Le succès fulgurant de Pokémon Go, en 2016, mis à profit pour nourrir l’intelligence artificielle spatiale. Selon la MIT Technology Review, la société américaine Niantic — qui a créé le jeu — a utilisé près de 30 milliards d’images collectées auprès de joueurs du monde entier pour créer une gigantesque carte du monde en réalité augmentée.
Depuis dix ans, les millions de joueurs qui ont arpenté les rues de leur ville smartphone en main, en quête de créatures apparaissant sur leur écran, ont alimenté cette base de numérisations 3D du monde réel. Des clichés de monuments, coins de rue et autres chemins escarpés ont ainsi été photographiés par les joueurs sous différents angles, à des heures diverses et sous plusieurs conditions météorologiques. Une vraie mine d’or.
« Nous disposions de plus d’un million de points de localisation à travers le monde, ce qui nous permet de vous localiser avec précision. Nous savons où vous vous trouvez à quelques centimètres près et, surtout, où vous regardez », résume Brian McClendon, directeur technique de Niantic Spatial, la filiale de l’entreprise dédiée à l’IA.
Robots livreurs
Une technologie ultra-précise que Niantic commercialise désormais pour aider les robots autonomes à se déplacer en milieu urbain, où les signaux GPS sont souvent faibles à cause des interférences radios. L’entreprise a déjà noué un partenariat avec Coco Robotics, une start-up américaine soutenue par Sam Altman qui déploie quelque 1 000 robots de livraison dans plusieurs villes américaines et européennes.
« Nous effectuons des livraisons dans de nombreuses zones denses, avec des immeubles, des passages souterrains et des autoroutes, et c’est précisément dans ces zones que le GPS ne fonctionne quasiment jamais », explique Zach Rash, PDG de Coco Robotics. Équipés de quatre caméras, les robots se déplaceront en comparant leur vision avec les images et métadonnées collectées par les joueurs.
Jusque-là, la flotte de robots était pilotée à distance par des employés. Ce partenariat n’est qu’une première étape dans la volonté de développement de Niantic, assure John Hanke, PDG de Niantic Spatial. L’entreprise ambitionne de construire une « carte vivante » de la planète, continuellement mise à jour par les déplacements des robots. « Cette ère est celle de la création de descriptions utiles du monde, compréhensibles par les machines », justifie-t-il auprès de la revue spécialisée.
Des données collectées à l’insu des joueurs ?
Depuis l’annonce, les critiques fusent parmi les utilisateurs du jeu, dont une frange estime s’être fait voler des données personnelles sans consentement. Ce qui n’est pas vrai, puisque Niantic indique dans ses conditions générales que les images et métadonnées collectées serviront à « la fourniture, le développement et la valorisation des services, produits et technologies des sous-licenciés et cessionnaires de Niantic ».
De plus, si Pokémon Go utilise la réalité augmentée depuis son lancement, la fonction de cartographie dédiée (celle qui permet d’entraîner les robots livreurs) n’a été introduite qu’en 2020. Elle permet au joueur qui se déplace de scanner l’environnement qui l’entoure, enregistrant des données visuelles. Mais ce paramètre, qui n’est accessible qu’au niveau 20 du jeu, n’est pas automatiquement activé. Les joueurs, qui sont prévenus que leurs données seront réutilisées, peuvent refuser cette fonction.
Lancé en 2016 par Niantic en collaboration avec Nintendo, Pokémon Go est un jeu mobile en réalité augmentée qui invite les joueurs à capturer des Pokémon en se déplaçant dans le monde réel. Basé sur la géolocalisation, le titre transforme rues, parcs et monuments en terrains de jeu interactifs. Phénomène mondial à son lancement, l’engouement est depuis retombé même si le jeu conserve une communauté active.