Par

Manon Haddouche

Publié le

24 mars 2026 à 6h08

De nombreuses personnes sont aujourd’hui confrontées à l’épreuve du cancer. Au-delà des difficultés physiques et très concrètes qu’elle entraîne, la maladie laisse souvent un sentiment de dénuement, chez les patients comme chez leurs proches. À Montpellier, nous avons rencontré Alexandra Garel, proche-aidante (ou plutôt « proche-aimante », comme elle préfère se définir), qui vit cette réalité au quotidien et a trouvé un appui dans Quatre février, une application créée par Léa Millet-Nabet.

Cette dernière, diagnostiquée d’un cancer à 29 ans, alors jeune maman, partage aujourd’hui son temps entre Paris et la région. Toutes deux ont accepté de revenir sur leur expérience, chacune à sa place : l’une dans son usage au quotidien, l’autre à l’origine de l’application.

Une bascule brutale

Léa Millet-Nabet a aujourd’hui 33 ans. En 2021, elle devient mère. Trois mois plus tard, le 4 février 2022 -qui est aussi la Journée mondiale de lutte contre le cancer- elle apprend qu’elle est atteinte d’un lymphome de Hodgkin de stade 4. Pour elle, le contraste est brutal. « Du jour au lendemain, je suis passée du nuage de la maternité au cauchemar de la maladie », confie-t-elle.

« Quand on n’y connaît rien, on a tout à apprendre »

À partir de là, les traitements s’enchaînent : préservation de la fertilité, chimiothérapie, radiothérapie. Mais très vite, au-delà du choc médical, c’est un univers entier qu’il faut apprendre à décoder dans l’urgence. Chaque terme, chaque rendez-vous, chaque protocole devient un apprentissage.


« Quand on ne connaît rien, il y a tout à apprendre ». (©DR)Vidéos : en ce moment sur Actu

Dans le même temps, une autre réalité s’impose, plus diffuse, inscrite dans la durée. « Avoir un cancer jeune, c’est avoir une vie après cancer plus longue qu’une vie avant cancer », explique-t-elle. 

Un système encore très centré sur le médical

De cette expérience naît un regard plus global sur le système de soins. Pour Léa Millet-Nabet, l’accompagnement reste encore largement structuré autour du médical, au détriment d’autres dimensions essentielles.

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Il ne faut pas oublier que nous sommes des humains avant d’être des patients

Léa Millet-Nabet
Fondatrice de Quatre février

Dans ce cadre très segmenté, elle observe aussi une difficulté à relier les expériences, alors même que les vécus des patients se répondent souvent.

Une idée née à l’hôpital

C’est ainsi que le projet Quatre février commence à émerger dès les premières chimiothérapies. Les traitements s’enchaînent, et avec eux une forme de routine paradoxale. Le corps est pris en charge, mais tout ce qui l’entoure semble parfois flotter.

«Je savais que je créerais quelque chose »
«Je savais que je créerais quelque chose » (©DR)

Léa Millet-Nabet ne sait pas encore quelle forme il prendra (livre, podcast ou application), mais une certitude s’impose déjà : « Je savais que je créerais quelque chose ». C’est aussi le seul projet pour lequel elle se sent prête à quitter son CDI, où elle occupe un poste de cheffe de projet dans la communication, malgré l’incertitude.

Créer malgré les freins

Ne venant pas du secteur de la santé, elle interroge d’abord sa légitimité. Mais cette crainte évolue au fil du parcours. « Mon parcours face au cancer a été ma principale légitimité », dit-elle.

La difficulté se situe en réalité ailleurs, elle est d’ordre financier. Avec peu de ressources mais beaucoup d’idées, elle avance étape par étape dans un univers entrepreneurial qu’elle découvre en même temps qu’elle le construit. « Il y a eu des moments où la montagne semblait difficile à gravir », confie-t-elle.

La difficulté se situe en réalité ailleurs, elle est d’ordre financier.
La difficulté se situe en réalité ailleurs, elle est d’ordre financier. (©DR)Une application pensée pour tous les cancers

Lancée progressivement, Quatre février est une application gratuite et sécurisée, dédiée aux patients atteints de tous types de cancer et à leurs proches, dès l’attente du diagnostic. Près de 3 000 personnes y sont déjà inscrites, dont 67,5 % de patients et 32,5 % de proches-aidants, avec 41 types de cancers référencés. Sa philosophie est simple, il s’agit de remettre du lien là où les parcours de soins tendent à fragmenter les expériences.

Une approche globale sur laquelle s’appuyer

C’est dans ce contexte qu’Alexandra Garel découvre Quatre février. Elle travaille alors dans une association de patients, suite au cancer de son père : « Quand j’ai vu cette application, je me suis dit que c’était une plateforme de référence en cancérologie ».

Ce qui la frappe immédiatement, c’est son approche globale : « C’est une application qui ne met personne de côté ».

Alexandra Garel, utilisatrice régulière de Quatre février.
Alexandra Garel, utilisatrice régulière de Quatre février. (©MH / Métropolitain )Une communauté où l’on se reconnaît

Très vite, l’usage dépasse la simple recherche d’information. Les témoignages qu’elle découvre, ces mots posés par d’autres, pourtant inconnus, mais dans lesquels elle se reconnaît, créent une résonance particulière. « Quand on les lit, il y a des choses qui résonnent. Elle décrit un espace singulier, où les échanges échappent aux codes habituels. 

Il n’y a pas de jugement. On peut accueillir toutes les émotion.

Alexandra Garel
Utilisatrice de Quatre février

Certains sujets trouvent ici une place plus naturelle, comme les émotions, l’intimité ou encore la sexualité, souvent difficiles à aborder ailleurs. « Entre nous, pas de maladresse », résume Alexandra. Peu à peu, l’application devient autre chose qu’un outil. Un endroit où elle revient, pas seulement pour s’informer, mais aussi pour ne pas se sentir seule dans ce qu’elle a traversé.

Échanger en toute sérénité

L’organisation des forums permet aussi de mieux maîtriser les informations auxquelles les utilisateurs accèdent. « Ils sont classés, donc on va chercher l’information dont on a besoin », précise Alexandra. Un fonctionnement qui évite une exposition subie à des contenus potentiellement anxiogènes.

Des outils pour alléger le quotidien

L’application propose également un carnet de suivi médical permettant de centraliser traitements et rendez-vous. Elle peut être reliée à un proche, qui reçoit des alertes. « Cela enlève une charge mentale énorme », souligne Alexandra. La personne référente est ainsi informée des rendez-vous directement sur son mobile.

Un accès encadré aux soins de support

Quatre février met aussi à disposition un annuaire de praticiens spécialisés en soins de support. Un point essentiel, pour la fondatrice, qui évoque des expériences difficiles dans ce domaine. 

Dans ces moments-là, nous sommes très vulnérables et certaines paroles peuvent marquer profondément.

Léa Millet-Nabet

Cette dernière insiste sur la nécessité de professionnels formés à l’oncologie, capables d’écoute et de justesse. Tous ceux qu’elle a sélectionnés sont ainsi vérifiés, afin d’éviter toute mauvaise surprise.

Des besoins encore invisibles

Si elle reconnaît des avancées, la fondatrice estime que certaines dimensions restent encore insuffisamment prises en compte. En cause notamment, les inégalités d’accès et le manque de temps dans les parcours de soins. Il en va de même pour des besoins moins visibles, en particulier après la maladie. 

« Il y a aussi ce besoin de redonner du sens, de se sentir utile en aidant à son tour des personnes qui viennent de recevoir un diagnostic », dit-elle.

Très à l’écoute, elle échange régulièrement avec les utilisateurs pour faire évoluer l’outil, dans une dynamique participative qui nourrit ses développements.

À terme, l’objectif est de faire de Quatre février une référence de l’accompagnement du cancer en France, puis en Europe.
À terme, l’objectif est de faire de Quatre février une référence de l’accompagnement du cancer en France, puis en Europe. (©DR)Une ambition de développement

À terme, l’objectif est de faire de Quatre février une référence de l’accompagnement du cancer en France, puis en Europe. « Ce que j’aurais aimé, avant tout, c’est me sentir moins seule », partage Léa Millet-Nabet. Une phrase qui résume à la fois le point de départ et l’horizon de l’application : relier les expériences, les rendre partageables, et permettre à chacun de traverser la maladie sans isolement.

> Retrouvez l’application Quatre février sur l’App Store et sur Google Play. Pour en savoir plus, c’est par ici

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