Thema Radiologie : Vous avez été élu, le 19 Mars 2026,
à l’occasion du Conseil d’Administration de la Fédération Nationale des
Médecins Radiologues (FNMR), Président de cette institution en remplacement du
Dr Jean-Philippe Masson. Comment abordez-vous cette nouvelle période de votre
parcours ?
Dr Éric Chavigny : Je l’aborde comme une prise de
fonction en douceur, puisque j’étais déjà vice-Président dans le Bureau
précédent. Voilà une vingtaine d’année que j’exerce des responsabilités à la FNMR,
en tant que Président départemental, puis Président régional FNMR de
Nouvelle-Aquitaine et également Président du G4 régional. C’est donc la suite
logique de mon parcours. J’ai été élu avec environ 70% des voix, ce qui assure,
en plus, ma légitimité. Mais au-delà du titre, l’important pour moi n’est pas d’avoir
un titre honorifique, mais de me situer dans l’action pour faire évoluer notre profession.
« Nous devons prouver aux tutelles que l’imagerie doit
rtester au centre du processus et ne représente pas qu’une dépense »
T.R. : Quels sont justement les axes principaux de l’action
que vous souhaitez mener durant votre mandat ?
Dr É.C. : Dans la lignée de ce que nous avons engagé
depuis plusieurs années, l’objectif principal de la FNMR est de donner les
moyens à la radiologie française de gérer les besoins liés au vieillissement de
la population et à la montée des maladies chroniques. Cela passe par la
prévention et le dépistage notamment. Si le système de Santé n’est pas en
mesure de favoriser des diagnostics précoces, il n’y aura, à terme, plus assez
de médecins pour prendre en charge des pathologies qui auront évolué faute de
ne pas las avoir diagnostiquées assez tôt.
Nous devons donc prouver aux organismes de tutelle que l’imagerie
doit rester au centre du processus et qu’elle ne représente pas qu’une dépense,
comme on l’entend trop souvent alors qu’elle ne couvre que 3 à 4% des dépenses
globales de Santé, mais bien un investissement sur l’avenir.
T.R. : Quels sont, selon vous aujourd’hui, les domaines
dans lesquels la radiologie peut apporter les meilleurs résultats en termes de
prévention ?
Dr É.C. : Les apports du dépistage du cancer du sein
par mammographie et, à l’étranger, du cancer du poumon par tomodensitométrie
(TDM) low dose sont de notoriété publique. Mais l’on peut y ajouter les
nombreuses procédures d‘imagerie interventionnelle, qui permettent d’éviter des
hospitalisations lourdes, ou l’évaluation des scores calciques par TDM pour prévenir
les maladies cardiovasculaires, notamment. Ce que nous devons faire comprendre
à l’Assurance Maladie, c’est qu’une journée d’hospitalisation coûte entre 900
et 1 200 € alors qu’une TDM ne mobilise qu’une centaine d’euros. Sans compter
les arrêts maladie qui se prolongent car les patients sont en attente d’examen.
Nous sommes en relation avec les syndicats catégoriels avec qui nous allons
revenir vers l’Union des Caisses Nationales d’Assurance Maladie (UNCAM) pour
rediscuter de tout cela.
« J’espère que nous parviendrons à un accord avec l’UNCAM
avant le mois de juillet »
T.R. : Les relations de la FNMR avec l’UNCAM ou la Caisse
Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) sont tendues depuis les baisses tarifaires
de la rentrée 2025, avec, rappelons-le, une grève des professionnels du secteur
en octobre. Le contact est-il rétabli depuis ?
Dr É.C. : J’ai
repris contact avec Thomas Fatôme, le Président de la CNAM et je lui ai envoyé
un courrier pour reprendre les discussions en compagnie des syndicats médicaux.
Nous allons nous revoir bientôt, avec le bureau de Jean-Philippe Masson – je prends
mes fonctions de Président le 20 juin 2026 -, et j’espère que nous parviendrons
à un accord avant le mois de juillet, date effective des baisses tarifaires
décidées l’année dernière. Ce sont des gens intelligents, je suis donc confiant
sur le fait qu’ils comprennent que leur politique ne peut pas fonctionner à
long terme.
T.R. : Vous avez un autre cheval de bataille, qui vous
tient particulièrement à cœur, à savoir le Projet d’Imagerie Médicale
Ambulatoire de Proximité (PIMAP). Pouvez-vous nous décrire ce projet ?
Dr É.C. : Il s’agit d’une expérimentation que nous
menons avec l’Agence Régionale de Santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine qui
consiste à faciliter l’installation, dans un cabinet de radiologie rural ou situé
dans un désert médical, d’une modalité d’imagerie en coupe qui serait financée
par l’activité de cette modalité. L’idée est évidemment de permettre aux
patients de ces territoires sous-dotés d’accéder à des technologies d’imagerie
avancées ; sans qu’ils aient à effectuer de longs déplacements, et ainsi de
compléter le maillage territorial. Il s’agit, je pense d’un outil d’efficience
important car il est susceptible de générer beaucoup d’économies indirectes. Notre
évaluation montre que, si l’on crée deux PIMAP par département, on peut espérer
faire faire des économies de l’ordre de 900 millions d’euros par an au système
de Santé. Le problème aujourd’hui, ce sont les baisses tarifaires qui en
atténueraient l’efficacité.
« Nous souhaitons adopter une posture d’ouverture tout
en restant fermes sur nos positions »
T.R. : Pour revenir sur la politique générale de la
FNMR, le nouveau bureau est-il différent, dans sa composition, du précédent ?
Dr É.C. : Il y a eu en effet beaucoup de changements.
Nous avons gardé quelques membres expérimentés et influents dans ce nouveau
bureau, mais beaucoup de têtes ont changé. Nous souhaitons adopter une posture
d’ouverture, tout en restant fermes sur nos positions. C’est la raison pour
laquelle nous retournons discuter avec l’UNCAM et la CNAM, mais ces
institutions doivent comprendre que leurs missions ne sont pas de calculer les
marges que pratiquent les cabinets de radiologie, sans prendre en compte les
investissements réalisés dans le plateau technique, les salaires des personnels,
les actions d’entreprenariat, etc.
Elles devraient, à la place, s’occuper de donner les moyens
au système de Santé d’assurer une bonne prévention pour tous. De peur que le
dépistage du cancer du poumon par TDM low dose ne coûte trop cher, ou ne cible
pas les bonnes personnes, les tutelles nous ont embarqués dans une nouvelle
étude de faisabilité, alors que ce dépistage existe aux USA depuis des années
avec une efficacité significative. Nous perdons trop de temps sur l’international
et nous n’avons pas les moyens d’attendre.
« Je suis prêt à ce que nous nous mettions autour d’une
table avec l’AFPPE »
T.R. : Pour finir, revenons, si vous le voulez bien,
sur les relations entre la FNMR et la représentativité des MERM, notamment l’AFPPE.
Le Dr Masson avait eu des mots très durs envers cette association il y a
quelques années et le dialogue est, depuis, rompu. Quelle est votre position
sur ce point ?
Dr É.C. : J’ai dit précédemment que je prônais l’ouverture,
je vais la mettre en pratique avec nos partenaires MERM et rouvrir les
discussions. Ma position est celle de quelqu’un qui voit une grave pénurie pour
cette profession, avec, en perspective, des départs en retraite, des plateaux
techniques qui ne couvrent pas les besoins des populations et qui devront, à l’instar
de ce qui se passe en Allemagne, se développer encore. Nous avons besoin de
MERM à nos côtés pour assurer la continuité et donc en former en plus grand
nombre. La télémanipulation rend peut-être des services ponctuels, mais ce n’est
pas l’essentiel.
T.R. : Les chiffres donnés par le Conseil National des
MERM (CNPMEM) évoquent pourtant des tendances de départs en retraite à la
baisse et surtout un nombre d’étudiants en progression de 40% du fait de l’ouverture
de nouveaux instituts de formation et de l’augmentation du nombre d’étudiants
dans les instituts déjà en place…
Dr É.C. : Ce sont des données que je n’avais pas, c’est
une bonne nouvelle et qui doit tout de même être validée par les tutelles, ce
qui n’est pas, je crois, chose aisée. Toujours est-il que la FNMR a déjà
communiqué, ces dernières années auprès des jeunes, pour faire connaître le
métier et je suis tout à fait disposé à coopérer avec l’AFPPE sur ce point, par
exemple sur des campagnes croisées, et sur d’autres sujets.
Je sais que les MERM aspirent à faire évoluer leurs missions
mais il faut d’abord que nous répondions ensemble aux besoins de la population.
Je suis prêt à ce que nous nous mettions autour d’une table et que nous
abordions l’ensemble des thématiques que nous avons en commun. Je viens du
monde du rugby et le concept d’équipe m’accompagne au quotidien. Je considère
que toutes les différences que l’on peut trouver dans une équipe apportent de
la complémentarité…