvement similaire s’observe à Anvers en faveur de la N-VA, bien que la communauté juive, traditionnellement plus religieuse, s’y montre moins engagée dans le jeu politique. « Une partie de la communauté vote désormais pour les nationalistes flamands – avec, comme chef de file, le député Michael Freilich (élu N-VA qui a récemment été accusé de faire du lobbying aux États-Unis afin d’influencer la politique belge à l’égard des circoncisions rituelles, NdlR), un phénomène qui aurait été relativement impensable il y a une ou de deux générations », ajoute Caroline Sägesser.

« Attaquer une synagogue, c’est chercher à toucher la communauté juive par la peur »« La haine se niche à gauche »

La crispation autour du dossier israélo-palestinien nourrit une critique récurrente adressée aux formations de gauche, accusées par certains de flirter avec l’antisionisme, voire avec l’antisémitisme. Si cette critique n’est pas partagée par tous les juifs, elle illustre néanmoins l’érosion de l’influence des partis progressistes. Joël Rubinfeld, le président de la Ligue belge contre l’antisémitisme, qui a aussi été brièvement vice-président du Parti populaire de Mischaël Modrikamen, a expliqué sur le site d’information 21News « qu’une large part de la haine antijuive la plus bruyante, la plus décomplexée, la plus socialement légitimée, se niche à gauche, à l’extrême gauche, dans certains milieux universitaires, culturels et médiatiques ».

Sur Radio Judaïca, début mars, Yves Oschinsky, le président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), s’est également livré à des commentaires politiques révélateurs lors d’un débat sur la chaîne communautaire : « Dans l’Arizona, les deux poids lourds de la coalition (la N-VA et le MR) sont parfaitement bienveillants à l’égard de la communauté juive et, parfois, à l’égard d’Israël. Le Premier ministre et le MR ont fort à faire avec le CD & V et Vooruit, et n’ont pas la chose facile face aux Engagés. Mais nous avons reçu personnellement des engagements forts à l’égard de notre communauté et à l’égard de la lutte contre l’antisémitisme. »

Contacté par La Libre, Yves Oschinsky prolonge son raisonnement : « À l’occasion des deux séquences électorales de 2024, on a vu que, pour certains partis, montrer une proximité ou une empathie visible avec la communauté juive brouillait leur message communautariste (adressé à l’électorat musulman, NdlR). Du côté francophone, le MR et Défi sont les deux seuls à donner des signaux positifs à notre communauté. »

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« Dans l’Arizona, les deux poids lourds de la coalition (la N-VA et le MR) sont parfaitement bienveillants à l’égard de la communauté juive et, parfois, à l’égard d’Israël. Le Premier ministre et le MR ont fort à faire avec le CD&V et Vooruit, et n’ont pas la chose facile face aux Engagés. Mais nous avons reçu personnellement des engagements forts à l’égard de notre communauté et à l’égard de la lutte contre l’antisémitisme. »

D’autres points de vue existent. Philippe Markiewicz, président du Consistoire central israélite de Belgique, organe qui représente la communauté juive auprès des autorités, nuance cette lecture. « La décision prise par le ministre de l’Intérieur (Bernard Quintin, MR) et par le ministre de la Défense (Theo Francken, N-VA) à l’égard de la présence militaire est très appréciée. Leur attitude est très positive. Mais nous avons d’excellentes relations avec tous les partis démocratiques. Par exemple, avec la ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD & V) ou encore avec le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, qui est PS. »

De nombreuses réactions après l’explosion devant une synagogue à Liège : un « acte extrêmement violent d’antisémitisme », « abject », « inacceptable »Le MR, plus solidaire ?

Enfin, pour Corentin de Salle, directeur du Centre Jean Gol – le service d’études du MR – les libéraux sont appréciés par la communauté juive car ils affichent plus nettement que d’autres leur solidarité face aux menaces qui pèsent sur elle. « Philosophiquement, le MR n’a pas la même conception de la justice que la gauche, en tout cas sur le plan international, ajoute-t-il. Pour la gauche, il s’agit de prendre parti systématiquement pour le faible, même s’il est à l’origine de la violence, contre le fort. Je parle du dossier israélo-palestinien, évidemment. »