Pour vous, la fête foraine, c’est une métaphore de la vie, avec sa grande roue qui tourne, ses hauts et ses bas ?
Oui. C’est le parcours d’un gars ordinaire. Un mec qui ne s’invente pas une vie et se satisfait de ce qu’il a. Pour moi, cette fête foraine, c’est une prise de conscience que finalement l’existence est plutôt sympa.
Vous estimez avoir une vie « normale » ?
C’est une existence ordinaire, avec des moments extraordinaires que je peux connaître quand je prends la route et que je fais la fête avec des salles pleines. Mais ces instants particuliers, ce n’est pas ce qui résume ma vie. Parce que 80 % de mon temps, je suis à la maison. Je suis un père de famille et j’ai un quotidien relativement usuel. J’accompagne mes enfants à l’école, je suis avec ma compagne. En tout cas, c’est vraiment ce que j’avais envie de dire : il n’y a rien de fou dans mon existence.


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Vous dites d’ailleurs : « Ma vie, je l’aime quand même, même s’il n’y a rien d’extraordinaire »…
Oui, c’est ça. C’est arriver à se contenter de ce que l’on a. Pendant des années, j’ai souvent eu la bougeotte, l’envie d’aller voir ailleurs en pensant que l’herbe était plus verte. Et à un moment donné – c’est peut-être l’âge qui fait ça –, j’arrive à me satisfaire de ce que j’ai, et j’ai énormément de gratitude pour l’existence que je mène.
Cet album est une vraie mise à nu ?
Plus ça va, plus j’arrive à écrire sur les choses simples. C’est l’album le plus intime que j’aie jamais fait, le plus introspectif. Avec le temps, j’arrive à être plus proche de ce que je suis et de ce que je ressens. Dans le processus d’écriture, j’ai toujours ce besoin viscéral de déclencher mes textes, de trouver les thèmes. Et ensuite je fais appel à Paul Ecole, qui est mon acolyte depuis une dizaine d’années et avec qui j’écris. Lui, c’est une sacrée plume. Il rentre dans ma tête et moi dans la sienne.
L’amour est omniprésent sur ce nouvel opus. Il y a la chanson « La Lune », qui est un hommage à votre maman…
C’est une ode à ma mère, mais aussi à toutes les mamans, pour leur force, leur courage, leur amour. Cet amour inconditionnel, même quand tout vacille. Je trouvais jolie cette métaphore avec la Lune, parce que la Lune est toujours présente, elle n’est jamais bien loin. Et je crois qu’une mère, c’est vraiment ça.
Avec cette chanson, vous exprimez des choses que vous ne lui aviez jamais dites ?
Oui. Dire « je t’aime » à ma mère entre quatre yeux, je ne l’ai jamais fait. Je viens d’une famille où l’amour se vit mais ne se formule pas forcément, par pudeur. La musique, mon métier, me permet d’exprimer ce que je ne dis pas au quotidien. J’ai la chance que ma mère soit toujours là, qu’elle soit en pleine forme. J’avais envie de lui dire certaines choses. Sa réaction en entendant la chanson a été très émouvante.


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Il y a la même pudeur entre vous et vos deux enfants, Jules, 18 ans, et Marcel, 12 ans ?
Je crois que ça évolue avec les générations. Mes enfants, je leur dis ouvertement que je les aime. Mon père ne me l’a jamais dit, c’était quelque chose qui ne se faisait pas forcément à l’époque.
Il y a aussi le morceau « Une star », dédié à votre épouse, Nadège, qui partage votre vie depuis vingt ans. Vous y chantez : « Ma femme est belle, c’est une star, elle brille dans mon regard. » C’est une sacrée déclaration !
Je parle ainsi de ma femme parce que je pense souvent que c’est elle qui mérite les applaudissements. C’est elle qui me voit dans l’ombre. C’est elle qui me porte depuis vingt ans. Même quand je perds confiance, quand je doute de moi pour écrire, elle me remet dans le droit chemin. Dans les refrains, je la mets en lumière, mais les couplets racontent aussi mes moments de doute, quand je pose un genou à terre.
Quel est le secret de la longévité de votre couple ?
Le fait qu’il y a des périodes où je suis absent car j’enregistre un album ou que je suis en tournée. Elle est contente quand je m’en vais, parce que ça nous fait du bien. On s’aère un peu, et c’est pour mieux se retrouver ensuite.
Dans « Adieu mon amour », vous exprimez la peur de l’abandon. C’est surprenant !
C’est quelque chose que j’ai toujours eu et qui peut même me rendre un peu parano. L’abandon, je crois qu’on a tous ça dans un coin de la tête. Tomber amoureux, c’est lâcher prise complètement, s’oublier, s’abandonner. Et imaginer l’abandon, ça peut faire flipper. C’est de moi que je parle dans cette chanson. Vingt ans de vie commune avec ma femme. C’était une manière, encore une fois, de lui dire que je l’aime. Et puis j’ai ce profond désir de vieillir avec les gens que j’aime. J’ai toujours mes trois amis d’enfance. Il y a quelque chose de fort, de profond, dans le fait de faire durer les choses. Je déteste la fin des choses : la fin d’un week-end, la fin de Noël quand il faut ranger les cartons, la fin d’un concert quand la lumière s’éteint et que j’ai le sentiment de m’éteindre avec elle.
Toutes ces choses que vous exprimez dans l’album, c’est lié au passage du cap de la cinquantaine, que vous avez franchi l’an passé ?
J’ai beaucoup appréhendé mes 50 ans. Et puis ils sont arrivés, et finalement je les ai plutôt bien vécus, justement parce que je me suis retrouvé avec les gens que j’aime. Il n’y avait pas la foule, mais il y avait une quinzaine de personnes, avec mes fils et ma femme au milieu. C’était une jolie soirée. Je suis un éternel gamin, mais les 50 ans, c’est vrai que c’est un âge qui bouscule. C’est la prise de conscience que les choses ne sont pas éternelles. Ce n’est pas innocent si sur cet album j’ai eu cette envie de parler de ma mère, de lui dire que je l’aime, ou d’écrire sur ma femme.
En concert à Forest National le 21 novembre 2026 (sold out) et le 23 janvier 2027. Aux Solidarités le 6 septembre.