L’opinion publique norvégienne mécontente
Il faut dire que la presse du pays, qui s’était jadis attendrie devant l’ascension fulgurante de cette roturière et mère célibataire, n’est pas tendre à l’égard de la princesse, certains titres appelant au divorce du couple héritier. Quant à l’opinion publique, 44 % de la population norvégienne estime que Mette-Marit ne peut pas devenir reine après un tel scandale.
Sous le feu des critiques, la princesse avait présenté en février des excuses à la population ainsi qu’au roi Harald et à la reine Sonja. Vendredi dernier, elle a expliqué lors d’un entretien avec la télévision publique « avoir été manipulée et trompée » par Epstein, avec lequel elle a entretenu une correspondance régulière et parfois intime entre 2011 et 2014. Le prince Haakon a également pris la parole pour confirmer que l’amitié de son épouse avec le criminel n’était pas un secret pour lui.
Albert II et Harald V, cousins germains
Le timing de cette sortie médiatique n’a rien d’un hasard : la famille royale norvégienne doit impérativement redorer son image. C’est d’autant plus vrai et urgent qu’elle s’apprête à être ultra exposée ces trois prochains jours avec la venue du couple royal belge. Les deux familles se connaissent bien, très bien. Il se dit même qu’après la famille grand-ducale luxembourgeoise, la famille royale norvégienne est celle dont la famille royale de Belgique est la plus proche.
Il y a d’abord un lien de sang : Albert II et Harald V sont cousins germains. Leurs mères respectives, la reine Astrid de Belgique (née princesse de Suède) et Martha de Norvège, épouse du roi Olav, étaient sœurs. Durant leur enfance, Albert et Harald ont eu des contacts réguliers. Ils sont devenus rois pratiquement au même moment et sont de la même génération. Le roi Harald, aujourd’hui âgé de 89 ans, est considéré comme le doyen des souverains en Europe. Vu sa santé devenue fragile, c’est son fils Haakon qui le représente dans bon nombre d’événements officiels. Ce sera aussi le cas ces prochains jours.
Gaz, captation de CO2 et batteries de missiles sol-air
Cette visite d’État s’inscrit dans le prolongement de la mission économique belge menée il y a deux ans par la princesse Astrid. Pour faire clair, le gaz naturel norvégien intéresse beaucoup notre pays. Et, faut-il le souligner, le contexte géopolitique du moment – avec le conflit au Moyen-Orient – ne fait que renforcer nos intérêts en la matière. Grâce à ses ports, notamment au terminal de Zeebrugge, la Belgique constitue une porte d’entrée indispensable à la distribution du gaz norvégien vers le continent européen. En exploitant davantage ce potentiel, la Belgique et la Norvège peuvent renforcer la résilience d’un marché énergétique européen sous pression.
Un volet important de cette visite d’État sera ainsi consacré à l’énergie (gaz donc, projet de captation de CO2 à Stavanger, dans le sud du pays) et à la transition environnementale dans laquelle nos entreprises investissent massivement. Le couple royal visitera notamment « Norse Wind », le tout nouveau navire d’installation d’éoliennes offshore en mer du Nord acquis en 2025 par le fleuron industriel belge Deme.
L’autre grand volet de ce déplacement royal sera consacré à la défense et à la sécurité. La Norvège, pays fondateur et allié au sein de l’Otan, a acquis depuis l’invasion de l’Ukraine de nouveaux armements et produits notamment le système de défense antiaérien Nasams (Norwegian advanced surface to air missile system) conçu par la société Kongsberg. Avec les Pays-Bas, la Belgique doit acquérir dix de ces batteries de missiles sol-air. La première d’entre elles est attendue l’an prochain. Le couple royal assistera à une démonstration en compagnie du ministre belge des Affaires étrangères Maxime Prévot (Les Engagés) et du ministre belge de la Défense Theo Francken (N-VA) qui rejoindra pour sa part la délégation jeudi. À noter que les cinq ministres-Présidents (Diependaele, Dolimont, Dilliès, Degryse et Paasch) seront également du voyage.
La délégation visitera le Centre Nobel pour la Paix
Enfin, l’accent sera mis sur l’engagement commun de la Belgique et de la Norvège pour le droit international et la protection des civils dans les conflits armés. Le royaume scandinave abrite l’académie Nobel et son illustre prix de la Paix. La délégation belge, composée d’une trentaine d’entreprises et de recteurs d’université, visitera le Centre Nobel pour la Paix.
Comme le veut le protocole pour ce genre de visite d’État, le roi Harald V et la reine Sonja offriront mardi soir un banquet à la délégation officielle belge tandis que le soir suivant, mercredi, c’est le couple royal belge qui honorera ses hôtes par un concert au cours duquel se produiront trois artistes de la Chapelle musicale Reine Elisabeth : Valère Burnon (piano), Stéphanie Huang (violoncelle) et Emmanuel Coppey (violon).
Cette visite d’État belge en Norvège est la première depuis une génération. La dernière de ce genre remonte en effet à 1997, lorsque le roi Albert II et la reine Paola avaient rendu visite à leurs cousins du Nord. D’autres visites royales officielles ont eu lieu dans l’intervalle, notamment en avril 2014 lorsque le roi Philippe et la reine Mathilde se sont rendus à Oslo le temps d’une journée… Mais il ne s’agissait pas là d’une visite d’État.