« La violence, ça ne me parle pas »
Il avait alors déclaré : « Ne me demandez pas de haïr, je préférerais mourir ». Le répète-t-il aujourd’hui ? « Mais oui. C’est ma manière de voir depuis toujours. Quel est le sens de la vie si c’est pour être dans la haine ? Cela ne me convient pas. Ça ne me permet pas de m’épanouir, d’être heureux. Ça ne me nourrit en rien. Ça ne peut pas correspondre au Mohamed que vous avez devant vous ». Il rigole : « Pas d’idéalisation hein ! je ne suis pas un saint. Je peux me mettre en colère ».
À travers ce livre, Mohamed El Bachiri réaffirme le sens premier de la notion du jihad -une lutte pour la paix et la fraternité- et dénonce les dévoiements de l’acception guerrière. On ne doit pas suivre littéralement les textes écrits au VIIe siècle, soutient-il. « Dans le Coran, quand il y a quelque chose qui ne va pas dans le sens de mes valeurs, je suis la mesure. Ce n’est pas le texte, c’est moi. Il faut que ce soit aligné avec mon cœur. La violence, ça ne me parle absolument pas. »
Après les bombes, les factures : la double peine des victimes du 22 marsBeaucoup d’interventions auprès des jeunes
Fasciné par l’histoire et la philosophie, Mohamed El Bachiri intervient beaucoup dans les écoles, auprès des jeunes. « C’est là où je me sens le plus important », confie-t-il. Il essaie de faire passer le message qu’on peut tous se comprendre pouvu qu’on communique. « Si j’aime m’adresser à eux, c’est pour nourrir l’empathie, le fait de se voir en l’autre. Je leur mets ça bien dans la tête. Tu es musulman ? Tu es chrétien ? Peu importe. Tu n’as pas choisi. Tu aurais très bien pu naître dans une autre famille, une autre culture. Tu aurais pu être l’autre, comme l’autre aurait pu être toi. À partir de là, ne fais pas à l’autre ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse. »
La question de l’homosexualité peut aussi être abordée avec les jeunes par le biais de l’empathie, poursuit-il. « Tu as choisi d’être hétéro ? Non ! Un homo n’a pas non plus choisi de l’être. Est-ce que, dans son cas, tu aurais aimé qu’on te chambre, ou qu’on t’exclue ? Non ! »
« On ne va pas continuer à s’excuser d’être molenbeekois »
Les jeunes sont très réceptifs ; ils ont une prédisposition à l’ouverture, témoigne-t-il.
« Je leur explique que si ce qu’on leur dit de faire inflige de la souffrance, c’est qu’il y a un problème, c’est qu’on n’est pas dans le vrai. Mon humanité est plus sacrée que les injonctions faites au nom du religieux qui pourraient faire mal aux autres. Pour moi, cette quête d’humanité et cette liberté de conscience sont essentielles. »