Le taux belge à 10 ans grimpe à un sommet inédit depuis 14 ans: quelles conséquences ?Des projections déjà dépassées
Dans le budget 2026, le gouvernement fédéral s’était engagé à réaliser une économie annuelle de 9,2 milliards d’euros d’ici 2029. Ce qui, pour le ministre du Budget Vincent Van Peteghem (CD & V), limiterait le déficit public à environ 4,9 % du Produit intérieur brut (PIB) en fin de législature. La Belgique serait encore bien loin d’un déficit à 3 % inscrit dans les traités européens. Mais elle respecterait au moins la trajectoire maximale de dépenses nettes que lui impose la Commission.
Dans son rapport, qu’il publie une semaine seulement après l’adoption du Budget fédéral au Parlement, le Comité de monitoring atteste cependant que les projections du gouvernement sont déjà largement dépassées. À politique inchangée, le déficit de la Belgique ne s’établira pas à 4,9 % du PIB – environ 35,8 milliards d’euros quand même – comme escompté, mais à 5,6 % du PIB – 40,6 milliards d’euros – en 2029. Et cette aggravation du déficit public, c’est essentiellement au niveau fédéral qu’elle s’observe. Toujours selon le Comité de monitoring, les Communautés et les Régions se sont inscrites sur une trajectoire budgétaire leur permettant de réduire leur propre déficit. « C’est une vraie catastrophe, tonne l’ancienne ministre du Budget, aujourd’hui la députée fédérale Alexia Bertrand (Anders). La promesse faite durant la campagne électorale par les partis de la majorité de remettre de l’ordre dans le Budget de l’État s’éloigne de plus en plus. »
« Les marchés risquent de ne plus avoir confiance en la capacité des États-Unis à rembourser leur dette »Des nombreux facteurs
À quoi cette dégradation est due ? Pour le ministre du Budget, elle résulte de plusieurs phénomènes. « Les facteurs structurels de coûts se manifestent de plus en plus, constate-t-il. Le coût du vieillissement se reflète davantage dans les chiffres de la sécurité sociale en raison de l’évolution démographique. Les charges d’intérêt continuent de grimper pour atteindre environ 22,5 milliards d’euros en 2031. […] Et à cela s’ajoutent les défis économiques (les taxes douanières américaines ou le prix de l’énergie, NdlR) et de sécurité (augmentation du budget de la Défense et de la Justice, NdlR). » Les dépenses augmentent donc alors que les recettes rentrent moins vite que prévu dans les caisses de l’État. Le gouvernement fédéral a dû jeter précipitamment sa réforme de la TVA à la poubelle pour l’avoir bâclée. Dans le même temps et alors que la cause n’en est pas encore très bien identifiée, les recettes fiscales connaissent une forme d’essoufflement. Le cocktail est explosif. Il annonce des réveils douloureux.
Vincent Van Peteghem estime que le gouvernement devra faire une économie supplémentaire de 1,4 milliard d’euros pour simplement respecter le Budget en 2026. Le ministre du Budget presse ses partenaires à agir sans délai. « Les défis majeurs exigent un travail approfondi, nous ne pouvons pas perdre de temps. Les groupes de travail débuteront dès mardi l’analyse détaillée du rapport, des accords et des tendances sous-jacentes, ce qui marquera le coup d’envoi du contrôle budgétaire 2026 », annonce-t-il.
Un assainissement de longue haleine
Mais le rattrapage ne portera pas que sur l’année 2026. Il va marquer toute la législature. Le rapport du Comité de monitoring indique que la norme de dépenses européenne – qui est déjà considérée comme relativement « conciliante » – ne serait plus respectée. Et pour en retrouver le fil, l’institution estime qu’il faudra, d’ici 2029, faire de nouvelles économies pour 4,8 milliards d’euros. Or on sait par expérience que plus la date des élections approche, plus les partis de gouvernement se montrent réticents à prendre des mesures désagréables.