Après plusieurs années de chômage, le CPAS le remet en selle via un article 60 : « j’ai travaillé comme jardinier aux Jardins de Choiseul. » Il enchaîne ensuite avec un emploi en call center, interrompu par un désaccord contractuel. Retour à la case départ.
Six mois plus tard, il entame une formation Forem en menuiserie, un métier en pénurie. « C’est ce que j’avais envie de faire depuis plusieurs années, mais il y avait une liste d’attente. Je ne savais pas encore que ça repousserait l’échéance de mon exclusion. Je ne l’ai appris qu’en février, deux mois après la fin. » Nathanaël sera exclu du chômage en décembre 2026.
Depuis la fin de sa formation, il cherche activement du travail : « Je ne compte plus les CV transmis… Hier encore, j’en ai envoyé sept ou huit. » Et trouver un emploi en menuiserie, Nathanaël a arrêté d’y croire. « On me dit toujours : « vous manquez d’expérience ». On n’a pas été formés à ce que les entreprises demandent. Nous n’avons pas vu la menuiserie d’intérieur. Nous n’avons posé qu’un châssis et une porte. » Après sa formation, Nathanaël a eu le sentiment d’avoir « été lâché dans la nature ». « On ne m’a rien expliqué sur les avantages APE, les PFI, les démarches… »
Aujourd’hui, la priorité de Nathanaël est de trouver un travail : « Dans l’administratif ou jardinier, peut-être. Je tente tout ce que je peux. Ma formation n’a pas servi à grand-chose. » Malgré les efforts, les réponses se font rares. « Après tous ces CV envoyés, je n’ai parlé qu’à trois personnes, et aucun n’a pris la peine de me rencontrer. C’est démoralisant, tu as l’impression que tu ne vaux rien. Si au moins les refus étaient motivés… »
Nathanaël le sait, l’un de ses freins à l’emploi c’est la mobilité, il ne conduit pas. « On m’a proposé une fois de travailler en Flandre, pour une entreprise basée à Mouscron, mais le trajet, de plus d’une heure, était particulièrement compliqué étant donné le manque de liaison entre les De Lijn et les Tec. » Le Tournaisien, souhaitant plus que jamais travailler, a élargi ses recherches au Hainaut et à Bruxelles, « ce n’est qu’à une heure de train. »
Saïd
À 36 ans, Saïd, était sur le point de perdre espoir. Aujourd’hui, il suit une formation dans ce qui lui plaît : la mécanique vélo. En réalité, il n’a pas été sélectionné pour cette formation précise, mais pour une autre en « valorisation ». Celle-ci l’a finalement reconduit dans l’atelier vélo de Tournai, un vrai retour à ses premiers amours. « Depuis que j’ai réalisé un article 60 en mécanique vélo en 2021, je sais ce que je veux faire dans la vie, j’ai trouvé ma voie », affirme-t-il avec assurance.
Saïd est éducateur de formation, « mais ça n’a jamais fonctionné. » Après le décès de son père, ce passionné de vélo confie avoir dû se consacrer à sa famille, à sa maman. Depuis la fin de ce contrat en article 60, Saïd n’attend qu’une chose : travailler dans le domaine qu’il aime tant. « Je pense que j’ai postulé dans tous les magasins du Hainaut, à chaque fois j’ai essuyé un refus, sans savoir réellement pourquoi. » Saïd raconte avoir pourtant été aidé d’un « job coach » et avoir aussi fait du bénévolat en attendant une réponse positive. « Je me suis même procuré mes propres outils. Je suis allé chez Azimut pour me lancer comme indépendant, et on m’a découragé. J’ai ensuite testé l’IFAPME où ils ont dû me rembourser mon inscription : personne ne voulait d’un stagiaire IFAPME. »
Depuis qu’il suit sa formation organisée par la ressourcerie le Carré, en collaboration avec le Forem, Saïd a retrouvé espoir. « Cela relève du miracle ce que la formatrice a fait pour moi. Elle m’a redonné foi et envie. Avant d’intégrer la formation, j’en étais au point d’avoir des idées noires. Je sais qu’à la fin de ma formation, je serai radié du chômage, mais je pourrai m’inscrire au CPAS où je pourrai refaire un article 60 pour travailler à l’atelier vélo. Cela me permettra de davantage me former pour réaliser mon rêve : créer un établissement qui recréerait du lien entre les gens, où ils pourraient s’échanger les services ou des biens, comme la mécanique vélo. On pourrait également apprendre à chacun à réparer plutôt que jeter. Cette formation de la valoriste a tout son sens pour mon projet. »
Saïd continue toutefois de chercher un emploi pendant son stage, encadré par les formatrices. Il perdra ses droits aux allocations de chômage au mois de juin.